‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 40 sur 88 · DU CIEL. :2D · texte numérisé non relu

DU CIEL. :2D

qlie lui seul, par une conséquence naturelle, il leur tient lieu de toutes choses. C'est pourquoi îe Sauveur des hommes disoit à ses disciples : Quand vous serez avec moi dans ma gloire y Joan. i6. pous ne demanderez plus rien à mon Père ; leur faisant entendre que rien alors ne leur manqueroit. Mais qu'est-ce que cette possession de Dieu? Qu'opère-t-elle dans l'âme bienheureuse? Comment la remplit-elle, la rassassie-t-elle , l'enivret-elle de ces torrens de joie dont a parlé le prophète? Mystères, nous répond le grand apôtre, qu'il n'est permis à nul homme sur la terre de pénétrer. Mystères au-dessus de tout ce que l'œil de l'homme a jamais vu, de tout ce que l'oreille de l'homme a jamais entendu , de tout ce que l'esprit de l'homme a jamais compris , et de ce que ni l'œil de l'homme n'a jamais rien vu ^ nî l'oreille de l'homme n'a jamais rien entendu , ni l'esprit de l'homme n'a jamais rien conçu de pareil : n'est-ce pas cela même qui nous fait mieux connoître l'excellence de ce bonheur incompréhensible et ineffable ?

Quoi qu'il en soit, il nous suffit de savoir, et la foi nous l'enseigne, que dans cette béatitude tous les désirs de notre cœur seront tellement accomplis, qu'il ne nous restera plus rien à souhaiter; de même aussi que dans tout l'avenir , et dans tout le cours de cette éternelle béatitude , nous n'aurons plus rien à craindre , parce que c'est une béatitude sans terme , et qu'elle nous mettra à couvert de toutes les révolutions et de tous les changemens. Ainsi nous a-t-elle été anwoncée dans

Fé vangile , et promise par Jésus-Christ , comme une joie durable et permanente que personne ne -peut ravir ^ comme un bonheur indépendant de tout accident humain , de toute puissaïKîe ennemie ; comme une rédemption^ un afFranchissementj une délivrance de tous les maux ^ soit de Fâme , soit des sens ; de toutes les entreprises et de toutes les persécutions où peuvent exposer Fanimosité, Fenvie , la violence , Fintrigue , la cabale. Eternellement les élus du Seigneur ^ rassemblés dans son sein, aimeront Dieu, et seront aimés de Dieu; et dans cet amour mutuel et invariable , éternellement ils jouiront de Fabondance de la paix et des plus pures délices.

Que prétendons-nous 5 et à quoi aspirons-nous, si ce n'est pas là que nous portons tous nos vœux ? Qui nous arrête ? et quel autre bonheur nous enchante? Ou le faisons-nous consister, ce faux bonheur 5 dont nous sommes si jaloux? Est-ce dans ces biens bornés , qui jamais n'éteignent notre soif 5 et nous laissent toujours un vide infini dans le cœur? Quel opulent du siècle a dit quelquefois : C'est assez? Quel ambitieux, comblé d'honneurs, a dit ; Il ne m'en faut pas davantage, et je ne vise pas plus haut? Quel voluptueux, nourri dans le plaisir, a dit : Je suis content, et je ne veux rien de plus? Est-ce dans ces biens passagers, que nous ne possédons jamais sans inquiétude , parce que nous savons à combien de revers et à quelles décadences ils sont sujets? Hommes aveugles et insensés ! jusques à quand le charme de la bagatelle nous fascinera-t-il les yeux , et

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