‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 55 sur 88 · SUR LES FRUITS DE LA PÉNITENCE · texte numérisé non relu

SUR LES FRUITS DE LA PÉNITENCE

MERCREDI-

Jean-Baptiste prêchant une pénitence fructueuse et sans relâchement.

SUR LES FRUITS DE LA PENITENtlE.

Facite fructus dignes pœnitentlœ.

Faites de dignes fruits de pénitence, Luc. c. 3. 8.

Ce ne sont point seulement des fruits de pénî^ tence que demande Jean-Baptiste , mais de digne» fruits ; et ces fruits consistent à rétablir Tliomme pénitent dans Tordre ^ d'où le désordre du pécha Fa fait sortir. Il s'est déréglé par la transgression de ses devoirs, et voilà les fruits de son iniquité; mais c'est par la pratique de ces mêmes devoirsf qu'il se remet dans la regl-^ , et voilà les fruits? de sa pénitence. Dignes fruits.^ si cette pratique est telle que Dieu la veut et qu'elle doit être : si, dis-je, c'est una. pratique fidèle , et si c'est une pratique fervente. Gomme donc on connoît l'arbre par ses fruits, on connoît notre pénitence par ses œuvres; je veux dire, qu'on la connoît par l'accomplissement de nos devoirs. Pratique fidèle, qui ne laisse rien échapper; premier point. Pratique fervente qu'une sainte ardeur anime, et que rien ne peut arrêter ; second point. Daigne le Ciel nous renouveler ainsi par la grâce de la pénitence ! et puissions-nous travailler nous-mêmes à ce changement , par une conduite plus régulière et plus e;s:emplaire !

agS SVR LES F'auiTS

Premiej^i point. Pratique de nos devoirs , pratique fidèle qui ne laisse rien échapper. Quand Dieu parle dans Fapocalypse à cet évéque d'Ephèse dont la charité s'étoit refroidie , et qu'il Taver- Jpoc. 2* tit de faire pénitence : Souvenez-vous , lui dit-il , d^ou vous êtes déchu y et reprenez vos premières œuvres. Ces premières œuvres c'étoient ses fonctions 5 c'étoient ses devoirs qu'il avoit négligés , et à quoi Dieu lui ordonnoit de s'appliquer avec une fidélité toute nouvelle. Sans cela qu'est-ce que la pénitence ? Car une solide pénitence n'est pas seulement de s'abstenir du mal qu'on a commis , mais de pratiquer le bien qu'on n'a pas fait. Voilà pourquoi Dieu 5 rappelant les pécheurs par la bouche de ses prophètes 9 et les exhortant à la pénitence 5 ne se contentoit pas de leur dire : Quittez vos voies corrompues \ mais ajoutoit : 31archez dans mes voies y marchez dans les voies de la justice. Or^ nos devoirs, ce sont , P^^^^ chacun de nous 5 les voies de la justice , ce sont les voies de Dieu. Devoirs envers Dieu , devoirs envers le prochain , devoirs à Fégard de nousmêmes. Devoirs envers Dieu ^ qui sont tous les devoirs de religion et de piété. Devoirs envers le prochain 5 qui sont tous les devoirs de charité , de miséricorde , de société , de droiture et d'équité^ de vigilance sur autrui et par rapport à autrui , selon la différence des états et les divers degrés de subordination. Devoirs à l'égard de nous-mêmes, qui regardent la réformation de nos mœurs et la sanctification de notre vie , le retranchement de nos vices et notre avancement dans les vertus. De-

voirs généraux, et devoirs particuliers: les uns qui nous regardent eu général comme hommes, comme chrétiens , comme enfans de l'église : les autres qui nous concernejit spécialement , et en particulier 5 selon les divers engagemens et les obligations propres que nous imposent notre vocation 5 notre profession , notre condition 5 la place que nous occupons , le rang que nous tenons , le caractère dont nous sommes revêtus. Quel champ pour la pénitence I et , dans ce vaste champ, que de fruits elle peut produire !

