‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 20 sur 88 · VÉRITABLE BONHEUR · texte numérisé non relu

VÉRITABLE BONHEUR

pour une âme religieuse , que la paix qu'elle goûte dans son état, et qui seule vaut cent fois mieux que tous les héritages et tous les biens auxquels elle a renoncé : car c'est ainsi que les interprètes vérifient ce beau passage de saint Marc , et qu'ils entendent la promesse du Fils de Dieu. Mais qu'est-ce que cette paix? Voilà l'article essentiel , et sur quoi de jeunes personnes peuvent être dans une erreur dont il est bon de les détromper, au lieu de les y entretenir par des discours flatteurs et de vaines exagérations.

Quand Jésus-Christ donna la paix à ses disciples, il les avertit en même temps que ce n'étoit point une paix telle que le monde la conçoit, ni qu'il la désire. Je vous donne ma paix , leur dit ce divin maître ; c'est la mienne , et non point la paix du monde. Cette paix du monde, cette paix fausse et réprouvée, est une paix oisive, molle, fondée sur les aises et les commodités de la vie, sur tout ce qui plaît à la nature et qui satisfait l'amour-^propre j mais la paix de l'âme religieuse est établie sur des principes tout contraires, sur la haine de soi-même, sur un sacrifice perpétuel de ses appétits sensuels , de ses inclinations, de ses passions, de ses volontés : tellement que le religieux ne peut être content dans sa retraite , qu'autant qu'il sait s'humilier , se crucifier , se vaincre, se rendre obéissant, pauvre, patient, assidu au travail , exact à ses devoirs, ne se dispensant de rien, ne se ménageant en rien, ne voulant être épargné sur rien. 11 lui en doit coûter pour cela^ mais ; par une espèce de miracle , moins il se

DE l'état religieux. 1x3 ménage , moins il s'épargne lui-même ^ et plus il sent l'abondance de la paix se répandre dans son cœur.

Et ne voyons-nous pas aussi que c'est justement dans les communautés les plus régulières et leg plus austères, qu'on témoigne plus de satisfaction, et qu'on trouve le joug de Jésus-Christ plus doux, et son fardeau plus léger ? Tout contribue à ce contentement et à cette tranquillité d'une âme vraiment religieuse : l'indifférence où elle est à l'égard de toutes les choses humaines , et son dégagement de tous les intérêts qui causent aux mondains tant d'inquiétudes; l'entier abandonnement de sa personne entre les mains de ses supérieurs, pour se laisser conduire selon leur gré et selon leurs vues; le calme de la conscience; l'attente de cette souveraine béatitude où elle aspire uniquement , et vers laquelle elle travaille chaque jour à s'avancer par de nouveaux progrès; et sur-tout l'onction intérieure de la grâce divine qui la remplit. Car Dieu, fidèle à sa parole, a mille voies secrètes pour se communiquer à cette âme, et pour la combler des plus pures délices^

A en juger par les dehors, on ne voit rien, dans tout le plan de sa vie, que de pénible et de rébutant ; clôture , solitude , silence , dépendance continuelle , soumission aveugle , règle gênante , observances incommodes , fonctions labo* rieuses , exercices humilians , abstinences , jeûnes, macérations de la chair. Mais sous ces dehors capables d'effrayer des âmes qui n'ont jamais pénétré plus avant, et qui n'ont appris par nulle

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épreuve à connoître les mystères de Dieu , combien y a-t-il de ces consolations cachées , suivant le témoignage du prophète , et réservées à ceux qui craignent le Seigneur? Combien plus encore y en a-t-il pour ceux qui l'aiment et qui le servent en esprit et en vérité ?

