‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 49 sur 88 · DE LA PÉNITENCE. HJO · texte numérisé non relu

DE LA PÉNITENCE. HJO

par un retour presque immanquable , l'habitude du péché entretient jusqu'à la mort le délai de la pénitence ^ et par là conduit à l'impénitence finale : c'est le second effet et la seconde proposition. Expliquons-nous mieux , et en moins de paroles : habitude du péché , effet du délai de la pénitence ; délai de la pénitence . effet de l'habitude du péché ; de l'un et de l'autre ^ impénitence finale : voilà ce que nous allons développer; et si ces vérités ne nous touchent pas, il faut que nous soyons bien peu sensibles au:^ intérêts de notre salut»

Premier point. Le délai de la pénitence forme l'habitude du péché. Il n'est pas difficile de le comprendre , et l'on en voit d'abord la raison. Car ce qui forme les habitudes y ce sont les actes fréquens et réitérés : et ce qui doit par conséquent former l'habitude du péché , ce sont les longues et fréquentes rechutes dans le péché. Or , tel est l'état d'un pécheur qui diffère sa pénitence ; voilà l'effet de ses remises continuelles^ et de ses r^tardemens.

Il s'agit d'un homme que ses passions ont entraîné hors des voies de Dieu , et fait entrer dans les voies de l'iniquité. Il s'agit d'une femme, d'une jeune personne que le monde éblouit^ que le plaisir enchante , que certains objets attachent^ que la sensibilité du cœur précipite dans des dérèglemens 5 ou secrets , ou même connus. Dieu les rappelle, il les presse par sa grâce , on leur parle de sa part , on leur prêche la pénitence, ûlais

an6 SVK LE BELAI

que répondent-ils ? Ils ne s'aveuglent point àsse5^ pour prétendre justifier leur conduittî. Ils conviennent qu'il y a du libertinage , et qu'ils ne vivent pas dans Tordre , ni selon la loi de Dieu* Ils comptent sur l'avenir , et ils se promettent hieti de changer quelque jour, de prendre une route tout opposée 5 et de travailler sérieusement à là réformation de leurs moeurs. Mais ce jour, disentils ^ n'est point encore venu : il seroit trop tôt maintenant , et il faut attendre. Ah ! il faut attendre ! c'est-à-dire , qu'il faut laisser le vice jeter de profondes racines, et se bien établir; c'està-dire , qu'il en faut contracter rhabitude, qu'il faut la laisser croître , et lui donner tout le loisir et tous les moyens de se fortifier; c'est-à-dire , qu'il faut se lier au péché, se livrer au péché, se rendra le péché si familier , qu'on ne le craigne plus ^ et qu'on n'en ait plus de scrupule. Car qu'est-ce que tous ces retardemens dont on use , et à quoi se réduisent-iîs? si ce n'est à multiplier les péchés 9 en suivant toujours le même train de vie , en demeurant toujours dans les mêmes engagemens, en s'abandonnant toujours aux mêmes excès, en ne corrigeant rien, mais ajoutant toujours crimes sur crimes , débauches sur débauches. Or, pour reprendre le principe que nous avons déjà proposé touchant l'habitude et son origine , n'est-ce pas là ce qui la fait naître , et n'est-ce pas ainsi qu'elle s'insinue dans un cœur , et qu'elle se l'assujétit ? Un premier péché ne la forme pas ; mais , comme a remarqué saint Bernard, ce premier péché dispose au second ; celui-ci donne une facilité toute

DE LA PÉNITENCE. n^'J

nouvelle pour l'autre qui lui succède : de degré en degré la contagion se répand ; le cœur se tourne au mal, il s'y accoutume, il s'y attache, et tombe dans un esclavage où il n'est presque plus maftre de lui-même.

Triste vérité , d^autant plus constante que les habitudes vicieuses ont cela de propre , qu'elles s'impriment beaucoup plus aisément et plus profondément : pourquoi ? parce que notre nature corrompue est plus disposée à les recevoir, et que nous portons au-dedans de nous-mêmes de malheureuses concupiscences qui les secondent et qui les appuient. Une prompte pénitence les préviendroit, et leur couperoit cours. Elle ne nous mettroit pas à couvert de toute rechute, et, quoique pénitens, nous ne serions pas impeccaÎ3les ; mais nous serions moins sujets à la tyrannie de l'habitude. En appliquant le remède , aussitôt que le mal vien^ droit à paroHre ^ on rempêcheroit de s'invétérer* En jetant l'eau, selon la comparaison de saint Augustin, à mesure qu'elle entreroit, tout fragile et tout ouvert qu'est le vaisseau , on le garantiroit du naufrage. Et c'est à quoi l'apôtre exhortoit si fortement les fidèles , et ce qu'il leur recommandoit par ces paroles :Mes frères y ne souffrez, donc point Rom. c. 2 -x que le péché règne dans votre corps mortel en sorte que vous vous soumettiez à toutes ses convoitises. Prenez garde : ce saint apôtre ne leur disoit pas précisément : Ne tombez jamais, et préservez-vous de tout péché : heureuse disposition^^ qui seroit bien à désirer, et qui n'est guère à espérer. Màis du moins , leur faisoit-il entendre , si , par

Page 1