‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 3 sur 88 · DE LA CHARITÉ CHRÉTIENNÊ. S · texte numérisé non relu

DE LA CHARITÉ CHRÉTIENNÊ. S

^u'on voie encore ces mêmes désordres dan§^ des états du monde moins releyés , et Jusque dans Jes dernières conditions, je n'ai point de peine à le comprendre. Eu égard à la diversité des esprits , à la différence des tempéramens , à la variété et même à la contrariété absolue des idées et des prétentions y oii Fun pense d'une façon et l'autre tout autrement , ou l'un veut ceci et l'autre cela y il n'est guère possible que le monde ne soit pas perpéluellemenl agité de discordes et de dissensions : pourquoi? parce que le seul lien capable d'unir les cœurs, malgré tous les sujets de désunion qui naissent , et le seul moyen qui pourroit prévenir tous les troubles et les arrêter , c'est un esprit de christianisme et de charité , et que cet esprit de charité , cet esprit chrétien est presque entièrement banni du monde , et qu'il n'y a plus ni vertu ni action.

Mais voici ce qui me paroît bien déplorable et bien étrange. Ce n'est pas seulement à la cour ni dans le monde profane et corrompu , que la passion suscite ces guerres et cause ces mésintelligences ; mais elles ne sont que trop fréquentes au milieu même de l'église , jusque dans le sanctuaire de Jésus- Christ , et entre ses ministres ^ jusque dans la s(d.itude du cloître, et dans le centre de la religion. Le Êls de Dieu nous a dit à tous , dans la personne de ses apôtres : On connoîtra que vous êtes mes disciples , par l'affection mutuelle que vous aurez , et que vous témoignerez les uns envers les autres. Suivant ce principe ^ et pour donner à leur divin Maître cette preuve

d'un attachement inviolable , les premiers chrétiens n'avoient rien plus à cœur que la charité et que le soin de la conserver entr'eux. Mais ^ dans la suite des temps , la charité de plusieurs étant venue à se refroidir , et la paix ayant commencé à se troubler parmi le troupeau fidèle ^ du moins lui restoit-il , ce semble , un asile en certains états plus parfaits et spécialement dévoués à Dieu par leur caractère et leur profession. Qui Teût cru , que jamais on dût voir ce qu'on a vu tant de fois , je veux dire parmi des hommes d'église , parmi des prêtres du Dieu vivant , dans des retraites et des monastères, les animosités , les jalousies j les partis , les brigues et tous les maux qui en sont les suites funestes et scandaleuses? Oii donc la charité pourra--t-elle se retirer sur la terre , et où sera~t-elle à couvert ? Qui la maintiendra , si ceux-là même qui selon leur ministère devroient donner tous leurs soins à l'entretenir ; qui devroient être autant de médiateurs pour concilier les esprits et terminer les différents ^ qui , par Texemple d'une modération inaltérable et d'un plein désintéressement^ devroient apprendre aux fidèles à réprimer leurs sentimens trop vifs , et à sacrifier sur mille points peu importans leurs droits prétendus ^ plutôt que de les défendre aux dépens de la tranquillité et du repos commun; si, dis-je , ceux-là même s'échappent, comme les autres, dans les rencontres, et ont leurs démêlés et leurs aversions? N'insistons pas là-dessus davantage : on n'en est que trop instruit j mais on n'en peut assez gémir.

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