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à se sauver , et qu'il étoit fort à craindre qu'il ne se sauvât jamais : pourquoi? parce que si la perfection qu'on lui avoit proposée n'étolt pour les autres qu'un conseil elle étoit devenue pour lui comme une obligation ^ en vertu de la grâce spéciale qui l'y appeloit y et qu'il rendoit inutile par sa résistance.
Il y va donc du salut ; et en faut--il davantage pour déterminer une jeune personne que la vocation divine porte à la vie religieuse, et qui sur cela se croit suffisamment instruite des volontés du Seigneur? C'est là qu'elle doit imiter, autant qu'il lui est possible, la promptitude et l'ardeur de Magdeleine, qui dans le moment quitta tout, dès qu'on vint lui dire : Le Maître est ici etJoan.n, 28. il vous demande. Et parce qu\ine telle résolution est quelquefois sujette, ou par une considération de fortune , ou par une affection naturelle , à de grandes contradictions de la part d'une famille , c'est là que lui est non-seulement permise, mais en quelque façon ordonnée , une pieuse dureté pour voir, sans se troubler, le trouble d'un père, et sans s'attendrir , les larmes d'une mère ; car je veux sauver mon âme ^ disoit dans une pareille conjoncture la généreuse Paule. Cette seule raison répond à tout , et tout doit céder à un intérêt qui est au-dessus de tout.
De là même nous devons juger combien de leur part des parens se rendent coupables, lorsqu'ils s'opposent à la vocation de leurs enfans, et qu'ils les empêchent de suivre la voix de Dieu qui se fait entendre à eux. C'est s'opposer à Dieu même
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en s'opposant à ses desseins , et c'est dëtournei* des en fans de la voie du saiut qui leur est marquée. On me dira qu'on ne prétend point absolument les détourner de la profession religieuse ^ mais qu'on veut seulement éprouver leur vocation ; c'està-dire, ainsi que s'en expliquent des parons même assez chrétiens d'ailleurs , qu'on veut, par exemple, que cette fiiie n'agisse point en aveugle; qu'on, veut qu'elle sache ce qu'elle quitte , et pour cela qu'elle voie le monde, qu'elle le connoisse avant que d'j renoncer. Principe spécieux et raisonnable dans l'apparence , mais dans la pratique très-dangereux, et souvent en effet très-pernicieux. On en sera convaincu par une réflexion que peu de gens font, et qui néanmoins est solide et importante. Car à quoi se réduit cette connoissance du monde qu'on prétend donner à une jeune personne? Elle consiste à lui faire voir ce qui lui peut inspirer du goût pour le monde , sans lui faire en même temps connoître ce qui est capable de l'en dégoûter. De sorte que, d'une part, on lui présente le poison, sans lui présenter, d'autre part, le contrepoison; et de cette manière on la jette dans le péril le plus évident, et on l'expose à la tentation la plus forte. Développons ceci davantage , et faisons-le mieux comprendre.
Si Ton pouvoit dessiller les yeux à une jeune fille, et lui révéler les secrets des cœurs; si l'on pouvoit la rendre témoin de ce qui se passe dans l'intérieur des familles, et lui découvrir toutes les peines, tous les chagrins, toutes les traverses dont le faux bonheur du monde est accompagné , ce
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serait pour elle un préservatif : mais tout cela ne s'apprend que par Texpérience ; et cette expérience, elle ne peut encore Favoir acquise dans Fâge où elle est. Cependant, on la produit dans le monde ; on la pare des ornemens du monde ; on la mène dans les compagnies du monde ; on la fait entrer dans les parties de plaisir, dans les jeux, dans les spectacles du monde ; elle n'aperçoit devant elle qu'une figure brillante et agréa* ble qui Féblouit , et qui naturellement doit lui plaire. D'où il arriye de deux choses Fune i ou qu'elle se laisse prendre à Fattrait, et qu'elle succombe à l'occasion , perdant ses premiers sentimens, et manquant aux desseins de Dieu sur elle; ou du moins que, persistant dans sa résolution, et se mettant en devoir de l'accomplir, elle emporte avec elle une idée du monde, qui ne ser-vira qu'à la troubler, à certains momens d'aimertume et d'ennui presque inévitables jusque dans les plus saintes communautés. Or, pour ne rien dire de plus , il vaudroit assurément beaucoup mieux la préserver de telles occasions, et prévenir de si mauvais effets. Mais elle ne connoîtra donc point le monde ? Qu'est-il nécessaire qu'elle le connoisse, puisque Dieu même la retire justement du monde , afin qu'elle ne le connoisse point? Plût au ciçl que bien d'autres ne Feussent jamais connu ! Quoi qu'il en soit, c'est une victime que le Seigneur s'est réservée. Contentez-vous que de votre côté son choix soit pleinement libre , et du reste laissez-la marcher à Fautel le bandeau sur les yeux. Dieu Fy attend, et il saura hieiij