‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 27 sur 88 · PENSÉES DIVERSES · texte numérisé non relu

PENSÉES DIVERSES

volontés ? Je dis pins , et Je demande quel est même Tétat du monde oii Ton ne soit pas i:ontinuellement obligé de rompre sa volonté , de renoncer à sa volonté, d'agir contre sa volonté, et dans les choses souvent les plus rébutantes et les plus contraires à notre sens ?

Cet état de franchise dont je parle , eet ét^ de pleine liberté , est-ce la cour ? mais qui no sait pas quelle est la vie de la cour ? et y a-t-il esclave plus esclave que tout ce qui s'appelle gens de cour? Est-ce la profession des armes ? mais toute la dkciplîne militaire u'est-elle pas fondée surTobéissance, etsur Tobéissance la plus héroïque , jusqu'à braver les périls, jusqu'à répandre son sang, jusqu'à risquer sa vie , et à la perdre ? Sont-ce les dignités, les charges, les ministères publics ? mais n'est-il pas évident que , sous une spécieuse apparence , ce sont , dans la pratique , des assujétissemens perpétuels et très-réels , à moins qu'où ne veuille ^ par un abus énorme , en négliger Soutes les fonctions , et en abandonner tous les devoirs ? Est-ce la conduite particulière de chaque maison , de chaque famille ? mais est-il une famille qui puisse biense soutenir, si la subordination y manque ? et peut-on vivre sans trouble dans une maison, si l'on n'use mcessamment de condescendance les uns envers les autres, aux dépens de ses propres inclinations ? Est-ce le commerce ordinaire du monde? mais ce commerce du monde, tout aisé et tout agréable qu'il paroît^ n'a-t-il pas ses lois et des lois très-importunes et très-onéreuses ? quelles mesures «t quels égards n'exige-t-il pas ? à

Sun l'état religieux. aiî «ombien de cautiimes et de modes , de bienséances et de complaisances n'asservit-il pas ? 11 faut donc par-tout savoir se captiver, savoir prendre sur soi et se gêner , savoir obéir et plier. Il le faut, et voici où tout cela tend ^ voici le point où j'en veux venir. Car c'est une leçon sensible €t palpable pour nous ; je dis pour nous , soumis à la règle et à Fobservance religieuse. Nous sommes dans un état de sujétion , nous portons le joug : mais e^est le Joug da Seigneur ; et pour nous l'adoucir , si quelquefois il nous semble pesant et incommode , tournons ksr yeux vers le monde. Voyons, dans le monde^ comment des hommes dépendent d'autres hommes, comment des hommes obéissent à d'autres hommes ; et quels sont enfin ces hommes de qui l'on dépend , et à qui l'on obéit. De là bientôt nous apprendrons comment , dans la maison da Dieu > nous devons obéir à Dieu même,

§ On hait 1^ mond^ dans soi-même , maïs on l'aime dans autrui. Parlons plus clairement. On renonce au monde ,^ à tout rang , à toute distinction ; et l'on se réduit , en se dévouant à Dieu ^ dans un état humble , obscur , dépendant. Yoilà , ce semble , le monde détruit dans nous , le voilà comme anéanti. Mais cependant on sait qu'une famille ou i^on a pris naissance , et à qui l'on appartient par une étroite proximité , prospère dans le monde ; on sait qu'elle parvient à des places honorables, et c'est à quoi l'on est extrêmement sensible, de quoi l'on s'applaudit intérieurement dans l'âme , sur quoi l'on fait au dehors éclater

Page 1