‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 17 sur 88 · QO ' NEUTRALITÉ DANS LES · texte numérisé non relu

QO ' NEUTRALITÉ DANS LES

partient pas de vous ériger en juge de la doctrine. Mais il Yous appartient d'écouter l'église ^ qui en a jugé 5 et de souscrire de bonne foi à ce qu'elle B jugé. Mais il vous appartient de condamner ce que Féglise condamne, et de rejeter ce que l'église rejette , sans en vouloir d'autre raison , sinon que Fégll^e Fa condamné et qu'elle Fa rejeté. Mais il vous appartient d'embrasser ouvertement et hautement ce que l'église vous propose à croire, et de vous y attacher. Voilà, dis-je , ce qui vous appartient, et pour vous en défendre , il n'y a point d'ignorance à alléguer ; car il n'est pas besoin d'une grande pénétration pour savoir quels sont les sentiriiens de Féglise , puisqu'elle les publie par-tout^ et qu'elle les annonce dans tout le monde chrétien. Or, du moment que vous les savez, et que vous ne pouvez les ignorer ; du moment que vous savez encore d'ailleurs que l'église de Jésus-Christ ne peut s'égarer , et ne veut point vous égarer, vous avez toute l'habileté et toute l'érudition qu'il faut pour vous résoudre , et pour bien prendre votre parti, qui est celui d'tme adhésion, d'une humble et parfaite ol^éissance. Hé ! où en serions-nous, s'il en falloit davantage? Il faudroit donc que chacun, sans nulle différence ni de caractère ni de condition, allât s'instruire dans les écoles de théologie^ que chacun s'appliquât à la lecture des saints pères, que chacun quittât son emploi pour vaquer à l'é-aide de l'écriture et des saints canons ? Ce seroit multiplier étrangement les docteurs , et à force de doctrine renverser toute l'économie et toute ia conduite du monde.

CON'TESTATIONS DE l'ÉGLISE. gt

II. Est-ce erreur ? c'est-à-dire 5 est-ce que vous êtes dans ropinion que telles et telles propositions, que les uns attaquent avec tant de zèle, et que les autres défendent avec tant de chaleur, ne sont d'aucune conséquence à l'égard de la foi , et que , de quelque manière que vous en pensiez, votre religion n'en sera pas moins pure, ni votre croyance moins orthodoxe ? Je conviens que comme le Sage a dit des choses du monde, qu'il a plu à Dieu de les abandonner aux découvertes et aux subtilités des philosophes, on peut dire aussi de certaines matières, que l'église les abandonne à nos vues particulières et à nos raisonnemens. Les esprits sont partagés en ce qui n'est point défini : l'ua enseigne d'une façon, et l'autre d'une autre. L'uu s'appuie sur un principe qu'il croit véritable, efc l'autre se fonde sur un principe tout contraire , et suit un système tout opposé , qui lui paroît plus juste et plus raisonnable. On apporte de part et d'autre ses preuves; on propose ses difficultés; on fait valoir ses pensées autant qu'on le peut y et l'on s'y arrête : mais la foi en tout cela ne court aucun risque , parce que ce sont des questions problématiques, sur lesquelles l'église a gardé jusqu'à présent le silence, et n'a rien prononcé^

Que sur tous ces articles vous suspendiez votre jugement, sans incliner d'un côté plutôt que de l'autre, j'y consens, et l'église vous le permet.| Je sais de plus, qu'on s'efforce de vous persuader qu'il en est de même des points dont il s'agit présentement. Car c'est là que tendent ces discours que vous entendez par-tout : Qu'on veuÇ

