‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 65 sur 216 · Il y a beaucoup de religieuses en France, et · texte numérisé non relu

Il y a beaucoup de religieuses en France, et

personne n'ignore le bien qu'elles font. Il est impossible de ne pas le savoir; car elles sont partout. Vouées au service de toutes les infortunes, ces pieuses filles, la fleur des familles chrétiennes, donnent l'exemple de toutes les vertus et de tous les dévouements. Elles sont au berceau de l'enfant, au chevet du malade, dans les écoles, dans les chaumières, dans les missions ; leur charité ne recule devant aucune misère, accepte tous les dégoûts, afl'ronte toutes les fatigues, invente sans cesse quelque nouveau moyen de servir Dieu et les pviuvres. Jamais, peut -être, spectacle si beau ne fut donné dans le monde; jamais la femme chrétienne ne jeta un éclat si magnifique; ce n'est plus la paix du cloître qu'elle cherche, c'est le travail de l'apostolat qu'elle demande et qu'elle accomplit avec un incomparable zèle. (5, p. 375.)

287. — Il y a plusieurs congrégations pour les campagnes, presque toutes nouvelles aussi. La foi s'est éteinte dans une paroisse. Le maire et l'instituteur ont si bien travaillé, que le dernier porcher est libre penseur. Plus d'assistance aux offices ; plus de sacrements. Le curé reste seul dans son église, trop heureux de n'être point insulté lorsqu'il traverse le village. L'évêque établit une école de sœurs. Il faut vaincre bien des difficultés et du conseil municipal, et du préfet, et du ministère et de tout le monde; mais le zèle paternel de l'évêque triomphe, l'école est fondée. On y met deux jeunes filles, pieuses, timides et pures. Elles sont mal reçues par ces grossiers paysans. Leur foi résiste, et bientôt, à force de bienfaits, de douceur, de vertu, elles se font chérir. Il est rare qu'après un certain temps les manants voltairiens, ou, pour dire le vrai mot, les sauvages qui voulaient d'abord les chasser, meurent sans avoir appelé le curé, et les saintes filles obtiennent toute la récompense que souhaite icibas leur dévouement sublime.

Est-ce tout ce que font les rehgieuses ? Non : la vie

de la foi se manifeste par des actions plus étonnantes. Il y a des religieuses françaises en Afrique, à Constantinople, à Damas, dans les forêts de l'Amérique, en Océanie; il y en a aux Indes et en Chine. (11, p. 53.)

288. — Ces filles recluses que le monde ne voit pas et ne connaît pas, exercent directement sur le monde une grande action, sans compter celle de leurs prières, qui n'est connue que de Dieu. Leurs maisons silencieuses sont des foyers de doctrine et de vie; là viennent s'éclairer et se réchauffer des âmes qui languiraient autrement; de là ces âmes emportent dans la vie séculière une ardeur de piété qui purifie et qui vivifie tout. Ainsi la foi se maintient au sein des familles, ainsi des femmes ignorantes ou légères deviennent des mères pieuses, ainsi le flambeau du christianisme résiste à tous les orages et donne des saints à la terre et au ciel. (30, p. IX.)

289. — Quand vous dansez au milieu de toutes les magies du monde, dans ces nuits plus spécialement consacrées à vos plaisirs; quand de toutes parts, atteints de démence, riches et pauvres remplissent les salons de leurs vanités et les rues de leurs clameurs, plusieurs religieuses se rendent dans leur chapelle. Là, devant le tabernacle, qu'une lampe éclaire faiblement, chacune d'elles reste une heure prosternée le front sur la terre, les bras en croix. Ce qu'elle fait là, vous le savez bien. Elle prie pour elle et pour ses sœurs sans doute, mais surtout elle prie pour vous; elle prie afin d'écarter de vous la terrible colère de ce Dieu clément, qui vous aime en vain et à qui vous ne songez pas. (39, p. 470.)

290. — Voyez la sœur de Charité : il y en a dix mille qui portent cet habit, et trente ou quarante mille autres répandues sous des noms différents dans la France, où elles font partout les mêmes œuvres et au même prix ,

c'est - à- dire en sacrifiant leur jeunesse, leur cœur et leur liberté. Et le nombre déjà si considérable de ces vierges sacrées augmente tous les jours, malgré une législation combinée pour décourager le dévouement, malgré des mœurs qui visent à en tarir la source. Les diverses congrégations qu'elles composent ne sont pas anciennes; la plupart, au contraire, sont nouvelles. Quelques-unes datent d'iiier, comme les Petites-Sœurs des pauvres.

Les Pelites-Sœurs des pauvres ramassent dans la rue les vieillards, hommes et femmes, que l'État fait attendre au seuil de ses hospices encombrés, ou qui n'ont pas assez de titres et de protecteurs pour en forcer la porte. Elles les ramassent couverts d'ulcères, abrutis de misère et de vices; elles les recueillent, les soignent, les consolent, leur parlent de Dieu, les font vivre des restes qu'elles vont quêter pour eux de porte en porte; elles se contentent pour elles-mêmes des restes de ces restes-là , et c'est l'unique salaire qu'elles demandent à la société. Lorsqu'un pauvre arrive et n'a point de lit, une sœur quitte le sien et le donne au pauvre ; et elle se repose sur le carreau en attendant qu'un lit vienne. (11, p. 53.)

291. — Les Petites-Sœurs des pauvres, établies depuis dix ans, ont déjà fondé quinze maisons (1851 ). Il y en a une à Paris, qu'on ferait bien d'aller voir. Dans ces maisons, elles logent, habillent, nourrissent, servent, consolent un millier de vieillards indigents. N'ayant rien à elles, les Petites - Sœurs quêtent pour subvenir à la vie de ces vieillards ; elles les font vivre d'aumônes. Savez -vous où étaient ces malheureux avant que les Petites-Sœurs les eussent recueillis? Sur le pavé : chassés par leur famille, accablés de misère, dévorés de vermine , souvent pourris de vices, délaissés du monde entier.

Les Petites -Sœurs méritent tous les reproches que l'on adresse aux Capucins. Elles avilissent le peuple en

le nourrissant d'aumônes ; elles Yahrutissent en lui enseignant à bénir la Vierge et les saints, et même à respecter (c les classes comme il faut. » Elles quêtent, elles sont vêtues de bure , elles ne dépensent rien chez la modiste ni chez le parfumeur ; enfin elles révèrent les Capucins, qui prêchent pour elles et chez elles, qui convertissent leurs pauvres, qui les confessent, qui glorifient la pauvreté, qui sont les imitateurs du Dieu indigent. (9, p. 53.)

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