‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 33 sur 88 · DIVINE · texte numérisé non relu

DIVINE

Cependant 5 affreux dérèglement de Fesprit de l'homme ! ce même mystère capable de produire des sentimeiis si justes, si purs, si relevés, ce fut pour les Juifs un scandale , ce fut pour les gentils une folie; et n'est-ce pa5 encore l'un et l'autre pour tant de libertins et de prétendus esprits forts ? Ce qui devroit leur rendre un Dieu-homme plus adorable et plus aimable, je veux dire ses abaissemens et ses humiliations , c'est ce qui les en détache , c'est ce qui choque leur fausse prudence , ce qj^ les révolte et qui les rebute , ce qui devient la matière de leurs impiétés et de leius biasphèmeSo

Ils ne peuvent se persuader qu'un Dieu ait voulu descendre de sa gloire , et s'assujétir à toutes les infirmités d'une nature aussi foible que la nôtre. Cet état vil et obscur, cet état de pauvreté, de misère, de souffrance, de dépendance, leur paroît indigne de la majesté du Très-Haut : pourquoi? parce qu'ils en jugent en hommes, et qu'ils n'ont jamais compris quelle est l'étendue des divines miséricordes. Mais, par une conséquence toute contraire, plus mon Dieu s'est fait petit, dit saint Fulgence, plus il m'est cher : comment cela ? c'est que je sais qu'il ne s'est ainsi humilié, ainai anéanti que pour moi. C'a été de sa part un excès d'amour; mais cet excès d'amour pour moi, est justement ce qui demande, et ce qui excite tout mon amour pour lui. Que les impies raisonnent donc tant qu'il leur plaira, et comme il leur plaira; malgré lems raisonnemens et leurs vaincs difficultés , nous concluronsv toujours avec saint. Ber--

23o SUR l'incarnation

Bérn, nard, et nous dirons : ! Seigneur ^ que ne vous dois-je point pour avoir créé ? mais , après m^être perdu moi-même y combien vous suis-je encore plus redevable de mouvoir ra-^ cheté y et racheté à ce prix!

Troisième point. Mystère dont nous devons faire la règle universelle de nos actions : pourquoi? c'est qu'en se faisant homme, le Fils de Dieu vient se proposer à nous comme notre modèle. Car c'est dans ce dessein qu'il nous est donné. De sorte que Dieu, selon le témoignage exprès de l'apôtre , ne nous reconnoîtra jamais pour ses enfans et pour ses élus, qu'autant qu'il BOUS trouvera conformes à l'image de son Fils. Et voilà pourquoi ce Dieu-homme s'est revêtu de notre chair , afin de pouvoir se montrer sensiblement à nos yeux , et que nous puissions en observer tous les traits , et les imiter. S'il étoit seulement Dieu , remarque saint Léon , il ne pourroit nous servir d'exemple , parce que nous ne pourrions le voir; mais étant Dieu et homme tout ensemble, il a de quoi frapper nos sens, et il a droit de nous dire : Regardez-moi , et formez-vous sur moi. Il nous le dit en effet. Il veut qu'entre sa vie mortelle et la nôtre , il y ait une ressem-^ jblance aussi parfaite qu'elle peut l'être. Car il ne prétend point tellement nous sauver par l'efficace de ses mérites, qu'en même temps nous ne nous sauvions pas nous-mêmes par la sainteté de nos œuvres. Or , nos œuvres ne sont saintes qu'à proportion gu'elles sont faites en Jésus-Christ selon

DITINE. S3l

Jésus-Christ, conformément à Fesprît et aux œuvres de Jésus-Christ 5 si bien que chacun de nous, pour user de l'expression de saint Grégoire de Nysse, derienne dans toutes ses intentions, tous ses désirs, toutes ses entreprises, dans toutes ses démarches et toute sa conduite , com.me un autre Jésus-Christ.