1^2 KEUTRALITÉ DANS LES

tyranniser les esprits , et leur ôter une liberté qui leur est acquise de plein droit; qu'on veut bannir des écoles catholiques les plus grands maîtres, qui sont sans contredit saint Augustin et saint Thomas; qu'on veut proscrire des opinions répandues de toutes parts, reçues dans les corps les plus célèbres et dans les plus savantes compagnies 5 établies par l'écriture , autorisées par la tradition et par la plus vénérable antiquité ; que ce sont au reste , de ces sentimens qu'on peut embrasser ou contredire , sans cesser d'être uni à l'église ; et qu'en un mot , soit qu'on les admette ou qu'on les combatte , le sacré dépôt de la doctrine de Jésus-Christ est toujours à couvert. Voilà ce qu'on vous rebat continuellement , et ce qu'on tâche de vous imprimer dans l'esprit ; et voilà en même temps ce qui vous rassure. Mais n'est-ce point une fausse assurance que celle où. TOUS êtes ? ne vous trompez-vous point ? ne vous trompe-t-on point ? Un doute de cette nature ^ et sur un sujet de cette importance, mérite bien que vous preniez soin de l'éclaircir. Or, où en chercherez- vous l'éclaircissement, et où le trouverez-vous ? Vous l'avez dans vos mains et sous •V05 yeux : car je vous renvoie toujours au même oracle , qui est l'église. Voyez quel jugement est émané de son tribunal ? lisez et convainquez-vous. Quoi! ce que l'église, ce que son chef visible, ce que ses pasteurs qualifient de scandaleux, de faux, d'hérétique, vous le regarderez comme indifférent par rapport à la foi? Ces anathèmes partis du siège apostolique , et secondés de tant d'au--

COl^TESTATIONS DE l'ÉGLISE.

très qui les ont accompagne's ou suivis dans les églises particulières 5 tout cela ne vous étonne point: vous pouvez tenir contre tout cela; vous pouvez vous figurer que tout cela ne tombe que sur de pures opinions, que sur des opinions permises et arbitraires. Vous me répondez qu'on vous le dit de la sorte ; mais qui sont ceux qui vous le disent ? Quels qu'ils puissent être , devez -vous compter sur leur témoignage , lorsque vous le voyez démenti par Féglise universelle ?

III. Est-ce politique ? Car la politique Se mêle dans les affaires de religion comme dans toutes les autres. On veut garder des mesures, et quoiqu'on pense ce qu'on doit penser, on prétend avoir de bonnes raisons pour ne pas parler de même. Il ne reste donc que l'une de ces deux choses à faire : ou de parler autrement qu'on ne pense , et ce seroit une mauvaise foi dont on n'est pas capable, et dont on ne pourroit porter le reproche au fond de sa conscience ; ou de ne point parler du tout et de ne rien dire, et c'est à ce milieu qu'on s'en tient, comme au tempérament le plus juste et le plus sage. Je ne suis, dit- on, ni ne veux être de rien; j'ai mes vues, j^ai mes prétentions, et pour y réussir, il faut être ami de tout le monde. Ces gens-là peuvent m'être utiles dans les rencontres, ou ils me le sont même actuellement. D'ailleurs ce sont la plupart des personnes de connoissance , et j'ai toujours été en commerce avec eux. La prudence m'engage à les ménager. La prudence? Mais quelle prudence ? La prudeiice de h chair, Or^ selon saint

94 HEUTRALITÉ DANS LES

^om. S, 7. Paul 5 cette prudence de la chair est ennemie de Dieu ; et puisqu'elle est ennemie de Dieu , il s'ensuit que c'est une prudence criminelle devant DieUj, et réprouvée de Dieu.

, Comment ne le seroit-elle pas? Y a-t-il raisou de fortune 5 de parenté, de société , y a t-il considération et intérêt humain 5 qui doive vous lier la langue, et vous empêcher de vous déclarer, de vous élever pour la cause de l'église , et pour celle du Seigneur ? On vous parle tant en d'autres conjonctures des engagemens de votre baptême ; et ils sont grands en effet : à Dieu ne plaise que j'en diminue l'obligation. Mais plus ils sont grands, plus ils sont authentiques et solennels, et plus vous êtes coupable de les soutenir si mal. Est-ce là ce que vous avez promis à Dieu et à son église sur les sacrés fonts où vous fûtes régénéré en Jésus-Christ ? Avez-vous renoncé au monde , pour vous conduire par des vues si mondaines? Du moins si c'étoit en ce qui regarde le monde : mais en matière de foi quelle part la

3. Cor, 6. 14. sagesse du monde doit-elle avoir ? Qu^j a-t-il de commun entre la justice et V iniquité^ entre la lumière et les ténèbres ! et qi£a le fidèle à partager avec F infidèle !

