‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 12 sur 88 · DEVOIRS DES FIDÈLES · texte numérisé non relu

DEVOIRS DES FIDÈLES

Or 5 à un tel amour ^ par cjuel amour devonsnous répondre ? Supposons un fils bien né , et qui ne peut ignorer le zèle , les soins infinis d'une mère à laquelle il doit tout : que sent-il pour elle 5 ou plutôt 5 que ne sent-il pas , et que ne lui inspire pas un cœur reconnoissant ? Est-il témoignage d'un attachement inyiolable qu^il ne lui donne ? Est-il honneur qu'il ne lui défère ? Estil devoir qu'il refuse de lui rendre? Si nous aimons l'église 5 voilà notre modèle ; et pouvons-nous ne l'aimer pas ^ dans la vue de tous les hiens que nous en avons reçus ^ et que nous en recevons tous les jours ? Pour peu que nous y pensions et que nous les comprenions ^ nous nons tiendrons éternellement et inséparablement unis à cette mère des croyans. Dans le même esprit que David , et encore à plus juste titre ^ nous lui dirons ce que ce saint roi disoit à Jérusalem qui n'en étoit que la figure ^ Plutôt que de vous oublier jamais y que oublie ma main droite et que je oublie moi-même. Plutôt que de perdre un souvenir qui me doit être si doux ^ et dont je dois faire le principal sujet de ma joie , que ma langue se dessèche et qu^elle demeure collée à mon palais. Point sur cela de respect , point de considération humaine : pourquoi? parce que rien dans notre estime n'entrera en comparaison avec l'église, et que ^ par un intime dévouement ^ nous n'aurons avec elle qu'un même intérêt.

ïîï. Comme membres de Féglisè nous devons la soutenir et l'appuyer. L'église est un corps ^

ENVEPvS l'Église. 6g jè dis un corps mystique et moral. Ce corps a un chef , qui est Jésus-Christ : et il a des membres 5 qui sont les fidèles. Ainsi l'apôtre saint Paul nous l'enseigne-t-il en divers endroits, mais surtout dans son épître aux Ephésiens , où il parle de la sorte au sujet de Jésus-Christ : Dieu lui Eph. 1,7^. a Jîiis toutes cJioses sous les pieds ^ et il F a établi chef sur toute F église ^ laquelle est son corps et le représente tout entier ^ lui qui a dans tous ensemble toute sa perfection. Comme si le grand apôtre disoit : Mes frères , nous ne faisons tous qu'un même corps avec Jésus-Christ et en Jésus- Christ. L'assemblée de tous les fidèles unis à Jésus- Christ par la foi , voilà le corps de l'église : mais ces mêmes fidèles , pris séparément et considérés chacun en particulier , voilà les membres de l'église. Plus ces membres croissent et se fortifient , plus le corps prend d'accroissement et acquiert de force ; et c'est ainsi que le chef reçoit lui-m.ême plus de perfection en qualité de chef, à mesure que le corps , par l'union des membres 5 se fortifie et se perfectionne.

Quoiqu'il en soit, ce caractère, non-seulement d'enfans de l'église , mais de membres de l'église, est un des plus beaux titres dont nous puissions nous glorifier devant Dieu et selon Dieu. Comme membres de l'église, nous appartenons spécialement à Jésus-Christ, puisqu'en vertu du baptême que nous avons reçu, et par ou nous fûmes aggrégés au corps de l'église , nous avons contracté avec Jésus-Christ une alliance plus étroite et plus prochaine, Gçmme membres de l'église 5 nous ne

7 b DEVOIRS DES FIDÈLES

sommes point des étrangers ni des gens de dehors / mais nous sommes les domestiques de la foi; nous sommes de la cité des saints et de la maison de Dieu ; les pierres vivantes du nouvel édifice bâti sur le fondement des apôtres et des prophètes^ où Jésus-Christ lui-même est la première pierre de V angle. Comme membres de l'église ^ nous participons à toutes les grâces qui découlent de son divin Chef, et qu'il lui communique sans mesure ; car elle est dépositaire de ces sources sacrées du Sauveur oà nous puisons avec abondance les eaux du salut. Elle est la dispensatrice de son sang précieux et de s^es mérites infinis , et n'est-ce pas sur nous qu'elle les répand par une effusion continiielle ? Or^ de là nous voyons combien il est de notre intérêt que cette église subsiste, et combien il nous importe de travailler tous , et de concourir à son affermissement.

