‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 34 sur 88 · BAPTÊME · texte numérisé non relu

BAPTÊME

circonstance bien remarquable. On a formé jusqu^a présent ^ et Ton forme tons les jours ^ tant de raisonnemens et de questions sur cette multitude d'enfans morts avant que de naître ^ et hors d'état, par cette mort prématurée, de parvenir à la grâce du baptême. On demande par quel malheur îm* pré vu 5 ou quelle conduite de la Providence ^ d'autres , heureusement nés , et sur le point de xecevoir la sainte ablution, ont été enlevés dans îe moment qu'on s'y attendoit le moins, et sans qu'on ait pu les pourvoir d'un sacrement si nécessaire. On demande pourquoi, dans les terres infidèles et dans les plus vastes empires. Dieu permet que des peuples entiers manquent de ce secours , et soient privés de ces sources de vie qui nous sont ouvertes. On fait là-dessus bien des rechercheSy on propose bien des difficultés, on imagine bien des convenances : et moi sans prétendre m'ingérer dans les conseils-de la sagesse éternelle , je me contente d'adorer la profondeur de ses jugemens. Car à qui appartient -il de connoître les voies du Seigneur , et qui peut pénétrer dans ses pensées ? Mais du reste le point capital à quoi je m'attache , c'est de faire un retour salutaire sur moi-même; c'est d'apprendre de l'infortune des autres , et du triste abandonnement où ils semblent être, quel est donc le bien que je possède. Hé I mon Dieu , où en serois-je , si vous m^aviez traité comme eux ? et pourquoi , Seigneur , avezvous jeté sur moi un regard plus favorable ? Qu'avoient-ils fait contre vous ? Qu'avois-je fait pour TOUS? Mystère de grâce, dont je suis redevable

SUR LE BAPTÊME

à votre miséricorde^ et sur quoi je n'ai autre chose à dire, que de m^écrier avec le prophète royal, dans les mêmes sentimens d'admiration, d'amour, de gratitude : Le Dieu d'Israël, le Dieu de l'univers, n^en a pas usé de même envers 147. toutes les nations ; il ne les a pas distinguées comme moi, et ne leur a pas révélé ses comman-démens. Heureux si je sai^ lui rendre ce qu'il attend de ma fidélité.

Second point. Engagemens du Baptême, Le l)aptême est une grâce , nous n'en pouvons douter ; mais c'est en même temps une dette. Nous y avons contracté des engagemens inviolables ; et pour concevoir une juste idée de ces engagemens dii baptême , considérons-en , dans une courte exposition, et l'étendue, et la solennité. Engagemens les plus étendus, puisqu'ils embrassent toute la loi. Engagemens les plus solennels , puisque nous en avons pris Dieu même à témoin ^ et toute sou église.

Je dis d'abord engagemens les plus étendus : car comme l'apôtre , instruisant les Galates, leur déclaroit , et , afin de donner plus de force à ses paroles, leur protestoit que quiconque, selon la pratique et l'esprit de l'ancienne loi , se faisoit circoncire, étoit dès-lors, et en conséquence de cette circoncision légale , étroitement obligé de garder tous les préceptes de la loi judaïque ; ainsi dois-je , avec la même assurance , non-seulement annoncer et déclarer, mais protester à tout homme honoré dans la loi nouvelle du caractère de chré-

^46 SUÎl LE BAPTÊME.

tien, que du moment qu'il commença de renaître par Veau et par le Saint-Esprit , il commença d'être soumis à la loi et à toute la loi du divin Législateur dont la grâce lui fut communiquée • c'est-à-rdire , que dès ce jour et dès cet instant ^ il s'assujétit à l'indispensable obligation où nous sommes , de professer cette loi , et de ne rougir jamais de cette loi , de vivre selon cette loi , de persévérer jusqu'à la mort dans l'observation de cette loi, d'éviter tout ce que cette loi défend ^ et de ne rien omettre de tout ce qu'elle ordonne. Et parce que l'ennemi conmiun de notre salut, parce que le monde , la chair , s'opposent continuellement dans nous à la pratique de cette loi, et qu'ils emploient tous leurs efforts à nous en détourner , c'est pour cela qu'en entrant dans la milice de Jé^us^-Christ, nous ayons renoncé à Satan et à toutes ses illusions, au monde et à toutes ses pompes 5 à la chair et à toutes ses cupidités» D'où yient que selon l'excellente morale des apôtres , et les enseignemens qu'ils nous ont laissés , avoir été baptisé en Jésus-Christ, c'est être mort au péché , mort à soi-même , à ses passions , à se§ sens , à tous les désirs du siècle , pour ne mener sur la terre qu'une vie céleste.

