‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 54 sur 88 · SUR LA FAUSSE CONFIANCE · texte numérisé non relu

SUR LA FAUSSE CONFIANCE

Second point. Confiance^ par rapport au péchçor, la plus trompeuse. Il-compte sur une miséricorde dont il se rend spécialement indigne; et il s'expose, par sa confiance même ^ aux châtimens de Dieu les plus rigoureux. C'est donc une grossière illusion que cette confiance sur laquelle il s'appuie ; et c'est pour établir l'espérance de son salut, un fondement bien peu solide et bien ruineux.

I . Miséricorde dont il se rend spécialement indigne. Tout pécheur, dès-là qu'il est pécheur, est indigne de la miséricorde de Dieu : mais, outre celte indignité commune et générale , il y en a une spéciale et particulière; c'est celle du pécheur présomptueux. Car est-il rien par où l'on se rende plus indigne d'une grâce que d'en abuser, que de s'en jouer , pour parler ainsi , et de la mépriser , que de Fempîoyer contre celui même de qui on l'a reçue, ou de qui on l'attend? Or, se rendre, non-seulement indigne mais spécialement indigne de la miséricorde du Seigneur, et cependant faire fond sur elle et s'en tenir assuré ^ tandis qu'on l'insulte, tandis qu'on s'oppose à ses desseins, et qu'on renverse tontes ses vues , tandis qu'on en tarit toutes les sources , n'est-ce pas une témérité insoutenable ; et y a-t-il confiance plus vaine et plus chimérique ? Hé quoi! les pénitens même, je dis les vrais pénitens, touchés du repentir le plus vif et le plus sincère , n'osent encore se tenir assurés d'avoir obtenu grâce. A en juger selon les règles de la prudence chrétienne , ils ont pris toute s les mesures nécessaires pour fléchir la divine miséricorde et pour se la rendre propice. Ils se

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sont humiliés devant Dieu ; ils ont eu recours à s s ministres ; ils ont pleuré , gémi , renoncé a It^urs engage mens; ils se sont accusés /condamnés, assujétis à des exercices pénibles et contraires à tontes leurs inclinations. Que de sujets de confiance ! et que de raisons pour bannir de leur esprit toute inquiétude ! Cependant ils tremblent toujours ; la vue de leur indignité les trouble , et les jette quelquefois dans des alarmes dont ils ont peine à revenir , tant ils sont frappés de cette parole de l'ecclésiastique , que nous ne devons EcdL 5. 5, point être sans crainte pour les offenses même qui ont été remises. Gomment donc le pécheur présomptueux peut-il demeurer tranquille sur celles qui sont à remettre , et dont tous les jours il augmente le nombre ?

2. Confiance aussi qui expose le pécheur aux châtimens de Dieu les plus rigoureux. Mille exemples Font fait voir; et combien de fois Dieu, également jaloux de toutes ses perfections et de ses divins attributs , a-t-il montré aux hommes, par des coups éclatans , que s'il est miséricordieux , il n'est pas moins juste ; et qu'autant qu^il est libéral et bienfaisant dans ses dons, autant il est sévère "^t terrible dans ses vengeances ?

Et sur qui les exercera-t-il avec plus de sujet, ces vengeances redoutables , si ce n'est sur des pécheurs, qui se retirent de lui , qui s'obstinent contre lui, qui foulent aux pieds toutes ses lois, qui le trahissent et le déshonorent, en présumant de sa grâce ? Le jour viencka , dit-il , et vous apprendrez alors , mais à vos propres dépens et

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à votre propre ruine : Vous le verrez y vous le saurez ^ quel mal c ^é toit pour vous abandonner le Seigneur votre Dieu^ et de l'abandonner parce que vous vous répondiez à vous-même de son amour. Ce n'étoit pas seulement l'offenser , mais l'insulter ; or , il aura son temps , où lui-même il insultera à votre malheur, quand la mort viendra fondre sur vous comme un orage , et que , dans une prompte et fatale révolution, vous vous trouverez tout à coup au fond de FaMme. Car c'est ainsi que l'Esprit du Seigneur s'en est expliqué, et telle est la menace qu'il vous fait encore aujourd'hui , mais peut-être pour la dernière fois. C'est à vous d'y prendre garde. De là en effet ces accidens imprévus, que le ciel permet. De là ces morts subites , qui surprennent un pécheur. De là cet aveuglement de l'esprit, dont Dieu le frappe. De là cet endurcissement du cœur, où il le laisse tomber. De là ce foudroyant arrêt qu'il lui prépare dans l'éternité. Espérons et tremblons. Espérons en la miséricorde de Dieu ; mais tremblons sous le glaive de la justice de Dieu. Deux sentimens si ordinaires au prophète royal. Que notre confiance soutienne notre crainte, qui pourroit trop nous abattre ; et que notre crainte retienne notre confiance , c|ui pourroit trop nous élever. Que l'une et l'autre , dans un parfai'^ accord, nous conduisant au terme du salut.

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