Je sais qu'indépendamment de nous, cette église subsistera en effet jusqu'à la fin des siècles , et que 5 selon la promesse du Fils de Dieu , les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle : mais ce corps, qu'il n'est pas au pouvoir des hommes de détruire j peut après tout, selon la mauvaise disposition des membres qui le composent , avoir ses pertes et ses altérations , soit par la désertion de quelques-uns de ses enfans , soit par l'affoiblissement de la charité du plus grand nombre; et voilà sur quoi tout notre zèle doit s'allumer. Tel fut le zèle des apôtres, quand, au péril même de leur vie et au prix de leur sang , ils s'em-

ENVERS l'Église.

ployèrent sans relâche à former l'église naissante, et à l'étendre dans toutes les parties du monde. Tel est encore de nos jours, et parmi nous, le zèle de tant d'hommes apostoliques , qui se consument d'études et de veilles pour la défense de l'église ; qui, dans les chaires, dans les tribunaux de la pénitence , dans les entretiens publics et particuliers , consacrent leurs talens et leurs soins à l'édification de l'église ; qui passent les mers^ et vont prêcher l'évangile aux barbares et aux idolâtres, pour l'avancement du royaume de Dieu sur la terre , et le progrès de régiise. Tel enfin doit être, par proportion , le zèle de chaque fidèle 5 cjui , selon le mot de Tertullien , devient soldat dès qu'il s'agit de l'église, et est indispensablement obligé de combattre pour sa cause , autant qu'il est en son pouvoir.

Car , suivant la figure dont se servoit saint Paul sur un autre sujet, et qui ne convient pas moins à celui-ci ; de même que dans le corps humain chacun des membres contribue à la bonne constitution du corps, de sorte que tous s'aident au besoin les uns les autres : ainsi dans le corps de l'église devons-nous tous , par une sainte unanimité, être tellement liés ensemble, que jamais nous ne permettions qu'on n'y donne la moindre atteinte, et que nous nous opposions comme un mur impénétrable à tous les coups que Terreur, Tin-crédulité, l'impiété pourroient entreprendre de lui porter. Devoir propre de certains états et de certaines fonctions dans le gouvernement de l'église; mais d'ailleurs , sans nulle différence de fonc-

tions^ ni d'états ^ devoir commun et iinivèrâeL Si ce n'est pas par le ministère de la parole que nous soutenons réglise^ et si nous n'avons pour cela ni le don ni la vocation nécessaire ^ souteïions-la par la pureté de nos mœurs ^ et rendons témoignage à la vérité de sa foi par la sainteté de nos œuvres. Si ce n'est pas par la pénétration de nos lumières , ni par l'étendue de nos connoissances, soutenons-la par la docilité de notre soumission 5 et par une fermeté inébranlable à ne nous départir jamais ni de ses jugemens ni de ses commandemens. Si ce n'est pas contre les tyrans, soutenons-la contre les artifices de l'hérésie, contre les insultes du libertinage ; et de quelque part que ce puisse être , ne souffrons point qu'elle soit attaquée impunément en notre présence. Nous lui devons tout cela : et quand nous nous sommes engagés à elle^ nous lui avons promis tout cela. A Dieu ne plaise que nous démentions un engagement si saint et si solennel • ce seroit nous démentir nous-mêmes. Gardons-nous d'abandonner , par une lâche désertion , cette église militante où nous vivons présentement , afin qu'éternellement nous régnions avec cette église triomphante, que forment dans le ciel les élus de Dieu et les héritiers de sa gloire.

Marque essentielle et condition nécessaire dfune vraie obéissance à V église,

Ïl en est de l'obéissance d'un fidèle à l'égard des décisions de i'égîise, à peu près comme de

A l'Église.

Tobéissance d'un religieux a l'égard des ordres qu'il reçoit de son supérieur. Qu'un religieux obéisse , quand on ne lui ordonne rien que de conforme à ses inclinations, c'est une obéissance très-équivoque 5 parce que la nature peut y avoir autant de part que l'esprit de Dieu. Mais qu'il se montre également prompt à obéir , lorsqu'on lui donne des ordres tout opposés à ses désirs , et qui le gênent , qui le mortifient , c'est là ce qu'on peut sûrement appeler une obéissance religieuse, puisqu'il n'y a qu'une vraie religion qui en puisse être le principe. D'où vient que ce grand maître de la vie monastique et régulière ^ saint Bernard , donnoit à ses religieux cet important avis : Mes frères, ne vous abusez pas, et gardezvous d'une illusion bien dangereuse et bien commune dans le cloître ; souvent on n'a de l'obéissance que le dehors et que le nom , sans en avoir la vertu ni le mérite. Quiconque, ou par adresse, ou par importunité , ou en quelque manière que ce soit , fait en sorte que ce qu'il souhaite et ce qui est de sa volonté propre, son supérieur le lui enjoigne, se trompe alors, et se flatte en vain d'être obéissant : car, à proprement parler, ce n'est point lui qui obéit au supérieur ^ mais le supérieur qui lui obéit.

