‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 26 sur 88 · PENSÉES DIVERSES 5 ETC · texte numérisé non relu

PENSÉES DIVERSES 5 ETC

Pensées diverses sur Vétat religieux,

tous les titres dont le docteur des nations* sans blesser en aucune sorte l'humilité chrétienne et apostolique 5 a cru pouvoir se glorifier selon Dieu et en Dieu , il ne paroît pas qu'il y en ait eu un qui lui fût plus cher ^ que celui cle />n- ^ad%hiicm\, sonnier pour Jésus-^Christ ^ de prisonnier dans le Seigneur^ et pour le Seigneur. Aussi est-ce la qualité la plus ordinaire qu'il prend en divers endroits de ses épîtres; tant il s'estimoit heureux dans ses fers, et tant il trouvoit de goût et d'onction à penser qu'il les portoit pour la cause et l'amour de son divin Maître. C'est encore dans le même esprit , qu'étant à Rome, où il avoit été conduit par l'ordre de Festus, gouverneur de Judée, et ayant assemblé devant lui une troupe de. Juifs, afin de leur rendre compte de son état, il leur montroit sa chaîne, et leur disoit : Cette chaîne que vous voyez ^ mes frères ^ autour de . moi y & est pour V espérance d^ Israël que fen suis chargé. Cette espérance d'Israël, cette vue des biens éternels qui lui étoient réservés, voilà ce qui lui adoucissoit toutes les rigueurs de la captivité. Bien loin d'en gémir et de s'en plaindre, il en triomphoit de joie , il en étoit pénétré et rempli de consolation.

Or, pourquoi, dans un sens moins littéral, ne pourrois-je pas appliquer ces mêmes sentimens à une âme religieuse, sur-tout à l'une de ces sages

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et saintes vierges qui, volontairement et d'elles» mêmes, si j'ose user de cette expression ^ se sont condamnées à une clôture perpétuelle ? Ge seul terme de clôture marque déjà, par soi-même, quelque c1îos€ de triste, et dont la nature ne doit pas s'acGommoder ; mais qu'est-ce , quand à cette clôture la |ierp€tuiié se trouve jointe? Certainement une fille , quoique née libre , ainsi que Tétoît saint Paul, peut bien dire alors, comme ce grand apôtre , qu'elle est liée , qu'elle est enchaînée , qu'elle est captive. Mais aussi ne puis--je douter qu'elle ne soit également animée , consolée , et même attendrie, lorsqu'elle vient à faire devant Dieu cette réflexion si touchante : Qu'elle est captive jpour Jésus-Christ ; qu'elle est captive dans le Seigneur^ et pour le Seigneur; qu'elle est captive et enclvàiuée pour P espérance Israël. Espérance qu'elle conserve précieusement dans son sein, et qu'elle ne voudroit pas risquer pour tous les plaisirs du monde. Elle considère la clôture où sa profession la retient, comme un rempart contre la licence des enfans du siècle ; et plus elle conçoit le danger de cette licence mondaine , plus elle aime ses lieus. Elle voudroit, s'il etoit possible , les serrer toujours davantage. Elle en rend sans cesse à Dieu de nouvelles actions de grâces ; et mille fois elle se félicite elle-même d'avoir su perdre sa liberté, afin que sa liberté ne la perdît pas.

§ Qu'est-ce que la volonté de l'homme? et qu'est-ce sur-tout ce qu'on appelle propre volonté? Cette volonté propre est une volonté particulière ,

SUR l'état religieux. 207 ^li se renferme tout entière dans elle-même , et ne suit en toutes choses que son gré et que ses affections. Rien n'est plus dangereux, et ne causa de plus grands maux dans une communauté religieuse* Car, comme les affections sont aussi différentes que le sont les caractères, et que le gré de l'un est souvent tout opposé à celui de l'autre , on voit assez quelle confusion ce seroit , et quelles divisions s'ensuivroient , si chacun, dans toute sa conduite , n'avoit point d'autre principe que d'agir selon qu'il lui plait. Voilà pourquoi les pères^ et, entre les autres, saint Bernard, ont tant déclamé contre cette propre volonté, et l'ont regardée comme la ruine des sociétés les plus régulières. Mais voici l'avantage inestimable de l'obéissance religieuse ; c'est que toutes ces volontés particu^ lières , elle les réunit dans une même volonté , dans une volonté universelle et commune, qui est la volonté de Dieu , et qui nous est déclarée dans nos règles et par la bouche de nos supérieurs. Ainsi, m^algré la diversité et même la contrariété des esprits et des inclinations, elle conserve Tordre, l'unanimité, la paix.