Excellente règle, règle toute divine, et qui ne nous peut tromper. Car pour nous tromper, il faudroit, ou que Jésus-Christ se trompât lui-même, ou qu'il voulût nous tromper. Or, Jésus- Christ, comme Dieu, est tout à la fois, et la sagesse même, et la bonté même. Puisqu^il est la souveraine sagesse , tout lui est présent , et rien n'échappe à sa connoissancc ; d'où il faut conclure qu'il est donc incapable de se tromper. Et puisqu'il est la bonté souveraine , il nous aime , et ne cherche que notre bien : ce qui prouve évidemment qu'il ne veut donc pas nous tromper. Ainsi nous pouvons, et même nous devons, avec une confiance entière, régler sur lui tout le plan de notre vie. Mais est-ce là la règle que nous suivons ? Déplorable renversement dans le christianisme l Nous sommes chrétiens , ou nous nous disons chrétiens ; mais du reste comment vivons-nous , et par quek principes agissons-nous ? selon les maximes du monde , selon les jugemens du monde , selon les intérêts du monde, selon les coutumes et le torrent du monde. Toutefois prenons-y garde, et ne nous flattons point : Jésus-Christ est la voie , comme il nous l'a fait lui-même entendre , et l'unique voie. Pax conséq^uent tout wtre voie nous

^3ja iStJR LA GRACE.

égare , et nous mène à la perdition. Point de milieu : ou la vie par Jésus-Christ, ou, hors de Jésus-Christ , une mort éternelle et la damnation. Plaise à Jésus-Clirist même, notre médiateur, et notre rédempteur, de nous aider à le suivre, et à parvenir au bienheureux terme dont il vient nous enseigner le chemin,

LUNDI

Jean-Baptiste faisant connoitre Jésus- Christ comme auteur de la grâce et sanetificateur des âme^*

SERMON

SUR LA GRACF.

De plenitudine ejus nos accapijnus» . • • gratia ^ et veiitaB per Jesum Christum facta est^

Nons avons tous reçu de sa plénitude. . • • la grâce , et la., vérité est venue par Jésus- Christ, Joan^ c. i. i6»

Le saint précurseur Favoit déjà dit , que le Verbe de Dieu, que Thomme-Dieu, kXoil plein de grâce ; et c'est de cette plénitude qu'il nous apprend maintenant que nous avons tous reçu» Car c'est par Jésus-Christ que la grâce est venue ^ par Jésus-Christ qu'elle s'est répandue sur tous les hommes, et par Jésus-Christ qu'il s'en fait encore îpus les jours, pour la sanctification des âmes j de si salutaires effusions. Don de la grâce

ffiie le prophète Isaïe nous a repre'senté comme des eaux bienfaisantes , qui coulent des sources du Sauveur, et que nous y devons puiser avec joie. Don infiniment précieux, et par sa nécessité, et par sa force. Appliquez- vous à l'un et à l'autre. Je dis la nécessité de la grâce par rapport au salut 5 et la force de la grâce. Sans la grâce nous ne pouvons rien : en voilà l'absolue nécessité. Avec la grâce nous pouvons tout : en voilà le pouvoir et la force. De ces deux principes, qui feront le sujet des deux parties , nous tirerons , sur l'importante matière que je traite , et sur l'usage de la grâce, les conséquences les plus solides et les plus morales. Elles regarderont sur-tout deux sortes de personnes. Les uns sont de présomptueux qui se confient en eux-mêmes ; et dans la nécessité de la grâce, il y aura de quoi abaisser leur orgueil , et le réprimer. Les autres sont des pusillanimes qui s'étonnent des moindres obstacles; et dans la force de la grâce , il y aura de quoi relever leur coiu'age et le ranimer.

Premier point. Sans la grâce nous ne pouvons rien. N'entrons point là -dessus dans une sèche et longue dispute ; mais tenons-nous-en à la foi : elle nous suffit. Il ne nous faut point d'autre preuve que la parole expresse de Jésus-Christ 5, point d'autre que l'incontestable témoignage de son apotre , point d'autre que les décisions des conciles contre les erreurs de Pélage, et que la créance commune de l'église. Il est donc certain que de notre fond , et à l'égard de ce salut qui

S34 SUR LA GRACEv

BOUS est promis comme la récompense de nos œuvres, nous ne pouvons rien sans le secours de Dieu et de sa grâce; et pour nous en convaincre, BOUS n'avons qu'à écouter Jésus~Cliri$t la vérité

