‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 83 sur 216 · Dans le corps chaque membre concourt au · texte numérisé non relu

Dans le corps chaque membre concourt au

bien de tous , et le bien général est le bien particulier de chacun. Saint Paul rendait sensible l'idée de l'Église par cette comparaison. L'Église étant le corps dont Jésus- Christ est le chef, dont les fidèles sont les membres , les bénéfices de la vie s'y partagent au profit de tous les incorporés. Laissez -vous seulement régir par la grande loi de ce corps , qui est la charité : tout ce qu'il possède est à vous. Et vous, à votre tour, vous apportez un contingent qui aide à la richesse des autres. Là est la doctrine des indulgences.

Le Verbe incarné a mérité pendant sa vie mortelle. Il a mérité librement, surabondamment, en Dieu. Il a payé sans rien devoir, infiniment au delà du prix. Une larme de ses yeux, un mot de ses lèvres pouvaient suffire ; il a épuisé le sang de ses veines , il a reçu le baiser de Judas, le soufflet du prétoire; il a subi les fouets, les crachats, les injures, le sépulcre, toutes les ignominies dues au péché.

Par ces excès, il a comme créé dans l'humanité une sorte de race nouvelle, douée d'une faculté d'amour sublime et jusqu'alors inouïe: la race des saints, qui veut et qui sait excéder comme lui , par amour pour lui, dans l'amour de cette humanité qu'il est venu sauver. Quoique ceux-ci ne s'estimassent, ni ne fussent pas sans péché , néanmoins , les yeux sur le chef adorable, ils ont souhaité de payer, s'ils le pouvaient, plus qu'ils ne devaient, et d'être « anathèmes » pour leurs frères. Qui dira qu'ils n'ont pas réussi à passer la mesure ? Qui voudra croire que tant de martyrs , de vierges, de solitaires, de saints n'ont souffert que la juste peine de leurs péchés, et que Jésus-Christ a dédaigné ce pacte où leur amour a voulu l'engager, de l'imiter jusqu'à la mort et jusqu'à la croix pour être ses associés dans l'œuvre de la Rédemption? (22, p. 357.)

372. — La loi des corps vivants met tout en commun entre les membres ; des sommets de la tête à la plante des pieds , il y a communion et réciprocité. Or,

dans le corps de l'Église, la tête et beaucoup d'entre les membres sont enrichis de satisfactions surabondantes. Cette opulence suffit aux détresses générales. Si la justice et l'ordre exigent des réparations , celui qui doit les fournir n'est pas sans famille. Il a des frères , il est partie intégrante d'un vaste corps ; sa gêne particulière est suppléée par la richesse commune. (22, p. 359.)

373. — Quant à la manière dont Pierre distribue l'indulgence, Pierre est en cela, comme en tout le reste, le vicaire de Jésus-Christ, du pasteur de la brebis perdue , du père de famille qui envoie par les chemins et les haies ramasser les vagabonds pour les faire asseoir à sa table ; le vicaire du quêteur d'amour qui appelle les malades, les affamés, les altérés, et qui va lui-même aux Publicains et aux Samaritains; le vicaire du prodigue par qui le ciel est promis en récompense d'un verre d'eau.

Et ne l'accusez pas de prodigalité et de peu de soin. Sa main, large et généreuse , et qui doit s'ouvrir toujours pour épancher toutes les largesses du pardon , est nonobstant prudente. Le Pape n'accorde pas le bienfait de l'indulgence plénière sans prescrire des pratiques satisfactoires. La prière, le jeûne, l'aumône, ternaire sacré, sont requiF comme moyens d'une nécessité absolue. Les dons de Dieu ne sont pas livrés sans discernement.

Si vous me dites que les indulgences peuvent être mal acquises, je répondrai qu'alors elles ne sont pas acquises du tout. Tant pis pour ceux qui n'y mettent pas le prix I Ils ne veulent rien payer , ils n'achètent rien. On ne trompe pas Dieu (22, p. 361.)

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