Or, nous devons raisonner de même au regard de l'obéissance que nous rendons à l'église. Qu'un fidèle 5 ou un homme réputé tel , se soumette aux décisions de l'église , et qu'il les accepte , quand elles sont selon ses vues, et selon son sens particulier 3 quoique sa soumission puisse être bo^ne

et méritoire , elle n'est pas néanmoins à l'épreuve de tout soupçon. Car ce peut être quelquefois autant une simple adhérence à son propre sentiment , qu'une véritable soumission au tribunal , d'où ces définitions sont émanées. Mais que je voie cet homme aussi soumis d'esprit et de cœur, quand l'église décide contre lui , quand elle prononce des jugemens qui le condamnent , qui l'humilient ; c'est alors que je canonise sa foi , et que je lui applique , avec toute la proportion convenable y ce que le Fils de Dieu dit au prince des apôtres : Man. î5. \^j.Vous êtes heureux àms votre obéissance, puisque ce 71^ est point la chair ni le sang qui vous Fa inspirée ^ mais qu^elle ne peut venir que d^en haut , et de la grâce du Père céleste.

Cette remarque regarde tous les temps , et spécialement le nôtre. Je demanderois volontiers à des gens : Pourquoi ce partage que vous faites ; <t pourquoi, contre la défense -du Saint-Esprit, avez-vous un poids et un poids? Ou soumettezvous à l'autorité de l'église en tout ce qui con-* cerne la foi , ou ne vous y soumettez en rien , et retirez-vous. Car c'est la même autorité qui déiinît un article aussi-bien que l'autre ; et elle n'est pas plus digne , ou , pour mieux dire , elle est aussi digne de créance sur l'un que sur l'autre.

En effet , dès que nous entreprendrons d'examiner les décisions de l'église , et que nous nous croirons en droit de discerner les unes des autres ; dès que nous voudrons , pour ainsi dire, partager ri >tre soumission, et que selon notre sens nous recevrons celles qui nous plairont , ou nous re-

A l'église.

jeterons celles qui ne nous plairont pas ; nous détruirons l'autorité de ce souverain tribunal , et la foi que nous y avons. Car la foi que nous devons avoir aux oracles de l'église , cette foi ferme et inébranlable , n'est fondée que sur son infaillibilité, de même que son infaillibilité est établie sur cette promesse de Jésus-Christ, V^oïlà que Math, 2S. je suis avec vous en tout temps jusqu^à la con* sommation des siècles. Or , du moment que nous refuserons notre créance à un seul point décidé par le jugement de l'église , nous ne la regarderons plus comme infaillible , puisque nous prétendrons qu'en ce point particulier, non~seulement elle a pu faillir , mais qu'elle a failli en effet. Nous adhérerons , je le veux , à tous les autres j mais ce qui nous y déterminera, ce ne sera point précisément l'église , ni son témoignage. Nous y souscrirons , parce qu'ils se trouveront conformes à nos raisonnemens et à nos principes : de sorte que dans notre adhésion et notre soumission , nous ne nous réglerons point tant sur ce que Féglise aura jugé , que sur ce que nous aurons jugé nous-mêmes.

Car si l'autorité de l'église étoit, comme elle doit l'être , la règle de notre obéissance , quoi qu'elle prononçât , nous n'aurions là-dessus ni doutes à former, ni difficultés à apposer. Il nous suffiroit de savoir qu'elle a parlé : sa parole fixeroit toutes nos incertitudes , et arrêteroit toutes nos contestations. Peut être sur tel article ou sur tel autre, notre esprit, naturellement indocile , auroit-il de la peine à plier, et peut-être, préoccupé de ses opinions , seroit-il porté à disputer et à se

