CAUSE DE MON NOM
Voilà toute la surprise qu'on fait aux Jésuites et tout le ressentiment qu'ils en gardent. Ils sont formés à de tels coups, préparés à ce que de tels coups annoncent; jamais ils n'ont fui la gloire de les subir; jamais
ils n'ont perdu le don de les pardonner. L'habitude en est si parfaitement prise , depuis trois siècles que cela dure. Partout où ils se sont établis pour combattre par la parole et par la prière les impies, les menteurs, les voluptueux , les avares et tous ceux qui font le mal , partout de courageux écrivains, de hardis gentilshommes", d'intréprides procureurs généraux, de preux libraires ont dit, écrit, imprimé que les Jésuites étaient des scélérats, qu'ils espionnaient, volaient et assassinaient tout le monde... Mais ils ne se plaignent pas. Ce qu'ils demandent à Dieu , ce n'est pas de vivre , c'est de pouvoir mourir assez pour assouvir tant de haine ; ils savent qu'à la fin les fils des persécuteurs et les persécuteurs eux - mêmes viendront prier le vrai Dieu sur le tombeau des martyrs. (39, p. 314.)
282. — Vous demandez l'expulsion des prêtres, vos compatriotes, vos concitoyens, précisément parce qu'ils sont Jésuites, parce qu'ils sont les défenseurs de la vérité catholique, les auxiliaires des évêques et du clergé dans l'œuvre de la conservation et de la propagation de la foi. Ils vous gênent , parce qu'ils parlent, parce qu'ils prient, parce qu'ils vivent, parce que vous ne voulez pas être contredits, parce qu'ils sont une troupe avancée de la religion , parce que vous les haïssez à tous ces titres, ou même sans savoir pourquoi, du naturel instinct de l'impiété; et sans plus de motifs vous voulez les bannir astucieusement ou violemment. Leur nom fait trop de bruit, il choque votre vanité, il crée des embarras à vos faiblesses , vous voulez vous défaire de ces importuns. ( 6, p. 73.)
283. — Avoir les Jésuites^ ou ne les avoir pas , c'est avoir, ou n'avoir pas la liberté catholique. (6, p. 573.)
284. — Beaucoup de gens s'étonnent de la longue durée de la compagnie de Jésus au milieu des clameurs et des sévices dont elle n'a cessé d'être l'objet. S'ils
connaissaient mieux l'histoire de l'Église catholique, ils sauraient premièrement que les martyrs ne succombent jamais. C'est une génération inépuisable. Nous sommes nés du sang du Juste, et chaque goutte de ce sang précieux, répandu sur le Golgotha il y a dix-huit siècles, est devenue non pas un homme, mais un peuple et plusieurs peuples. Or ceux qui meurent pour le Christ et comme le Christ, sont comme lui féconds par la mort. (6, p. 143.)
285. — « Quoi, m'écriai-je, il y a des Jésuites à Alger? — Où voudriez-vous, me dit-on, qu'il y en eût? C'est ici la terre du travail et du sacrifice. — Mais , si quelque jour on sait cela , le clergé algérien y perdra sa popularité. — Le clergé algérien voudrait faire beaucoup de bien, et n'a pas autant de mains et de cœurs que de désirs. Ce qu'on dira de lui n'importe guère, pourvu que quelques bons ouvriers de plus l'aident à remplir sa tâche immense. Il y a ici trois Jésuites : nous voyons combien de malades ils visitent et consolent chaque jour, à combien d'œuvres on peut les appliquer sans que leur courage et leur dévouement s'épuisent , sans que leur vertu , qui se fortifie dans le labeur, faiblisse un seul instant... Du reste, les Pères ménagent la délicatesse publique ; ils n'affichent point un nom odieux, et nous-mêmes nous n'écrivons pas sur nos chapeaux que nous employons des Jésuites ; personne par conséquent n'est blessé de tant d'audace. Les malades eux-mêmes, à qui l'on ouvre le ciel au moment de la mort, apprennent seulement lorsqu'ils sont là -haut qu'un Jésuite les y a fait entrer. Je ,ne pense pas qu'ils s'en offensent et demandent à redescendre. » (3, p. 305.)