Soyez sage et circonspect : je le veux, et je suis le premier à vous y exhorter : mais soyez-le avec cette sobriété que demande Fapôtre , soyezle jusqu'à certain point , et non au delà. Ayez des égards, j'y consens; mais n'en ayez que jusqu'à l'autel. Car à l'autel , c'est-à-dire , quand la religion est en compromis , et qu'il y va dé

CONTESTATIONS DE l'ÉGLISE. qS

rhonneur et de rautorité de Fëglise , vous de-vez oublier tout le reste ^ et ne vous souvenir que des paroles du Fils de Dieu : Quiconque Mauh. uj zg. aura quitté pour mon nom sa maison ^ ou ses frères ou ses sœurs y ou son père ^ ou sa mère y ou sa femme ^ ou ses enfans, ou ses héritages ^ je le mettrai au nombre de mes disciples, et il possédera la vie éternelle. Voilà une promesse bien avantageuse ; mais écoutez en même temps une menace bien terrible , et digne de toute votre réflexion : Celui qui sauve sa vie y la perdra -y et celui Mauh m 39. qui la perdra pour moi y la sauvera. Dans le sens de i'évangile ^ qu'est-ce que cela signifie ? Ce que vous ne pouvez trop méditer : savoir * qu'en toutes oèioses, mais sur-tout dans les chose^^ de Dieu, on ne doit point tant avoir de ménagemens pour le monde, et qu'en voulant se sauver pour le temps présent, on se perd pour l'éternité.

IV. Est-ce insensibilité? Est-ce que vous vous souciez peu de tout ce qui concerne l'église et la religion? Mais à quoi serez-vous donc sensible, si vous ne l'êtes pas à ce qui touche la foi que vous devez professer, où vous devez vivre, €t où vojis devez mourir? Est-il rien qui vous soit plus important que de la conserver pure , cette foi , laquelle doit être le fondement de votrç sanctification et de votre salut ?

Vous me direz : Je ne l'attaque pas. Non : vous ne 1 attaquez pas directement^ mais vous souffrez qu'on l'attaque impunément; mais on l'attaque , et vous ne vous y opposez pas j mais vous T. IL 7

9^ A^EUTRALITÉ BANS LES

ne la soutenez pas , mais vous ne la défendez pas. Or, quiconque n'est pas pour elle est contre Matth, 12. elle ; de même que quiconque n^est pas pour Jésus- Christ y est contre Jésus-Christ. Vous me. direz : Il n'est question que de quelques points y et faut il tant se remuer pour cela et se troubler ? Je le sais : ce n'est que de quelques points ; mais ce sont des points essentiels 5 ce sont des points de foi. Or 5 à Fégard de la foi, tout est d'une extrême conséquence ; et il n'y a rien à négliger. Vous me direz : Ce n'est pas là mon afFaire. Mais de qui sera-ce donc l'affaire ? Est-ce l'affaire des hérétiques? Est-ce l'affaire des infidèles? Ou n'estce pas l'affaire de tous les enfans de l'église , de s'intéresser pour leur mère, et de résister en face à ses ennemis ? Je dis l'affaire de tous les enfans de l'église ; car c'est une affaire commune , et chacun y est pour soi, quoique différemment et par proportion. Ah ! de tous ceux qui tiennent pour le parti contraire, j'ose avancer qu'il n'y en a pas un , ou presque pas un , qui ne se fasse une affaire de l'appuyer de toutes ses forces. On a du zèle pour le mensonge , on en manque pour la vérité. Vous me direz : Quand je me déclarerois, la cause de l'église n'en seroit pas meilleure. Et que suis - je en effet ? de quel poids peut être le suffrage d'un homme comme moi , d'un homme sans lettres et sans étude ? On vous l'accorde; l'église peut fort bien se passer de votre suffrage ; et si l'on vous presse de vous déclarer, ce n'est point précisément afin que la cause de l'église eu devienne raieilleure : mais c'est afin