De là vient , par une merveille que Fhomme terrestre et animal ne comprend pas et ne comprendra jamais, mais qui se découvre à l'homme religieux et spirituel , par l'expérience et le goût le plus sensible ; de là , dis-je , il arrive qu'au lieu que les gens du monde , avec tous leurs biens , tous leurs honneurs, tous leurs plaisirs, sont presque toujours mal contens, et se plaignent incessamment de leur sort , le religieux , dans son. dénuement , dans son obscurité , sous l'obédience la plus rigide et dans les pratiques les plus mortifiantes , ne cesse point de bénir sa condition , et fournit paisiblement toute sa carrière. La paix qu'il possède, est la paix de Dieu, et l'apôtre, qui l'avoit lui-même éprouvé , nous assure que îa paix de Dieu est au-dessus de tous les sens, €t que rien en ce monde ne l'égale. Or , voilà encore une fois par où je veux qu'on représente aux personnes religieuses le bonheur de leur état. Voilà sur quoi je veux qu'on insiste , et ce qui servira à exciter leur zèle, leur vigilance, leur ferveur , en leur faisant conclure qu'elles ne seront heureuses que par là ; mais aussi que par là même elles le seront pleifâçmçnt et constamment.

VOCATIO]^ RELIGIEUSE.

T^ocation religieuse : combien il est important de s^y rendre fidèle ^ et de la suivre.

Ce n'est point une chose indifférente ni d'une le'gère importance , de manquer à la yocation de Dieu , quand il appelle à Tétat religieux. Nous avons là -dessus 5 dans l'évangile même^ un exemple qui seul suffira pour nous faire entendre à quoi s'expose quiconque ferme l'oreille â la voix du Seigneur ^ et résiste à l'attrait de sa grâce. Examinons-en toutes les circonstances 5 et il nous sera aisé de comprendre où peut enfin conduire une infidélité sur un point aussi essentiel que celui-ci j et quelles en sont les suites malheureuses.

Cet exemple si convaiiK^ant , c'est celui de ce jeune homme qui s'adressa au Fils de Dieu^ pour apprendre de ce divin Maître comment il pourroit parvenir à la vie éternelle. Gardez les com-Mauh, 19. mandemens ^ lui répondit le Sauveur du monde. Sur quoi ce jeune homme répliqua : Seigneur ^ c^est ce que y ai fait jusqu^ à présent ^ et ce que je fais encore. Sainte disposition où se trouvant communément ceux à qui Dieu inspire le dessein de la retraite , et qu'il veut s'attacher plu5 étroitement dans la religion. Ce sont de jeunes gens dont les mœurs sont assez réglées , et dont le monde jusque-là n'a corrompu l'esprit ni le cœur. Quoi qu'il en soit, Jésus-Christ parut touché de la réponse du jeune homme qui lui parloit j il témoigna concevoir pour lui une affection par-

IlG VOCATION

liculière ; il l'envisagea à\m œil de bienveillance , cl l'invitant à une sainteté plus relevée : Si vom poule z y lui dit-il, être parfait ^ allez y vendez tous vos biens ^ donnez-les aux pauvres y et sut-- V^z-moi. Voilà à peu près la vocation religieuse j inais c'est là même que le zèle de ce jeune homme commence à se refroidir : la proposition du Fils de Dieu l'étonne 5 il lui est dur d'abandonner tous ses héritages et de s'en défaire ; cette pensée l'attriste , il ne sauroit s'y résoudre , il se retire. De là que s'ensuit-il 5 et qu'en doit-on naturellement conclure, sinon que ce jeune homme quittoit les voies de la perfection qui lui étoient ouvertes , sans quitter néanmoins les voies du salut j puisqu'il gardoit les préceptes, et que pour être sauvé c'est assez de les avoir observés ? Mais le Fils de Dieu conclut bien autrement; car se tour- V, ^5. nant vers ses disciples, Je vous le dis en vérité y 5'écrie-t-il , difficilement un riche entrera dans le royaume des deux. Quelle conclusion! Quoiqu'elle regardât tous les riches en général , elle âvoit un rapport particulier à ce jeune homme , qui possédoit de grands biens, et qui, par attachement aux richesses temporelles , avoit seulement refusé de tendre à une plus haute perfection que la simple pratique des commandemens. D'oii il sembloit aue le Sauveur du monde

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ne dut tirer d'autre conséquence que celle-ci : Difficilement un riche parviendra à la perfec-^ tion de mon évangile. Cependant il ne s'en tient pas là ; mais il déclare expressément que ce riche,, de qui il s'agissoit, auroit bien de la peine

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