défendre : mais bientôt nous le réduirions sous le joug, et nous réprimerions ses révoltes. Nous nous dirions à nous-mêmes : En cette décision ^ ou c'est l'église qui se trompe, ou, malgré mes prétendues connoissances et mes préjugés, c'est moi qui suis dans Terreur et qui m'égare. Il n'y a point de milieu. Or, de penser que sur aucuu point qui appartienne aux dogmes de la religion, et à la doctrine chrétienne , l'église de Dieu , l'épouse de Jésus-Christ, l'organe vivant et l'interprète de l'esprit de vérité, ait pu se méprendre et ait manqué de lumière , c'est de quoi , dans une sainte catholicité, je ne puis avoir le moindre soupçon. Par conséquent , c'est moi qui me suis trompé jusqu'à cette heure, et non point l'église , toujours éclairée d'en haut. Elle a pris soin de s'expliquer; cela suffit. Pourquoi mepersuaderois-je que l'assistance du ciel dans la question présente lui ait été refusée , et que Dieu dans cette conjoncture particulière l'ait abandonnée? Comment îrois-je jusqu'à cet excès de présomption, de m'imaginer que je suis mieux instruit qu'elle du sujet dont elle vient de connoître ; que je l'ai mieux approfondi, et que j'en ai une notion plus juste ? Avant qu'elle se déclarât, et tandis que la question étoit entière, je pouvois raisonner à ma façon ^ jepouvois réfléchir, méditer, user de recherches, alléguer mes preuves , et m'y attacher : mais maintenant il faut que l'autorité l'emporte ; et si la raison ose encore tenir , et ne veut pas se soumettre , il faut que ce soit une raison aveugle , préYemie^ éblouie d'une fausse lueur qui la séduit^

A l'église. 77 ou que ce soit une raison opiniâtre et inflexible dans son obstination. Voilà , dis-je , les leçons qu'on se feroit à soi-même ; et conformément à ces leçons ^ on ne prendroit plus garde si ce sont nos sentimens que Féglise a proscrits , ou si ce sont ceux d'autrui ; si c'est ceci , ou si c'est cela. On s'humilieroit sous le poids d'une autorité si respectable et si vénérable : on y reconnoîtroit l'autorité de Dieu même ; et l'on auroit dans soii obéissance un mérite d'autant plus excellent^ qu'elle nous coûteroit un sacrifice plus difficile , et plus contraire à l'orgueil de l'homme , qui est celui de notre propre jugement et de nos pensées.

Telle fut l'obéissance des premiers chrétiens dans une célèbre matière qu'ils agitèrent entr'eux , et que saint Luc rapporte au quinzième chapitre des actes des apôtres. Le fait est mémorable ^ et plût à Dieu que dans toute la suite des temps on eût profité de l'exemple de soumission que donlièrent pour lors les premiers fidèles. Il s'agissoit de savoir si les gentils convertis à la foi dévoient être assujétis aux cérémonies judaïques : s'ils dévoient observer la loi de Moïse , et s'ils étoienfc obligés à la circoncision. Les esprits ne convenoient pas; il y avoit des raisons de part et d'autre, et chacun s'arrêtoit à celles qui le touchoient davantage. Dans cette diversité d'opinions on contestoit j on s'animoit , et la chaleur de la dispute causoit du bruit parmi le troupeau. Or , pour rendre la paix à l'église , et pour rompre le cours d'un^ controverse dont les suites étoient à craindre 5 quel parti prirent les apôtres ? ce fut de

7^ VRAIE OBÉiSSAIfCE

s'assembler à Jérusalem , de discuter à fond et de concert le point en question , d'en faire un examen juridique , et d'en donner une résolution solennelle 5 qui réunît tout le corps des fidèles^ juifs et gentils ^ dans une même créance et une même pratique. Tout s'exécute ainsi qu'on se l'étoit proposé. Sous la garde et la direction de ce divin Esprit qui préside à: tous les conseils de Téglise , Pierre , vicaire de Jésus-Christ au nom duquel il s'énonce 5 se lève dans l'assemblée^ parle ^ non point en homme simplement , mais en homme pleia de Dieu qui l'inspire et qui Fautorise ; déclare où l'on s'en doit tenir , et résout en peu de mots toute la difficulté. Mes frères ^ dit-il , Dieu n^a mis Au. ï5. nulle différence entre nous et les gentils y et ce n^est point par la loi de Moïse quHl purifie leurs cœurs y mais par la foi. Maintenant donc^ continue V 2i^ixe ^ pourquoi tentez-vous le Seigneur ^ jusqu^à charger les disciples d^un joug que nos pères ni nous n^ avons pu porter ? c'était l'ancienne loi et toutes ses observances. Jacques 5 ëvêque de Jérusalem , prend ensuite la parole 5 et se joint au prince des apôtres qui tous ensemble jugent et décident comme lui. Le décret est envoyé au nom d'eux tous* Alors plus de dispute j consentement unanime de toute la multitude; et c'est ce que l'historien sacré nous fait admirablement entendre dans une parole des plus courtes, mais en même temps des plus énergiques : ^lors toute la multitude se tut. Nul qui entreprît de répliquer ; nul qui se crût en droit de renouveler u^e afFaire finie : tant on étoit persuadé qu'après