CONTESTATIONS DE l'ÉGLISE. 97

que vous-même 5 en vous déclarant, vous en soyez meilleur; c'est, dis-je, afin que vous vou5 acquittiez de votre devoir envers Fëglise ; afin que vous rendiez à Téglise Thommage d'une soumission publique qu'elle exige de vous, et que vous ne pouvez lui refuser sans violer ses droits et sans être coupable; de sorte que je puis appliquer ici ce que disoit St. Augustin dans l'affaire du pêlagianisme, et à l'occasion de quelques-uns qui gard-oient le silence , et ne vouloient point donner à connoître ce qu'ils pensoient : Faisons-leur ^ ëcrivoit ce saint docteur à Sixte, seulement prêtre alors et depuis pontife, faisons-leur une salutaire violence pour les attirer à nous ^ non point dans la crainte quHls ne nous nuisent ^ mais dans la crainte quHls ne se perdent.

V. Est-ce lâcheté ? Elle seroit honteuse dans le service d'un prince de la terre ; et pour en éviter la honte , il n'y a point de péril où l'on ne s'exposât : on n'y épargneroit pas sa vie. Mais présentement , qu'est-ce que je vous demande au nom de l'église? une parole, un simple témoignage de votre déférence à ses sentimens; et vous n'avez; pas assez de résolution pour la prononcer cette parole , ni pour le donner ce témoignage ! Ou donc est l'esprit du martyre , dont tout catholique doit être animé ? mais encore que craignez-» vous , et qui craignez-vous ? faut- il si peu de choses pour vous étonner ?

Malheureuse neutralité, qui forme tant de fausses consciences ! car sous le frivole et vain prétexte T. IL 7^

gS NEUTRALITÉ DANS LES

qu'on demeure à Tecart, et qu'on ne prend part à rien , on croit sa conscience en sûreté , comme si la foi ne vouloit de nous point d'autre confession que le silence. Neutralité scandaleuse ! c'est un outrage que vous faites à l'église , de n'oser pas vous ranger de son côté, ni professer ouvertement ce qu'elle vous enseigne. D'ailleurs^ k combien de gens persuadez-vous par votre conduite 5 que vous ne recevez pas le jugement que l'église a porté , et que dans le cœur vous le rejetez, quoiqu'au dehors vous gardiez des megures et que vous affectiez de paroître neutre ? A combien d'autres donnez-vous au moins lieu de penser qu'ils n'ont pas plus à se mettre en peine que vous , et que le mieux est de laisser toutes ces affaires comme indécises ? Ils se déclareroient , si vous vous étiez une bonne fois déclaré vous-même. Neutralité que l'église aussi, dans tous les temps ^ a condamnée et traitée de prévarication.

Enfin, neutralité favorable à toutes les hérésies, et qui sert à les établir et à les répandre : car de même que dans une guerre civile les factieux sont contens , pourvu qu'on ne s'oppose point à leurs entreprises; ainsi les hérétiques ne souhaitent rien davantage, sinon qu'on ne les contredise point, et qu'on ne forme aucun obstacle à leurs progrès. Ils savent bien du reste s'aider et se fortifier : ce sont les premiers à demander la neutralité ; mais à condition qu'ils ne l'observeront pas , et qu'ils n'omettront rien pour agir sourdement et plus efficacement : ce sont les premiers à demander

CONTESTATIONS DE l'ÉGLISE. 99

la paix ; mais bien entendu qu'ils profiteront de cette paix pour continuer la guerre avec d'autant plus de succès, qu'elle se fera avec moins d'éclat. Une infinité de personnes , même de celles qui ne sont point mal intentionnées, se laissent surprendre à ce piège. Que ne vit-on en paix, disent-ils, et pourquoi tout ce bruit? J'aimerois autant, quand le loup est dans la bergerie , et que le berger crie de toutes ses forces pour appeler au secours qu'on lui demandât pourquoi il se donne tant de mouvemens et fait tant de bruit. Sans ces moU" vemens, sans ce bruit, que deviendroit le troupeau? La paix est à désirer; qui en doute! mais il faut que ce soit une bonne paix.

