SUR NICOLE. V
neur public, non des corps, mais des âmes des fidèles. » Racine, déjà en possession de ses premiers succès dramatiques , se piqua vivement de cette sortie, dans laquelle il se trouvait enveloppé, et comme par esprit de corps, prit en main la cause de ses confrères en Melpomène et en Thalie. Aussitôt il lança, contre Nicole et contre tout Port- Royal, une réponse pleine de sel et de malice, mais plus remarquable par le style que par la justesse des raisons et l'exactitude des faits. Nicole , usant d'une indulgence toute paternelle envers un jeune bomme qu'il regardait comme son enfant, n'opposa qu'un profond silence à cette attaque personnelle. Encouragé par le succès , Racine se préparait à décocher une seconde lettre ; mais Boileau lui représenta que cet ouvrage ferait honneur à son esprit , mais que ce serait aux dépens de son cœur, parce qu'il attaquait des hommes fort estimés , et le plus doux de tous , auquel il avait luimême , comme aux autres, de grandes obligations. « Eh bien ! répondit Racine , pénétré de ce reproche, le public ne verra pas cette seconde lettre. » Il tint parole , retira tous les exemplaires qu'il put trouver de la première ; et ce fut à sou insu et contre ses intentions que la seconde fut publiée quelque temps après par Rrossette , dans une édition des oeuvres de Roileau. Racine ne négbgea rien pour faire oublier ses torts à Nicole et à ses autres maîtres de Port-Royal ; il n'eut pas de peine à faire sa paix avec eux, et cette réconciliation fut accompagnée de circonstances touchantes.
Plus d'une fois, Racine employa son crédit poui ces vertueux solitaires ; il écrivit l'histoire de leui maison religieuse ; et ce qui prouve encore mieux l'attachement et le respect qu'il leur portait, c'est