Pour mieux comprendre ce précieux avantage d'obéissance , et pour mieux reconnoître la sagesse de Dieu dans l'institution des ordres religieux, il n'y a qu'à considérer les dérèglemens de notre volonté, et ses égaremens, lorsqu'elle est aban-^ donnée à elle-même. C'est une volonté aveugle : elle réside dans le cœur, qui lui-même n'est que ténèbres et qu'obscurité. C'est une volonté inconstante et volage : aujourd'hui nous voulons , et

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demain nous ne youIobs plus; maintenant un exercice est de notre goût^ et bientôt ensuite il nous ennuie et nous rebute. C'est une volonté incertaine et irrésolue : en mille rencontres on ne sait a quoi s'en tenir ^ ni quel parti prendre. C'est une volonté capricieuse et bizarre : souvent on veut sans raison, et même contre toute raison. C'est une volonté dure et opiniâtre : on a toutes les peines du monde à céder , jusque dans les moindres sujets; et il suffit qu'on nous contredise, pour nous obstiner davantage. C'est une volonté hautaine et impéiçieuse, jalouse de ses prétendus droits, et délicate sur tout ce qui les blesse : si vous entreprenez de la gêner en quoi que ce soit , elle s'élève , et ne cherche qu'à secouer le jong. Que dirai-je de plus? C'est une volonté violente et précipitée -dans ses désirs : s'ils ne sont promptement satisfaits, elle s'impatiente, elle murmure, elle éclate. C'est une volonté artificieuse et trompeuse : les prétextes ne lui manquent jamais pour séduire Fesprit, et pour le prévenir en sa faveur. Mais, par-dessus tout, c'est une volonté perverse et criminelle : tout ce qui lui est défendu , c'est là qu'elle se porte par un penchant de la nature corrompue et ennemie de la loi. Telles sont, dis-je, les malignes qualités de la volonté hum.aine; telles en sont les dispositions; et pour les connoître , nous n'avons qu'à nous consulter nous-mêmes. Or, à tout cela il faut un correctif ; et ce correctif si nécessaire, c'est l'obéissance.

En effet, cette volonté aveugle, l'obéissance la dirige ; cette volonté inconstante et volage ,

suK l'état religieux. 2^09 i'obëissance la fixe ; cette volonté incertaine el irrésolue , l'obéissance la détermine ; cette volonté capricieuse et bizarre , l'obéissance la redresse ; cette volonté dure et opiniâtre , l'obéissance la fléchit ; cette volonté impérieuse et hautaine , l'obéissance la soumet; cette volonté violente et précipitée j l'obéissance la réprime; cette volonté artificieuse et trompeuse , l'obéissance la dévoile ; enfin , cette volonté perverse et criminelle ^ l'obéisr sance la sanctifie. Que de merveilles! et de là que d'heureux fruits doivent naître ! Car toutes les volontés 5 dirigées de la sorte , et conduites par l'obéissance 5 fixées, déterminées , redressées ^ fléchies 5 soumises, réprimées, éclairées , sanc-^ tifiées, s'ajustent alors et s'accordent aisément entr'elles. C'est une même main qui leur donne l'im» pression , un même moteur qui les remue , un même guide qui leur trace la voie , un même législateur qui les gouverne, et qui, à la faveur de la lumière divine qu'il reçoit d'en haut, prend soin de les assortir tellement ensemble, qu'elles ne heurtent point les unes contre les autres. De cette manière se vérifie ce qu'a prédit autrefois le prophète? savoir, qu'on verroit le lion et l'agneau paître en repos dans les mêmes pâturages, et se ranger sous le même pasteur; c'est-à-dire, que , sans égard à la difFérence des pays , des tempéramens, des humeurs, on verroit parmi des personnes religieuses, et sous le même chef, la concorde et l'uniformité la plus parfaite.

§ Quel est l'état du monde oh l'on soit exempt de toute dépendance, et où l'on fasse toutes se§

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