Jeuïi. ï5: 5, éternelle ^ quand il nous dit : F^ous ne pouvez Att^ust. rien faire sans moi. Prenez garde ^ remarque St. Augustin, soit peu^ soit beaucoup^ pom ne le pouvez faire ^ à moins que vous ne soyez aidés de celui sans qui Von ne peut rien faire. Nous n'avons qu'à consulter St. Paul , l'apôtre et le docteur de là grâce , quand il nous enseigne

%, Cor. 3 .5> que i^ous ne sommes pas capables ^ de nousmêmes ^ comme de nous-mêmes ^ déformer une bonne pensée ; et que si nous en sommes capa-hles y dest par F assistance divine. Nous n'avons qu'à parcourir les définitions des conciles et des pères de l'église , lorsqu'ils ont décidé tant de questions sur la grâce du rédempteur^ et qu^ils en ont déclaré leurs sentimens. Nous n'avons même qu'à suivre les lumières de la raison , qui nous dicte assez, que des actions surnaturelles et dignes^ du royaume de Dieu , ne peuvent partir d'une Bature aussi foible que la nôtre , si Dieu ne prend: soin de la seconder , et s'il ne l'élève aurdessu^ d'elle-^même.

De là quatre conséquences , qui doivent nous servir de règles dans toute la conduite de notre vie. Première conséquence : c'est de reconnoître l'e^Ltrême dépendance où nous sommes de la grâce de Dieu, et de sou infinie miséricorde; c'est de ïious humilier dans cette vue , et de trembler sous la main toute- puissante de Dieu ; c'est de ne nou#

glorifier de rîen^ ou de ne nous glorifier qu'en Dieu 5 qui fait vouloir et exécuter suivant sa volonté toute bienfaisante 5 et qui, selon que s'exprime saint hxi^nslm^ en couronnant nos vertus y Au§uû couronne ses dons y beaucoup plus que nos mérites. Seconde conséquence : c'est de lever sans cesse les yeux au ciel, pour attirer sur nous l'abondance des grâces divines. Car Dieu veut que nous les demandions : il veut que sentant notre besoin , nous avons recours à lui , que nous lui adressions nos vœux, que nous le sollicitions; et n'est-ce pas aussi sur la nécessité de la grâce qu'est particulièrement fondée la nécessité de la prière ? Dains l'impuissance où nous réduit notre foiblesse , il ne nous reste que de nous écrier presque à chaque moment \ yih ï Seigneur y sau-Mauh. $ vez-nous} autrement nous allons pénr. Troisième conséquence : c'est de bénir la bonté de Dieu , qui ne nous a point laissé jusqu'à présent manquer de grâces. Tant de fois il nous a prévenus, tant de fois il nous a éclairés, pressés, excités! Voilà le sujet de notre reconnoissance , et voilà peutêtre en même temps le sujet de notre confusion,' et de notre condamnation. Dieu nous a appelés ; mais avons-nous prêté l'oreille à sa voix ? il nous a inspirés ; mais avons-nous répondu à ses inspirations ? en avons-nous profité ? Au contraire , combien de combats avons-nous livrés et soutenus pour nous défendre de sa grâce ^ et pour eu arrêter les mouvemens? Combien de temps l'avonsnous laissé frapper à la porte de notre cœur? Et maintenant même ne l'y laissons-nQus pas en^

€ore sans lui ouvrir! C'est le reproclie qu'il faisoît à Jérusalem, et qu'il a bien droit de nous faire. Combien de fois , disoit-il à ce peuple infidèle , ai~je voulu te recueillir dans mon sein et entre mes bras? Mais tu ne l'as pas voulu; et ma grâce mille fois redoublée , n'a servi qu'à redoubler tes révoltes ^ et qu'à te rendre plus criminel. Reproche suivi de la plus affreuse menace . Car poursuivoit le Seigneur, c'est pour cela, peuple rebelle, que tu seras abandonné ; pour cela que cette grâce , si long-temps et si indignement rebutée , se retirera de toi. Or , sans le secours de ton Dieu, que ferastu? que deviendras-tu? Quatrième et dernière conséquence : c'est de ne plus recevoir en vain la grâce , quand il plaît à Dieu de nous la donner \ de ne nous pas exposer , par nos retardemens et nos résistances , à perdre un talent qui nous doit être d'autant plus cher, qu'il nous est plus nécessaire. S'il nous échappe, où le retrouverons - nous ? Quelle autre ressource aurons- nous? Il n'est rien que nous négligions , dès que la fortune ou que la vie en dépend; et nous négligeons, que dis-je I BOUS méprisons formellement , nous rejetons des grâces à quoi nous savons que le salut est attaché.