Saints engagemens , aussi solennels qu'ils sont étendus. Je dis engagemens solennels , et c'est l'autre article que j'ajoute. En effet , ces engagemens du baptême , ce sont des promesses , mais des promesses faites à Dieu , faites au ministre de Dieu , faites dans le temple de Dieu, à la face de- l'autel , au îpilieii des fidèles , les uns

SUR LE BAPTÊME

simples spectateurs , les autres garans des paroles qu'ils ont données en notre nom ^ et que nousmêmes, dans le cours des temps, nous ayons cou-fnmëes. Quand donc , par le dérèglement de nos mœurs, nous démentons des promesses si authentiques et si dignes du maître auquel nous nous sommes dévoués , voilà ce que les pères ont traité de parjure, de désertion, d'apostasie. Or, n'est-ce pas le désordre presque général du christianisme? Où en sommes-nous? et que sommes-nous? sommes-nous chrétiens? sommes-nous païens? A la Lien prendre, nous ne sommes ni l'un ni l'autre; ni païens, puisque nous croyons en chrétiens; ni chrétiens , puisque nous vivons en païens. Quoi qu'il en soit , la sainteté de notre caractère en qualité de chrétiens , et la corruption de notre vie en qualité de pécheurs , c'est une alliance monstrueuse , c'est un abus sacrilège et une profanation.

Elle ne demeurera pas impunie. Ce saint caractère que nous aurons profané, nous le conserverons jusque dans l'enfer. Le réprouvé l'aura toujours devant les yeux, pour sa confusion et pour son désespoir; et Dieu en aura toujours le souvenir présent , pour allumer sa colère et pour exciter ses vengeances. Car c'est de là, en effet, que les péchés d'un chrétien ont un degré de malice tout particulier ; et c'est de là même aussi qu'ils doivent être punis plus rigoureusement. Nous mesurons la griéveté des péchés selon la sainteté des états, et, suivant cette règle très-juste et très-bien fondée, nous' disons qu'un prêtre qui pèche, est plus cou-

SUR LE BAPTÊME

pable qu\m simple laïque , parce qu'il est plus

oBligé , comme prêtre , à honorer son sacerdoce par la pureté de ses mœurs et par une conduite exemplaire. Nous disons de la même action , qu'elle est plus criminelle et plus condamnable dans un religieux 5 que dans un homme du monde 5 parce que le religieux est appelé à une plus haute perfection que le séculier. Or, nous devons raisonner de même d'ira chrétien , par comparaison avec tant de peuples nés dans les ténèbres de l'infidélité j et privés de la grâce du baptême. Malheur à vous 5 dîsoit le Sauveur des hommes parlant aux Juifs , et leur reprochant tout ce qu'il avoit fait pour eux dans le cours de ses prédications évangeliqueSj malheur à vous! car, au jugement de Dieu, vous serez traités avec plus de sévérité, que ceux de Tyr et de Sidon : pourquoi? parce que ces idolâtres se seroient convertis, et qu'ils auroient fait pénitence sous le sac et sous la cendre , s'ils avoient été éclairés comme vous , et prévenus des mêmes secours. Appliquons-nous à nousmêmes cette terrible menace , et prenons garde qu'elle ne s'accomplisse un jour dans nous-mêmes^ quand Dieu nous demandera compte du précieux talent qu'il nous a mis dans les mains. Comme il eut mieux valu pour Judas de n'être point né y que d'avoir trahi et vendu son maître , il vaiidroit mieux alors pour nous de n'avoir jamais été initiés au christianisme , que de n'en avoir pas rempli les devoirs , et d'avoir violé des engagemens aussi indispensables et aussi sacrés que le sqnt les pro--messes de notre baptême.

Page 1