‹ Pensées de PascalChapitre 9 sur 111 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Et ce qui achève notre impuissance à connaître les choses est qu'elles sont simples en elles-mêmes, et que nous sommes composés de deux natures opposées et de divers genres : d'âme et de corps. Car il est impossible que la partie qui raisonne en nous soit autre que spirituelle; et quand on prétendrait que nous serions simplement corporels, cela nous exclurait bien davantage de la connaissance des choses, n*y ayant rien de si inconcevable que de dire que la matière se connaît soi-même. Il ne nous est pas possible de connaître comment elle se connaîtrait ^

Et ainsi, si nous sommes simplement matériels, nous ne pouvons rien du tout connaître; et si nous sommes composés d'esprit et de matière, nous ne pouvons connaître parfaitement les choses simples, spirituelles et corporelles ^

De là vient que presque tous les philosophes confondent les idées des choses, et parlent des choses corporelles spirituellement et des spirituelles cor-

1 Var. du ms. : M Et ce qui achève notre impuissance est la simplicité des choses comparée avec notre état double et composé. Il y a des absurdités invincibles à combattre ce point; car il est aussi absurde qu'impie de nier que l'homme est composé de deux parties de différente nature, d'âme et de corps. Gela nous rend impuissants à connaître toutes choses; que si on nie cette composition, et qu'on prétende que nous sommes tout corporels, je laisse juger combien la matière est incapable de connaître la matière. Rien n*est plus impossible que cela. Concevons donc que ce mélange d'esprit et de boue nous disproportionné » (barré).

2 Var, du ms. : « Les choses simples; car comment connaîtrionsnous distinctement la matière, puisque notre suppôt, qui agit en cette connaissance, est en partie spirituel? et comment connaîtrionsnous nettement les substances spirituelles, ayant un corps (\m nous aggrave et nous baisse vers la Icrre ? » (barré).

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porellement. Car ils disent hardiment que les corps tendent en bas, qu'ils aspirent à leur centre, qu'ils fuient leur destruction, qu'ils craignent le vide , qu'ils ont des inclinations, des sympathies, des antipathies, qui sont toutes choses qui n'appartiennent qu'aux esprits. Et en parlant des esprits, ils les considèrent comme en un lieu, et leur attribuent le mouvement d'une place à une autre, qui sont choses qui n'appartiennent qu'aux corps.

Au lieu de recevoir les idées de ces choses pures, nous Les teignons de nos qualités, et empreignons [de] notre être composé toutes les choses simples que nous contemplons.

Qui ne croirait, a nous voir composer toutes choses d'esprit et de corps, que ce mélange-là nous serait bien compréhensible ? C'est néanmoins la chose qu'on comprend le moins. L'homme est à luimême le plus prodigieux objet de la nature; car il ne peut concevoir ce que c'est que corps, et encore moins ce que c'est qu'esprit, et moins qu'aucune chose comment un corps peut être uni avec un esprit. C'est là le comble de ses difficultés, et cependant c'est son propre être : Modus quo corporibus adhœret spiritus comprehendi ah hominibus non potest; et hoc tamen homo est^. Enfin, pour consommer la preuve de notre faiblesse, je finirai par ces deux considérations

^ s. Augustin, de Civit, Dci, xxi, 10.

2 Var. du ms. : « Voilà une partie des causes qui rendent l'homme si imbécille à connaître la nature. Elle est infinie eu deux manières; il est fini et liauté. liile dure et se maintient perpétuellement en

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