Second point. Avec la grâce nous pouvons tout. Qu'est-ce que la grâce ? un secours de Dieu, qui agit dans l'homme et avec l'homme. Or, tout étant possible à Dieu , il s'ensuit que tout , avec le secours de Dieu, nous doit être possible à nousmêmes. Mais, comment possible? Allons par degrés. Possible, quelques difficultés d'ailleurs qui

s'y rencontrent. Possible ^ jusqu'à devenir aisé et facile. Possible ^ jusqu'à dcTenir même doux et agréable. Quelle force! Voyons de quelle manière la grâce opère toutes ces merveilles.

Possible, quelques difficultés d'ailleurs qui s'y rencontrent : Paul , ce vaisseau d'élection , eu est un exemple biep marqué. Assailli de la tentation, il prie Dieu de l'en délivrer , et Dieu se contente de lui répondre : Ma grâce te suffit. Mais 5 Seigneur 5 l'attaque est violente ; c'est l'ange de Satan qui me poursuit sans relâche. Il n'importe ; quand tout l'enfer serolt déchaîné contre toi 5 ma grâce te suffît. Mais que suis- je , Seigneur, et que n'ai- je point à craindre de ma fragilité ? Non, ne crains point : Ma grâce te suffît Cor, 12. 9 et c^est dans Vinfirmité même ^ qu^elle éclate

avantage ^ et qu^elle paraît phis puissante. Qui peut dire, en effet, combien la grâce, dans tous les temps, a fait de miracles ? Miracles de con- Tersion, miracles de sanctification. Qui peut dire combien d'endurcis elle a touchés , combien d'opiniâtres elle a soumis, combien de lâches et de paresseux elle a portés aux entreprises les plus héroïques ? Quelles sortes d'obstacles n'a-t~elle pas surmontés ? Quelles sortes d'engagemens n'a-t-elle pas rompus ? Demandons-le à Magdeleine , à cette femme pécheresse, que tant de nœuds attachoient si fortement au monde, et qui, d'un premier effort de la grâce , brisa tous ses liens , renonça à tous les plaisirs et à toutes les pompes humaines; se dévoua pour jamais , et sans réserve , à Jésusphrist. Demandons-le à saint Augustin , en qui

la grâce , par un double triomphe , surmonta si heureusement, et l'obstination de rhéiésie, et la corruption du vice. Demandons-le à une multi^ tude innombrable de pécheurs aussi fameux par l'e'clat de leur pénitence ^ qu'ils l'avoient été par l'excès de leurs désordres.

Possible 5 jusqu'à devenir aisé et facile. Nous savons quels exercices et quelles austérités pratiquoient dans les déserts tant de solitaires, et dans les cloîtres tant de pénitens dont nous avons entendu parler, Qu'étoit~ce que leur vie ? Retraite , pauvreté, prière, jeûnes, veilles, travaux ^ macérations du corps, une parfaite abnégation d'euxmêmes. Tout cela leur sembloit-il difficile ? Trouvoient-ils le joug trop pesant ? Se plaignoient-ils que Jésus-Christ les eût trompés, en les assurant

JSiat. Il, 3o. que son fardeau est léger? Tous les chemins s'ouvroient devant leurs pas ; et non-seulement

-Pjf. ii8. Sa. ils marchoient , mais ils couroient ^ comme le prophète , dans les voies de Dieu : pourquoi ? parce que la grâce leur dilatoit le cœur^ parce qu'elle leur applanissoit les sentiers les plus raboteux et les plus épineux, parce qu'elle les emportoit sur ses ailes, et les enlevoit. Sa vertu est toujours la même qu'elle étoit alors; et quoique la charité se soit refroidie de nos jours, il y a néanmoins encore de ses âmes ferventes, à qui la grâce fait accomplir tous les devoirs de la justice chrétienne, avec une facilité et une ardeur qu« rien n'arrête.

