UNIVERSEL
peine la parole de saint Paul : Qu^il est terrible lieb. io. 3i. de tojnber dans les mains du Dieu vivant. Mais , qu'il soitj en quelque sorte, plus terrible de tomber dans les mains d'un Dieu médiateur, d'un Dieu qui nous a aimés jusqu'à se faire la victime de notre salut ; voilà ce qui nous étonne, et ce qui renverse toutes nos idées. Cette vérité , néanmoins , est une des plus constantes et des plus solidement établies: comment? c'est qu'après avoir abusé des mérites d'un Dieu sauveur , et profané son sang précieux , le pécheur en sera plus criminel; et qu\me bonté négligée, offensée, outragée, devient le sujet de l'indignation la plus vive , et de la plus ardente colère. Job disoit à Dieu : ! Joh. 3o, ax. Seigneur^ vous êtes changé pour moi dans un Dieu cruel. Funeste changement , qu'éprouveront tant de libertins et de pécheurs, de la part de ce Dieuhomme , qu'ils auront, les uns méconnu en renonçant à la foi , les autres méprisé et déshonoré par la transgression de sa loi. Ce qui devoit leur donner un accès plus facile auprès de lui, et leur faire trouver grâce, je veux dire les abaissemens et les travaux de son humanité, sa passion, sa mort, c'est , par un effet tout contraire , ce qui l'aigrira, ce qui l'irritera, ce qui lui fera lancer sur eux les plus sévères arrêts , et les anathèmes les plus foudroyans.
Juge d'autant plus inexorable, qu'il aura été Sauveur plus miséricordieux. Aussi est-il remarquable dans l'écriture, qu'à ce dernier jour, qui sera son jour, il nous est représenté comme un agneau , mais un agneau en fureur^ qui répand jpgç^ g. x6, T. II. 17 ,
u56 6UB. LE JUGEMENT
cle tous côtés la désolation et FefFroi. Telle est raffreuse peinture que nous en fait le disciple bien-aimé , saint Jean^ au chapitre sixième de son apocalypse, lorsquWnonçant par avance le dernier jugement de Dieu, dont il avoit eu une vue anticipée , et le décrivant , il dit que les rois , les princes , les potentats de la terre , les conquérans, les riches, que tous les hommes, soif libres, soit esclaves, saisis d'épouvante et consternés, allèrent se cacher dans les cavernes et dans les rochers des montagnes, et qu'ils s'écrièrent : Montagnes et rochers , tombez sur nous et dérobez-nous à la colère de FAgneau; car le grand jour de sa colère est arrivé, et qui peut soutenir ses regards?
Il n'y aura donc point à lui remontrer dans l'espérance de le fléchir , tout ce qu'il a fait et tout ce quïl a souffert pour nous : il s'en souviendra, mais pour régler, par ce souvenir même, la mesure de ses vengeances. Je le sais; j'ai tout fait pour vous, tout souffert pour vous; mais vous en avez perdu tout le fruit. Or, il faut que j'en sois dédommagé, que j'en sois vengé, et pour atéh, 25. cela retireZ'Pous de moi^ maudits ^ allez au feu ^ éternel. Ils y descendront, et c'est là qu'ils se-
* ront tourmentés, selon qu'ils auront été, dans la distribution de ses grâces, plus ou moins libéralement partagés. Car la rigueur de ce jugement, quoiqu'extrême du reste, aura ses degrés. Jugement rigoureux pour tous, mais plus encore pour les uns que pour les autres. Il ne tient qu'à nous de le prévenir j de nous rendre Jésus-Ghrisi
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propice, en nous revêtant de son esprit, et nous conformant à lui; d'employer utilement ses dons, et de marcher dans les voies du salut qu'il nous a tracées; de pratiquer fidèlement son évangile, de prendre tous ses sentimens , d'imiter toutes ses vertus. C'est ainsi que nous mériterons qu'il nous mette au nombre de ses élus, quand il fera cette fatale séparation des bons et des médians , et qu'il nous dise : T^enez y vous qui êtes bénis de mon lhiâ,l\- Père '.possédez le royaume qui vous a été préparé dès la création du monde.
JEUDL
Jean-Baptiste faisant connoître Jésus^ Christ comme rémunérateur de la vertu dans les justes et les prédestinés.
SERxMON
Congregabit triticum suum in horreum,
II amassera son blé dans le grenier. Matth. c. 3. ï2.
Ce n'est pas seulement pour la condamnation des pécheurs , que Jésus-Christ a reçu de son Père le pouvoir de juger le monde , mais pour la gloire et la récompense des justes. Comme le bon grain que le père de famille , selon l'expression figurée de Jean-Baptiste , fait recueillir et garder avec soin dans ses greniers , le sauveur des hommes doit conduire avec lui ses élus dans son royaume^ T. II. 17^
et leur faire goûter , dans celte sainte patrie , toutes les douceurs du bonheur céleste. Suprême bonheur , capable de nous rendre vraiment heureux , et dans la vie future, et dans la vie même pré-» sente : dans la vie future , où nous le posséderons; dans la vie même présente ^ où nous Tattendons. Nous allons donc voir, en premier lieu, comment la possession de ce bonheur est dans le ciel , pour les élus de Dieu , une félicité consommée ; et nousf verrons , en second lieu , comment , même dès ce monde , la seule attente de ce bonheur est déjà pour les élus de Dieu une félicité anticipée. Deux vérités qui , par la haute estime qu'elles nous donneront de cette souveraine béatitude , nous engageront à y penser uniquement , et à redoubler sans cesse nos soins pour la mériter.
Premier point. Bonheur du ciel, bonheur dont la possession est, pour les élus de Dieu, une félicité consommée. Car un état où l'homme n'a plus rien à désirer de tout ce qui peut contribuer à sa béatitude , et un état où l'homme n'a plus rien à craindre de tout ce qui pourroit troubler sa béatitude et la terminer , voilà ce que nous pouvons appeler une félicité complète. Or, tel est l'état des élus de Dieu dans le ciel. Ils possèdent Dieu , et dans Dieu ils trouvent le repos le plus parfait, et l'assemblage de tous les biens : le repos le plus parfait, puisque Dieu est leur fin dernière, et que chaque être , parvenu à sa fin , s'y repose comme dans son centre : l'assemblage de tous les biens I puisque Dieu est s^ul tout bien j et