DU CIEL
nous cacliera-t-11 le seul bien solide et véritable que nous devons rechercher? Quelle comparaison de ce souverain bien , et de ces ombres sans fond et sans consistance, de ces vaines figures qui nous éblouissent et qui nous jouent? Cependant, par le renversement le plus déplorable , et par une espèce d'ensorcellement , c'est à ces figures que nous nous attachons ^ et c'est après ces ombres que nous courons. Car voilà à quoi se passe la vie de tout ce que nous voyons de mondains : les uns tout occupés de leur agrandissement selon le monde ; les autres dominés par un vil intérêt , et dévorés d'une insatiable avidité , qui ne demande qu'à se remplir ; d'autres plongés dans une oisive mollesse ^ et uniquement attentifs à contenter leurs sensuelles cupidités ; tous aussi peu touchés de l'avenir que s'ils n'avoient rien à y prétendre , et qu'ils n'eussent aucune part aux promesses du Seigneur. Dis -je rien dont nous ne soyons témoins? et, pour peu qu'on ait de zèle, peut-on voir un égarement si prodigieux , sans en ressentir la douleur la plus amère ?
Second point. Bonheur du ciel , bonheur dont la seule attente est , dès ce monde même , pour les élus de Dieu, une félicité anticipée. Deux effets qu'elle produit dans une âme chrétienne : l'un est d'y retrancher les principes ordinaires des peines qui nous troublent en ce monde ; et l'autre est d'y répandre une onction toute divine , et d'y faire couler les plus douces consolations par uu avant-goût des biens de l'éternité. Donnons à l'un et à l'autre l'éclaircissement nécessaire.
Quels sont communément les principes de tant de peines dont nous sommes sans cesse agités et Iroublés? C'est notre extrême attachement aux biens de la vie , et c'est la vivacité de notre sentiment dans les maux de la vie. Nous estimons les biens de la vie , nous les aimons ; et de là ^ pour les acquérir ou pour les conserver y raille désirs qui nous brûlent j mille passions qui nous déchirent, mille jalousies qui nous rongent, mille soins, mille embarras qui nous tourmentent. Nous redoutons les maux de la vie , nous y sommes sensibles à l'excès 3 et de là, soit que nous en soyons attaqués, ou seulement qtie nous en soyons menacés , ces frayeurs mortelles qui nous dessèchent , ces impatiences qui nous aigrissent , ces dépits qui nous désespèrent, ces chagrins , ces désolations qui nous accablent. N'est-ce pas là ce qui fait , dès maintenant, le supplice de tant de gens? n'est-ce pas ce qui les rend malheureux ?
Mais quel seroit le remède ? c'est une sainte indifférence qui corrigeât cet amour désordonné des biens de la vie ; et c'est xme généreuse patience qui modérât cette sensibilité excessive dans les maux de la vie. Or, telles sont les heureuses dispositions où s'établit une âme fidèle, qui tourne toutes ses pensées vers le ciel, et ne s'occupe que du royaume de Dieu où elle est appelée. Voit^ elle les grandeurs du monde, les fortunes du monde? tout cela ne la toucha point, parce qu'elle sait qu'elle n'est point faite pour cela, mais qu'elle est destinée à quelque chose de plus grand. J^ai prié le Seigneur^ dit-elle avec le prophète roi,