A l'Église. rj^ le jngement de l'église , il n'y a plus rien à revoir 5 et qu'elle est également incapable d'erreur 5 soit qu'elle décide pour nous , ou contre nous.

Que n'en sommes-nous persuadés nous-mêmes, et que ne portons-nous jusque-là notre obéissance! Avec cette obéissance pleine et sans réserve , qu'on eût épargné jusqu'à présent de combats à l'église, et qu'on eût prévenu de scandales et de troubles parmi le peuple de Dieu ! Mais quel a été le désordre de tous les temps, et quel est encore celui de ces derniers siècles ! C'est une chose merveilleuse de voir avec quels éloges et quel zèle, on reçoit dans les rencontres une décision qui paroît nous favoriser et noter nos adversaires. On n'a point de termes assez forts pour en relever la sagesse, l'équité , la sainteté , et là-dessus on épuise toute son éloquence. On voudroit la faire retentir dans les quatre parties du monde , et qu'il n'y eût pas un enfant de l'église qui n'en fût informé. Enfin , conclut-on , refuser de souscrire à une vérité si authentiquement reconnue , ce seroit une révolte , un attentat insoutenable. Tout cela est beau; mais le mal est que tout cela ne se soutient pas 5 et l'occasion ne le fait que trop connoître. Car dans la suite , et sur d'autres sujets, que l'église vienne à nous juger nous-mêmes, et à condamner nos opinions nouvelles et erronées, c'est assez pour, la défigurer tellement à nos yeux , qu'elle nous devient méconnoissable. Par quelque organe qu'elle tâche alors de se faire entendre , sa voix est trop foible, et ne peut parvenir jusqu'à nos oreillei^i^ T. XL 6

6o ACTIONS DE GÊACES

Ge n'est pliis^ à nous en croire, cette voix si intelligible et si distincte ; mais c'est une voix obscure et sombre , qu'il faut éclaircir. De là donc, cette autorité de Féglise qu'on portoit si loin , et qu'on faisoit tant valoir, on la conteste, on la restreint, on lui prescrit des bornes , et des bornes trèsetroites ; c'est-à-dire , qu'on prétend la régler selon son gré, et qu'au lieu de dépendre d'elle^ on veut la faire dépendre de nous et de nos idées- En vérité, est-ce là obéir? et quelque soumis que Ton sôit d'ailleurs ou qu'on le paroisse , n'^estce pas ici qu'il faut dire avec saint Jacques : 2. 10. Celui qui pèche dans un points se rend coupa-^ hle sur tout le reste ?

étions de grâces dhme âme fidèle et ïnviola-^^ blement attachée à r église.

Ctraces immortelles vous soient rendues. Seigneur, de m'^ avoir fait naître au milieu de votre église ; de m'avoir mis au nombre des enfans de votre église; de m'avoir nourri du pain, je veux dire , de la doctrine de votre église ; de cette église formée du sang de votre Fils adorable , son cbef invisible , dont saint Pierre , et après lui ses successeurs, tiennent la place en qualité de chefs visibles; de cette église catholique, apostolique, romaine , la seule vraie église ; de cette église la colonne de la vérité, et contre laquelle toutes les puissances de l'enfer n'ont jamais prévalu ni ï>e prévaudront jamais..

