VI. EXCELLENCE DE LA VIE RELIGIEUSE
253. — J'étudie la vie du moine. Il n'en est point au monde qui soit si bien organisée contre la langueur et contre l'ennui. Le moine a toujours à faire , mais sans hâte. Etre toujours occupé et jamais pressé, c'est le paradis sur terre, ce me semble, et le paradis céleste doit être fait un peu de cette façon. Ajoutez la flamme du cœur. Le moine est toujours en présence de Dieu, il' parle à Dieu, et il l'entend; il sert Dieu, il apprend à aimer Dieu. Que le moine sache seulement ne point mettre le pied hors de sa règle , il est dans l'ordre , il a la paix et la joie. Si la tentation vient l'attaquer au milieu de cette forteresse, il sait se défendre, il milite, il mérite ; sa joie peut souffrir quelque trouble , mais sa paix ne lui est point ôtée.
Je trouve ces hommes bien heureux. Il leur est permis d'être graves ; ils n'ont point de sottes querelles ni de préoccupations mesquines; ils ne sont point forcés de suivre la mode et d'insulter leur corps par des pa-
rures; ils ne courent point, ils ne babillent point; la baisse et la hausse ne les regardent point. lis sont doux, simples, sérieux, de bonne grâce; ils vivent de prière, de pensées, d'air salubre. Ils ont leur cimetière à l'ombre de l'église, ils y dormiront la tète appuyée aux bases de l'autel. (18, p. 457.)
254. — La vie d'un saint et la fondation d'un ordre religieux ont toujours été de très -grands événements, non-seulement pour le pays et pour le temps qui en sont les témoins, mais pour toute la famille des peuples et durant un long avenir. Si l'histoire s'inspirait d'une vraie intelligence des desseins et des œuvres de Dieu en ce monde , elle étudierait comme des faits capitaux ces circonstances sur lesquelles, au contraire, les historiens passent la plupart avec un ignorant dédain. L'homme qui fonde une famille religieuse se prolonge sur la terre : c'est plus que l'avènement d'aucune fortune et d'aucune institution politique. Représentez-vous saint Benoît, saint Bernard, saint François d'Assise, saint Dominique, saint Ignace, saint Vincent de Paul : où sont les œuvres plus durables , plus fécondes, plus puissantes, plus historiques que celles de ces hommes, si obscurs et si dédaignés au moment où ils les fondaient à travers toutes les contradictions et toutes les répulsions du monde? (13, p. 227.)