Possible, jusqu'à devenir même doux et agréable* G^est le prodige que les siècles passés ont admiré

dans les martyrs. Quel spectacle! Des hommes livrés aux tourmens les plus cruels ^ des hommes exposés aux bêtes féroces, attachés à des croix, étendus sur des brasiers, plongés dans des huiles bouillantes; et cependant remplis de joie, s'estimant heureux, goûtant les plus pures délices, et les plus sensibles consolations ! Voilà ce qu'on voyoit, et où l'on reconnoissoit le doigt de Dieu. Or , ce doigt de Dieu , qu'étoit-ce autre chose que Fèsprit de Dieu, qui versoit dans leurs cœurs Fonction de sa grâce? Car tel est le caractère de la grâce ; d'unir ensemble l'onction et la force , et de conduire les œuvres de Dieu avec autant de douceur que d'elFicace.

De tout ceci quelle conclusion ? Quelles résolutions à prendre ? Quelles erreurs à corriger ? Le voici en trois mots. De ne plus tant écouter nos défiances et nos craintes naturelles, quand il est question d'obéir à Dieu , et de travailler à notre salut et à notre perfection. De n'en point juger par nos propres forces, mais par la force de la grâce. De nous abandonner à ses saints mouvemens, et de compter que ce que nous aurons entrepris et commencé avec elle , elle nous le fera soutenir et achever. De nous encourager comme l'apôtre, et de nous affermir contre les répugnances et les révoltes de la nature, par ce généreux sentiment : Je puis toutes choses en celui qui me m,,/,^^ ^ fortifie. Oui, je puis tout; mais en qui et par qui?^^non point en moi-même , ni par moi-même , puisque de moi-même je ne suis rien, et que n'étant rien^ je ne puis rien : mais }e puis tout dans le Tout- T. IL 16

^^O SUR LA GRÂCEc

Puissant et par le Tout-Puissant. Plus même je re*connoîtrai devant lui mon insuffisance , et je me; confierai en lui dans la vue de ma foiblesse ^ plus je rengagerai à verser sur moi les richesses de sa grâce 5 et à déployer en ma faveur toute sa vertu. Aura-t-elle pour moi moins de pouvoir que pour tant d'autres ? Le bras du Seigneur n'est point raccourci, et sa miséricorde qui remplit toute 1«| terre 9 est inépuisable.

MARDI

'JeanSaptiste faisant connoitre Jésus-- Christ comme instituteur des sacremens ^ et en parf^ ticulier du baptême.

SERMON

SUR LE BAPTÊME

Ipse P0& hapûsahit in Spirîfu Sancto et ignL

C'est lui qui tous donnera le baptême de rEsprit-Saint ^ du feu. Matih. 3. ii.

Ce feu de la charité j ces dons du Saint-Esprît^ répandus dans les coeurs^ ces opérations divines €t secrètes ^ voilà l'essentielle différence qui se rencontre entre les sacremens^ soit de la loi de nature , soit de la loi de Moïse , et les sacremens de la loi de Jésus- Christ. Il n'appartenoit qu'à ce Dieu- homme de nous conférer ^ sous des signes •f Xtérieius et vigiblei.^ vm ^aiEleté intérieure et

SVK LE BAPTÊME. li/^l

invisible , et c'est sur-tout ce qu'il fait dans le sacrement du baptême. Sacrement que nous marque spécialement Jean-Baptiste , et auquel j'ai cru devoir m'attacher dans ce discours. Sacrement dont peut-être nous n'avons jamais bien connu , ni les avantages, ni les obligations. Or^ il nous est impor*tant de les connoître. Avantages du baptême, obligations du baptême. Avantages que j'appellerai la grâce du baptême : obligations que j'appellerai les engagemens du baptême» Cette grâce du baptême, c'est ce que nous avons reçu de Dieu, et ce qui demande toute notre reconnoissance : premier point. Ces engagemens du baptême ^ c'est ce que nous avons promis à Dieu, et ce qui demande toute uotre fidélité : second point. L'un, et l'autre méritent une attention particulière et les plus sérieuses réflexions.