Fruits abondans : car , dans une exacte observation de ces devoirs^ sur-tout après un libertinage de plusieurs années , il n'y a pas peu de violence à se faire , ni peu de victoires à remporter. A combien d'exercices faut-il s'assujétir^ dont on n'a presque jamais eu l'usage ? A combien de soins faut-il descendre , qu'on avoit jusque-là négligés 5 et même tout-à-fait abandonnés ? Combien de dégoûts et d'ennuis y a-t-il à soutenir? et en combien de rencontres faut-- il rom* pre sa volonté , et agir contre son inclination ? Fruits solides : puisque dans la pratique de ces devoirs , tout communs qu'ils sont , il n'y a pas une perfection commune , et que rien au contraire n'est plus selon Tesprit et le gré de Dieu. Tout le reste est bon, et l'on n'en doit rien omettre , autant qu'il est possible ; mais les devoirs sont préférables à tout autre chose , et Dieu ne demande rien de nous plus particulièrement , ni plus expressément. Fruits durables et perma-

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nens : d'autres pénitences qu'on peut s'imposet, et que suggère un saint désir de satisfaire à Dieu , sont passagères ; elles ont leurs jours ; elles ont leurs temps : mais Faccomplissement de nos devoirs est une pénitence de toute la vie ; elle ne souffre point d'interruption , et c'est un joug que nous portons jusqu'au tombeau. Suivant ce plan , formons-nous l'idée d'une âme vraiment pénitente ; car en voilà la plus juste image. Mais où la trouvet-on, cette âme? et où voyons-nous de tels fruits? Ne pourrois-je pas dire d'un pénitent de ce caractère 5 ce qui est dit de la femme forte , qu'il Proi*. 3ï. 10 est aussi rare que ce qu^on apporte de plus pré^ deux des extrémités du monde ? Malgré la corruption du siècle , nous entendons encore parler de quelques conversions; mais à quoi se terminentelles? à corriger certains excès, à se défaire de certains vices , de certains attachemens honteux et scandaleux. Mais du reste en devient-on plus fidèle au devoir du christianisme, aux devoirs de son état, à tout ce qui est du bon ordre, et d'une vie réglée? Là-dessus nulle exactitude , nulle attention.

Second point. Pratique de nos devoirs, pratique fervente qu'une sainte ardeur anime, et que rien îie ralentit. G'étoit une excellente règle que donnoit l'apôtre saint Paul aux Romains , quand , pour leur apprendre de quelle manière ils dévoient se comporter dans la loi nouvelle qu'ils avoient emnom.(j. 19. brassée , il leur disoit : Comme vous avez fait servir vos corps à ^impureté et au crime ^ pour tomber dam le péché ^ faites-les servir mgm^

DE LA PÉNITENCE. 3oï

tenant à la vertu et au devoir^ pour vous rendre saints. Règle que tout pénitent doit s'appliquer à lui-même , et qui lui fournit un des plus puissans motifs pour exciter son zèle dans la nouvelle route où il est entré , et dans tous les exercices d'une vie chrétienne. Ce n'est point assez pour lui de se remettre à la pratique de ses devoirs: il faut 5 de plus^ que la ferveur dont cette pratique est accompagnée 5 la relève et la sanctifie. Car 5 doit-il dire ^ la même ardeur que j'ai eue dans mes égaremens, et avec laquelle je me suis porté à tout ce qui pouvoit contenter mes passions ^ au préjudice de mon devoir , ne seroit-il pas bien indigne qu'elle vînt à se refroidir dans mon retour , et à m'abandonne r ^ lorsqu'il s'agit de satisfaire à mes obligations les plus essentielles?

Ferveur tellem.ent nécessaire , que sans cela notre pénitence ni ses fruits ne peuvent long-temps se maintenir. Et en efFet^ sans ee feu^ sans cette ferveur et la force qu'elle inspire , le moyen qu'un pénitent surmonte toutes les difficultés qu'il doit immanquablement rencontrer dans un genre de vie auquel il n'est point fait , et qui le gêne , qui le rebute 5 qui le tient toujours dans un état pénible et violent? De là donc tant de péjiitens, semblables à ces lâches combattans d'Ephrem^ qui prirent la fuite au jour du combat, et cédèrent dès le premier choc , se sont rendus aux moindres assauts, et ont démenti toutes leurs résolutions : pourquoi ? parce qu'un fond de tiédeur où ils sont demeurés, quoique pénitens, leur a affoihXi le courage, et qu'ils ont manqué de fermeté

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