Je me trouve un roi déjà puissant sur la
terre, quand je songe que je possède en pleine propriété la lumière du soleil , les chansons des oiseaux , l'ombre des bois, le cristal sonore des fontaines, l'odeur des résédas, les vers de Racine, les belles pensées du grand Bossuet, le clair de la lune, et mille et mille milliers de trésors pareils, sans parler des espérances qui appartiennent à tous les chrétiens. (18, p. 30.)
364. — L'homme est tini ; cependant ce fini si chétif est l'œuvre de l'Infini , et dans l'œuvre il y a quelque chose de l'Ouvrier; il y a plus qu'un monde. L'homme, borné de toutes parts , es* cependant partout. La pesanteur et l'infirmité de son corps n'arrêtent point sa pensée. Elle va partout, il est avec elle partout où elle va : les espaces lui sont ouverts, les temps lui sont donnés , et il franchit encore la limite des espaces et des temps. Cet être, qui se saisit à peine dans le présent, cet être placé entre deux minutes dont l'une n'est plus et dont l'autre n'est pas, il vivait néanmoins avant sa naissance par ses ancêtres , il vivra davantage après sa mort par ses descendants et surtout par ses œuvres , filles innombrables, nées pour ne plus périr. Avant lui tout a été fait pour lui, tout a contribué à former le milieu dans lequel il doit vivre; il est pour quelque chose dans tout ce qui viendra après lui.
Captif, j'ai des ailes toujours libres, et l'œil de l'aigle ne sonde pas les airs si haut que je peux voler ; aveugle, je vois du côté du jour par delà le soleil, du côté de la nuit par delà les ombres; mon regard va plus loin que tous les horizons. Poussière sans nom hier et sans souvenir demain, imperceptible sur cette terre perdue dans la poussière des astres, je n'ai à moi qu'un éclair dans la course du temps , qui n'est pas même un éclair dans la durée de l'éternité, néanmoins vivant dans le premier homme, je suis de fait aussi ancien que le temps, et je serai encore lorsque le temps ne sera plus. Gréé dans le temps, mais conçu dans l'éternité, je suis créé pour l'éternité. Je ne mourrai pas,
je le sais; car je suis l'œuvre de Dieu , et les œuvres de Dieu ne sont pas faites pour périr. (1, p. 25.)
365. — L'homme a beau méconnaître sa grandeur , il ne peut s'en dépouiller, et Dieu la lui rappelle par la rigueur de ses châtiments. C'est un animal qui vit; c'est un homme qui mourra ! Cette âme qui se vautre , qui s'oublie , qui ne se connaît plus , n'en est pas moins immortelle, n'en a pas moins un compte à rendre, un jugement à subir, une éternité à supporter. (36, p. 227.)
366. — Selon saint Maximin abbé, le caractère distinctif de l'homme charnel est de ne savoir faire que le mal ; de l'homme animal , de ne vouloir ni faire le mal ni souffrir du mal ; de l'homme spirituel, de ne vouloir faire que le bien et de souffrir courageusement pour la vertu toute sorte de maux. (Lettre de saint Maximin à Thalassius.) (12, p. 187.)
367. — (( Pourquoi l'homme a-t-il le pouvoir de mal faire? » C'est pour qu'il ait le mérite de faire le bien.
Vous savez pourquoi et comment vous êtes libre. Dieu vous a créé, parce qu'il veut vous aimer et être aimé de vous; il vous a créé intelligent et par conséquent libre , afin que votre amour eût quelque prix à ses yeux et fût un effet propre et réfléchi de votre vo lonté. Si vous avez le pouvoir de mal faire , vous savez bien que vous n'en avez jamais la permission. Cependant vous faites le mal , mais vous vous relevez par le repentir, qui est encore de l'amour, de l'amour libre et confiant, qui plaît à Dieu; et Dieu, toujours aussi plein de bonté que vous êtes plein de faiblesse, vous rétablit dans sa grâce par un généreux pardon. Voilà la liberté.
Imaginez que vous n'avez point le pouvoir de mal faire : immédiatement vous perdez le pouvoir de faire
le bien, et alors qu'êtes-vous ? Un animal, une plante, je ne sais quoi d'insensible, d'idiot, que Dieu ne peut aimer, et qui surtout ne peut dignement aimer Dieu. (37, p. 202-204.)
368. — Un adversaire de la liberté d'enseignement vient d'écrire : « Il faut que la Religion pénètre dans les sanctuaires de l'éducation pour y faire des chrétiens, pendant que la science y fera des Sommes. »
On avait cru jusqu'ici que c'était la Religion qui faisait des hommes, et que la science avait assez de faire des bacheliers, ou, si l'on veut, des savants. Erreur! Tout cela est changé. Pouvez -vous soutenir un examen universitaire? Vous êtes un homme, fussiezvous d'ailleurs hors d'état de faire la distinction du bien et du mal, n'eussiez-vous ni patriotisme, ni courage, ni charité, ni force contre vos passions. Mais vous, qui, avec le sentiment du devoir, l'amour de la justice, du dévouement, la résignation en cette vie, la confiance en Dieu, l'attente d'une vie meilleure, ne pourriez cependant prétendre au grade de bachelier, vous n'êtes qu'un chrétien, vous avez été mal élevé; c'est la science seule qui fait les hommes. (6, p. 521.)
369. — Je me convaincs de plus en plus qu'il n'y a d'hommes que dans l'Églipe , et que nulle part ailleurs il n'existe une main qui soit capable d'autre chose que de détruire , ce qui est la chose , avec quelque succès qu'on l'opère, la plus souverainement digne de mépris. (22, p. 373.)
370. — Corps soumis aux infirmités, esprit soumis à l'erreur, âme soumise aux tentations. ( 20, p. 492.)