Pensées diverses sur F église et sur la soumission qui lui est dim.

Îl y en a qui des intérêts de l'église font leurs propres intérêts; et il y en a qui de leurs intérêts propres font les intérêts de l'église. Grande difFérence des uns et des autres. La disposition des premiers est bonne et toute sainte, et celle des seconds est mauvaise et toute profane. Que veux-je dire? le voici : Les uns font des intérêts de l'église leurs propres intérêts ; Comment et par où? Par leur zèle pour l'église , par leur attachement inviolable à l'église , par la sensibilité de leur cœur sur tout ce qui a rapport à l'église , soit sur ses avantages , pour y prendre part et s'en réjouir, soit sur ses disgrâces ; pour s'en affliger

lOO PENSÉES DIVERSES

et y compatir : de sorte que, sans égard à au-^ can intérêt personnel ^ ils envisagent d'abord eu toutes choses les intérêts de Fégiise, et y adressent toutes leurs intentions et tous leurs désirs. Mais ies autres se conduisent par un principe et un sentiment tout opposés. Ils font de leurs intérêts propres les intérêts de l'église; c'est-à-dire ^ que pour autoriser l'ardeur qu'ils témoignent à rechercher les dignités ecclésiastiques, ils se regardent volontiers comme des sujets utiles à l'église; comme des gens capables de rendre à l'église des ser~ vices importans, et d'y faire beaucoup de bien. Beaucoup de bien ! Hé ! que ne sont-ils de meilleure foi, et que ne connoissent-ils mieux le fond de leur âme I Leur vue directe et primitive n'est pas tant le bien qu'ils feront dans l'église , que le bien et les revenus dont ils y jouiront.

§ On ne peut trop respecter la primitive église; mais la haute idée qu'on en a , ne doit pas servir à nous faire mépriser l'église des derniei^s siècles. Dans la primitive église, parmi beaucoup de sainteté 5 il ne laissoit pas de se glisser des relâchetnens; et dans l'église des derniers siècles, parmi les relâchemens qui s'y sont glissés, il ne laisse pas d'y avoir encore beaucoup de sainteté.

§ Oserai-je faire une comparaison? elle est odieuse; mais elle n'en est pas moins juste. K'avoir pour l'église et pour ses jugemens qu'une soumission de respect ; ne lui rendre qu'un honneur apparent et extérieur ; ne déférer à ses oracles que par le silence , lorsqu'en secret on s'élève contre eîie^ lorsqu'on lui résiste dans le cœur j

SUR l'église. ici tt même par les effets; n'est-ce pas traiter cette épouse de Jésiis-Chiist, comme Jésus-Christ luimême y son divin époux , fut traité des soldats auxquels on l'abandonna dans sa passion ? Ils lè couronnèrent ^ ils lui mirent un sceptre dans la main 5 ils veaoient tour à tour se prosterner à ses pieds 5 et l'adorer : voilà de grands témoignages de respect 5 mais en même temps ils le frappoient m visage 5 et lui donnoient des soufflets.

§ Cette grande lumière du mxOnde chrétien , ce docteur par excellence, et ce défenseur de la grâce 5 cet homme d'un génie si élevé et d'une si haute réputation dans tous les siècles qui l'ont suivi 5 saint Augustin, en traitant des matières de religion, ne vouloit pas qu'on le crût sur son autorité particulière , ni sur sa parole , mais il renvojoit au témoignage de l'église. Aujourd'hui des troupes de femmes, faisant profession de piété, et conduites par un directeur qui certainement n'est rien moins que saint Augustin, se laissent tellement prévenir en sa faveur, que dès qu'il a parlé , elles ne veulent déférer à nul autre tribunal, quel qu'il soit. Ce seul homme, souvent d'un savoir très-superficiel^ voilà leur évêque ^ leur pape, leur église.

