‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 45 sur 88 · ÉTERNELLE · texte numérisé non relu

ÉTERNELLE

^te voire cœur ne se reposera pas en vous y il se^a dans V agitation et le trouble.

Voilà ce que le réprouvé sur la terre ne connoissoit pas , ou de quoi il n'avoit qu'une vue confuse. Il sentoit assez que tout ce que le monde lui présentoit, ne lui pouvoit suffire. D'un objet il courok bientôt à un autre; et toujours il lui falloit quelque chose de nouveau : mais ce quelque chose où il aspiroit et qui lui manquoit, qu'étoit-ce? il ne faisoit pas attention que c'étoit Dieu. Quand Fa-t-il connu? hélas! lorsqu'il n'a pu le connoître que pour son supplice et pour son désespoir. La mort, toute ténébreuse qu'elle est, en l'enlevant et l'ensevelissant dans ses ombres, lui a ouvert les yeux et l'a éclairé. Depuis ce terrible moment il porte toujours dans son esprit l'image de Dieu profondément gravée; mais une image qui le consterne et qui l'accable; mais une image qui le transporte jusqu'à la fureur; mais une image qui, lui retraçant le prix infini du bien qu'il a perdu, lui retrace tout le malheur de la perte infinie qu'il a faite. En effet, plus de Dieu pour lui. Non pas que €e Dieu, dont il est séparé et entièrement abandonné , ne soit plus le Dieu de l'univers, ni qu'en particulier , et à la lettre , ce ne soit plus son Dieu j mais plus de Dieu en qui il puisse espérer, plus de Dieu qu'il puisse posséder, plus de Dieu qu'il puisse aimer de cet amour qui fait la béatitude des saints , et qui devoit faire dans les siècles des siècles sa suprême félicité.

Ah! plus de Dieu! par conséquent plus rien: ni dons de la nature j ni doiiis de k grâce ^ ni

2bù SUil LA DAMjNAïiON-

dons de la gloire , iii paix 5 ni repos; car la perte de Dieu enferme la perte de tout cela , ou ce qui peut rester de tout cela 5 ne doit être qu'un surcroit de peine.

Séparation d'autant plus afTreuse^ et perte d'autant plus désolante, qu'elle est irréparable. Dieu Fa dit, il a lancé ce foudroyant anathème, il a prononcé cette parole atterrante. Retire z-pous : jamais il ne la révoquera. Éternellement le réprouvé ressentira une telle perte, parce qu'éter-nellement il aura dans son souvenir l'idée du Dieu qui s'est séparé de lui, et qu'éternellement cette idée lui représentera l'excès de sa misère. Éternellement il souhaitera d'être reçu au festin de répoux céleste, et Dieu éternellement lui dira : Retire z-pous. Éternellement il s'écriera : Où est Maitiu 25. mon Dieu ? et Dieu éternellement lui répondra : Retirez-pous. De là quel dépit dans le cœur de ce malheureux frappé d'une malédiction qu'il pourvoit prévenir, et dont il ne lui est plus possible de se relever ! Dépit contre Dieu, et dépit contre lui-mêm^e. Contre Dieu, qui se rend inexorable à tous ses vœux, et inaccessible à toutes ses poursuites. Contre lui-même, parce que lui-même il a commencé ce funeste divorce , et qu'il en est l'auteur ; parce que de lui-même, et par une aveugle passion qui Tentraînoit , il s'est détaché de Dieu son créateur, pour s'attacher à de viles créatures. Jugez de ses sentimens, mondains ambitieux, mondains voluptueux, mondains avares et intéressés : jugez-en par ces douleurs mortelles et ces regrets qui vous percent l'àme, par ces cruelles

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jalousies dont vous vous rongez , par ces tristesses profondes où vous vous abîmez , par ces langueurs et ces défaillances où vous tombez, si quelquefois dans le monde il vous arrive ^ et sur-tout par votre faute , ou de vous voir exclus d'une préférence et d'un rang d'honneur à quoi vous pouviez pré-* tendre 5OU d'être frustrés d'un gain et d'une opulente fortune, qui n'a dépendu que de vos soins et de votre vigilance; ou, dans le cours d'un engagement sensuel , de perdre ce que vous aimez, et de ne plus éprouver de sa part que du mépris et de TindifFérence. Conclusion. Point de plus juste ni de plus salutaire, que celle du prophète : Pour Ps, 72, moi ^ c^est au Seigneur que je peux me tenir inviolahlement uni par la grâce, et dès maintenant , afin que le péché ne m'en sépare jamais dans l'éternité.

Second point. Dieu , comme vengeur et souverain Juge, présent pour jamais au réprouvé. Ce fut, entre les autres motifs, ce qui détermina le généreux Eléazar à demeurer ferme dans l'observation de la loi, malgré les ordres du tyran et la sévérité de ses menaces. Il est vrai y dit ce i.MaQ. g sage et zélé vieillard, en obéissant au prince ^ ou feignant de lui obéir plutôt qu'à Dieu y je pourrai éviter le supplice qui m'est préparé de la part des hommes ^ et prolonger encore mes jours y mais vif ou mort je n'échapperai pas à la main vengeresse du Tout-Puissant. Raisonnement solide et digne de l'esprit de religion, dont ce §aint et glorieux martyr étoit animé. Car

a'JO SUR LA DAMNATION

comme Dieu est présent dans le ciel pour y glorifier sa miséricorde , il est présent dans Fenfer, pour y glorifier sa justice. Sa présence dans le ciel fait le bonheur des élus , et c'est ainsi que sa miséricorde y est glorifiée ; et sa présence dans Fenfer fait le tourment des réprouvés , et c'est par là qu'il y glorifie sa justice et qu'il venge ses intérêts. C'est donc lui qui ^ de son souffle , allume ce feu et ces tourbillons de flammes^ ou les pécheurs, selon le terme de l'évangile, sont ensevelis. C'est lui qui , par une vertu toute divine , sans nourriture nourrit ce feu , et sans matière qui serve à son entretien , l'entretient. C'est lui qui , par un miracle supérieur à toute la nature , fait passer jusqu'à Fàme toute l'ardeur de ce feu , et lui en fait sentir toute la violence : comme si c'étoit un feu spirituel, ou que l'âme, toute spirituelle qu'elle est, devînt, ainsi que le corps, un sujet sensible et combustible. C'est lui qui, depuis la création du monde, par une action que toutes les révolutions des temps n'ont jamais ni interrompue ni altérée , renouvelle à chaque moment l'activité de ce feu, et qui sans terme, sans fin , le fera subsister au-delà des siècles , et lui conservera toujours la même force : car , suivant la parole expresse de Jean-Baptiste , ce feu ne éteint point. Que dirons-nous encore? c'est lui qui, pour seconder sa colère, déchaîne toutes les puissances infernales , et les emploie comme les ministres de ses vengeances, contre ces troupes de malheureux qu'il a précipités dans ce feu , et qu'il j tient liés et entassés. C'est lui qui, pour

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