d'une AME FIDÈLE. 8*

Voilà, mon Dieu, le choix qu'il vous a plu faire de moi parmi tant d'autres que vous avez laissés dans les ténèbres de l'infidélité et de l'erreur ; et voilà ce que je dois regarder comme une marque de prédestination dont je ne puis assez vous bénir, ni vous témoigner assez ma reconnoissance. Combien de peuples sont nés dans l'idolâtrie, et ont reçu depuis leur naissance uns éducation toute païenne ! La nuit s'est répandue sur la terre ; elle a enveloppé dans ses ombres les plus vastes contrées : les pères ont méconnu le vrai Dieu ; et les enfans , instruits ou plutôt séduits par leurs pères, ont prodigué, comme eux^ leur encens à de fausses divinités. Vous l'avez permis, Seigneur, et vous le permettez encore par un de ces jugemens où nos vues ne peuvent pénétrer, et où nous n'avons point d'autre recher-' che à faire que d'adorer en silence la profondeur de vos conseils éternels. Combien même, jusqu'au milieu du christianisme, sont nés dans l'hérésie, l'ont sucée avec le lait, y ont vécu, et ont eu le malheur d'y mourir ! Pourquoi n'ontils pas été éclairés de votre lumière comme moi ? ou pourquoi ne suis-je pas tombé comme eux dans un sens réprouvé ? C'est une distinction que je dois estimer par-dessus tout, et dont je dois profiter : mais du reste, c'est un secret de providence qui passe ma raison, et dont il ne m'ap-^ partient pas de découvrir le mystère.

Vous avez encore plus fait. Seigneur; et me faisant naître dans le sein de votre église, vous m'avez donné une religieuse et pieuse affection T. Il, 6^,

8é actions de GRACES

pour celte sainte mère , pour ses intérêts, pour son honneur 5 son afFerrnissement et son agrandissement. Car si je me trouve aussi sensible que je le suis 5 et que je fais gloire de l'être , à tout ce qui la touche , à tout ce qui peut blesser ses droits j à tout ce qui peut afïbiblir son autorité, c'est à vous que je me tiens redevable de ces sentimens ; c'est vous, mon Dieu , qui me les avez inspirés 5 et c'est ce que je compte pour une de vos grâces les plus particulières.

Hélas ! entre les enfans même que l'église a élevés, qu'elle a tant de fois reçus à ses divins mystères, pour qui elle a employé tons ses tré- $ors5 nous n'en voyons que trop qui la traitent avec la dernière indifFérence, et je pourrois ajouter avec le dernier mépris. Gens toujours déterjninés à railler de ses pratiques, à censurer la conduite de ses ministres, et à se faire un divertissement et un jeu de ses troubles, de ses scandales, de ses afflictions et de ses pertes. Ah ! Sei-gneur, si votre apôtre veut que nous pleurions avec ceux qui pleurent, et que nous nous réjouissions avec ceux qui ont sujet de se réjouir, fussent-ils d'ailleurs nos plus déclarés ennemis, à combien plus forte raison devons-nous prendre part et nous intéresser aux divers états de notre mère , à ses avantages et à ses disgrâces ? . Pour moi,, mon Dieu, quoique le plus indigne de ses enfans, j'ose le dire, et je ne perdrai i^ien de l'humilité et de la basse estime de moimême qui me convient, en me rendant devant ^ous et à votre gloira cq témoignage ^ que tout

b^UNE AME FIDÈLE. 83^

èe qiû part de votre église m'est et me sera tôu^ jours respectable ^ toujours vénérable ^ toujours précieux et sacré ; que tout ce qui s'attaque à elle me blesse dans la prunelle de l'œil 3 ou plutôt par l'endroit le plus vif de mon cœur ; et que dans toutes ses épreuves et toutes ses douleurs ^ elle ne sent rien que je ne ressente avec ellel Oui 5 Seigneur^ je le dis encore une fois, et dans cette confession que je fais en votre présence, et que je seroîs prêt de faire en présence du monda entier, je trouve une consolation que je ne puià exprimer, parce que j'y trouve un des gages plus certains de mon salut.

Cependant , Seigneur , puisque ]■ ai commença à raconter vos miséricordes envers moi, je n'ai garde d'omettre celle qui m'est encore la plus chère^ et qui me découvre plus sensiblement les vues de votre aimable providence sur ma destinée éternelle : c'est, mon Dieu, cet esprit de docilité dont je me sens heureusement prévenu à l'égard dé l'église et de ses décisions. Vous nous l'avez prédit^; Seigneur , que dans tous les temps il y auroife des contestations , des schismes , des partialités ; et votre parole s'accomplît de nos jours, comme elle s'est accomplie dans les siècles qui nous ont précédés. Je voi^ bien des mouvemens et des agita-=^ tions , j'entends bien des discours et des raisonnemens. L'un me dit, le Christ fcf , l'autre ^ il est là. Mais dans ce tumulte , et parmi tanè de questions qui partagent les esprits^ je vais à l'oracle, je consulte l'église, et je m'arrête à c^ qu'elle m'enseigne. Dès qu'elle a parlé , je me

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