On me dira qu'elles agissent de bonne foi, et que leur simplicité les excuse. Qu'il y ait en cela de la simplicité, j'en conviens : mais il faut aussi convenir qu'il y a encore plus d'opiniâtreté. Or, je doute fort qu'une simplicité, accompagnée d'un tel jaheurtement et de tant d'opiniâtreté , doive être traitée de bonne foi^ ou qu'une telle bonne foi puisse être devant Dieu un titre de justification.

i6'2 PENSÉES DIVERSES

$ Je m'en tiens à ce que m'enseigne mon direc-» teur ; c'est le pasteur de mon àme : voilà ma règle. Mais selon cette règle, croyez-vous être en droit de rejeter toutes les décisions de Féglise, auxquelles ce directeur n'est pas soumis? Conduite pitoyable, et liors de toute raison. Car quand vous vous élevez contre l'église , pour vous attacher à ce directeur, cela montre que vous ne vous y attachez que par entêtement, et non par le vrai principe qui est un principe de religion, puis-? que la même religion qui vous ordonne d'écouter ce pasteur particulier, vous ordonne encore beaucoup plus expressément d'écouter le commun pasteur des fidèles, et le corps des évêques qui lui sont unis de communion.

§ Dieu, par le prophète Isaïe, se plaint qu'il 2. a formé son peuple , qu'il a pris soin de les nourrir comme ses enfans^ de les élever ^ et qu^ils Vont méprisé. Les prédicateurs appliquent quelquefois ces paroles à l'église , et lui font dire dans un sens moral et spirituel, qu'elle nous a formés en Jésus-Christ ; que dès notre naissance , et par la grâce de notre baptême, elle nous a reçus entre ses bras et dans son sein ; qtfelle nous y a fait croître , et qu'elle n'a point cessé pour cela de nous fournir une nourriture toute céleste , qui sont ses divines instructions et ses sacremens : mais que nous ne lui témoignons que du mépris, que nous la déshonorons , que nous la scandalisons par notre conduite et par une perpétuelle transgression de ses commandemens. Cette application est juste, et cette plainte solide et bien fondée. Mais

SUR ^.'ÉGLISE. ia3 laissons ce sens spirituel et moral , et prenons la chose dans le sens des termes le plus littéral , dans le sens le plus propre ; Tapplication n'en sera pas moins raisonnable. Et en effet, combien de gens ne sont distingués que par le rang qu'ils tiennent dans l'église, ne sont riches que des biens de l'église, ne vivent que du patrimoine de l'église, et sont toutefois les plus rebelles à l'église, et les plus déclarés contr'ellie? C'est bien à leur sujetj et bien à la lettre, que l'église peut dire, des uns, je les ai nourris y et la subsistance qui ^^wl- Emurwi. être leur eût manqué dans le monde , ils l'ont trouvée à l'autel ; des autres, les ai élevés yE:faUa^i, agrandis , et sans l'éclat qui leur vient de moi , peut-être ne seroient-ils jamais sortis de l'obscurité et des ténèbres. Cependant , leur rçconnoissance, à quoi se réduit-elle? à une obstination invincible contre mes plus sages et mes plus sain- Spreuevum tes ordonnances,

§ On voit des femmes d'un zèle merveilleux pour la ré formation de l'église : c'est là leur attrait, c'e^t leur dévotion. Elles entrent dans toutes les intrigues et tous les mystères; car certain !zèle n'agit que par mystères et que par intrigues. Elles s'entremettent dans toutes les affaires : mais cependant si l'on vient à examiner ce qui se passe dans leur maison , on trouve qiie tout y est en désordre. Un mari, des enfans, des domestiques en souffrent ; mais c'est de quoi elles sont peu inquiètes. Pour leur citer l'écriture qu'elles ont si souvent dans les mains, et où elles se piquent tant d'être versées et intelligentes, on peut bien

Page 1