‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 59 sur 216 · Nous ne voulons pas d'aumônes, y> dit-on · texte numérisé non relu

Nous ne voulons pas d'aumônes, y> dit-on

Si tous les chrétiens de France abhorraient ainsi l'aumône, la société serait immédiatement accablée d'un million d'individus que la seule charité nourrit. Sans doute, ce million d'affamés vous rendraient momentanément un grand service. Vous pourriez les employer à tarir pour jamais les sources de l'aumône. Et après? Quand ils viendraient le lendemain vous demander, non pas seulement du pain , mais des jouissances, que feriez-vous? Ce que l'on a fait toujours en pareil cas; vous feriez avancer de la cavalerie et du canon.

Quand les ordres mendiants disparaissent, des armées de mendiants leur succèdent, et c'est par la mitraille que la politique se débarrasse de leurs cyniques importunités. C'est ainsi que Luther répondit aux paysans d'Allemagne, Elisabeth aux paysans d'Angleterre, la république de 11848 aux socialistes de Paris. (9, p. 53.)

268. — Quel tort fait la sœur de Charité à ses malades ? Quel tort fait la rehgieuse du Bon - Pasteur à la prostituée devenue par ses soins repentante et pure? Quel tort fait le frère des Écoles aux enfants de sa classe? Quel tort vous font le jésuite, le chartreux, le trappiste, le dominicain et tous les autres? Ils mènent une vie qui ne vous convient pas, voilà tout; mais le bien qu'ils font est immense et le peuple en a recueilli le principal fruit. Il a été instruit, assisté, consolé. Vous autres, leurs ennemis, qui avez -vous soigné à l'hôpital, qui avez -vous vêtu, qui avez -vous nourri? En attendant que vous ayez banni de ce monde la maladie, la pauvreté, la soulïrance, il y a des infirmes, des atïaméS;, , des abandonnés : faut-il qu'ils meurent ? Quand vous aurez inauguré l'âge d'or, nous verrons si les religieux sont encore nécessaires; jusque -là, nous essayons de fonder nos couvents.

Il ne s'en étabht pas un qui ne devienne une maison amie, pleine de bons exemples, pleine de bons conseils; une maison dont les hôtes sauront toujours ou-

vrir dans les environs d'abondantes sources d'aumônes, non pour eux, mais pour leurs pauvres voisins; une maison où toujours le fidèle pourra trouver, suivant son besoin, ou une généreuse parole ou une main généreuse. (9, p. 53.)

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