Premier point. Grâce du baptême , grâce infiniment précieuse en deux manières : parce que c'est une grâce de salut et de sanctification , et parce que c'est une grâce de choix et de prédilection. Grâce de salut et de sanctification : comment cela ? parce que c'est en vertu de cette grâce, que l'homme , conçu dans le péché , et né dans le péché , est tout à coup régénéré en Jésus-Christ et revêtu de Jésus-Christ ; que d'enfant de colère il devient enfant de Dieu, frère de Jésus-* Christ, membre de Jésus-Christ, héritier d^ Dieu et cohéritier de Jésus-Christ, Car voilà , par le changement le plus merveilkœ ^ ce qu'opèrent

SÛR LE BAPTÊME

dans îloiis ces eaux saintes dont nous sommes îa- Tes sur les sacrés fonts. Autrefois ^ écrÎYoit rapô- EpUes. 2. 3. tre aux Éphésiens^ nous tv" étions devant Dieu^ selon notre naissance ^ que des objets de haine et de colère ; mais ce même Dieu qui est riche en miséricorde > lorsque nous étions morts ^ nous a vivifiés en Jésus- Christ ^ et avec Jésus-Christ ^ par r excès de sa charité. C'est donc là que tout péché est effacé , que toute peine due au péché est remise : là que Tâme est enrichie des trésors célestes ; que la foi , Fespérance , la charité ^ que les habitudes des plus excellentes vertus lui son! infuses : là, pour ainsi dire ^ que le sceau de Dieu lui est imprimé 5 et qu'au nom du Père , du Fils, du Saint-Esprit, elle reçoit un caractère ineffaçable, qui est le caractère de chrétien. Caractère plus glorieux mille fois , que tous ces titres de noblesse dont le monde repaît son orgueil , et dont il tire tant de vanité. Caractère dont la dignité, si j'ose user du même langage que saint Léon, va jusqu'à nous rendre , en quelque sorte , participant de la nature divine. Caractère que nous porterons avec nous au tribunal de Dieu, pour y être reconnus comme les disciples de son Fils bienaimé, comme son peuple, comme son troupeau.

Telle est, dis-je, la grâce du baptême; tels sont pour nous les avantages inestimables qu'elle renferme. Mais y pensons-nous? Est-ce par là que nous mesurons notre bonheur, et que nous nous croyons favorisés du ciel? Si Dieu, par proportion, nous avoit autant élevés selon le monde; s'il nous avoit délivrés des misères du monde ^

SUR LE BAPTÊME

et comblés de ses prospérités et de ses honneurs, peut-être alors serions-nous touchés de quelque reconnoissance : du moins serions-nous sensibles et très-sensibles à l'éclat de cette fortune temporelle,. Mais qu'il nous ait purifiés, mais qu'il nous ait réconciliés, mais qu'il nous ait sanctifiés, et que par cette sanctification du baptême , nous soyons entrés dans nos droits à Théritage éter^ nel, ce sont des faveurs trop spirituelles, et trop au-dessus des vues humaines , pour intéresser des mondains accoutumés à n'estimer les choses et à n'en juger que par les sens. O homme aveugle et tout terrestre ! ne prendrez -vous jamais des sentimens conformes à votre véritable grandeur? ne la reconnoîtrez-yous jamais? Rendez grâces à la divine Providence , des autres qualités dont il lui a plu vous honorer à l'égard de cette vie mortelle et présente : j'y consens et vous le devez. Quoique ce ne soient que des qualités passagères, et que toutes les grandeurs qui y sont attachées, doivent périr, ce sont toujours des dons du Seigneur. Mais de quel prix ces dons peuventils être à vos yeux , dès que vous les mettez en. parallèle avec ce don parfait, comme parle l'apôtre, avec ce grand don, qui descend spéciale^ ment du père des lumières, et qui vous approche de votre Dieu par de si étroits et de si saints rapports. Avançons.

Non-seulement grâce de salut et de sanctification , mais grâce de choix et de prédilection. Ce choix , cette préférence , nous plaît en tout , et nous flatte. Or, elle est entière ici, et c'est une

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