SUR LE FRUITS
pour résister. Et voilà aussi la dernière et la plus coiimume ressource, qui reste à l'ennemi de notre salut j ou plutôt à la nature corrompue, pour reprendre l'empire sur nous, et pour nous enlever tous les fruits de notre pénitence. A ces heureux momens où la grâce nous touche, nous pénètre, nous possède, Fenfer , le monde, la nature, la passion, sont en quelque sorte réduits à se taire. On ferme Foreille à toutes leurs suggestions, on repousse tous leurs efforts, on franchit toutes les barrières qu'ils nous opposent. Il faut qu'ils cèdent, et qu'ils nous laissent agir selon les saints mouvemens qui nous transportent. Mais ce feu n'est pas toujours également vif. On pourroit l'entretenir : mais on n'y emploie pas les moyens convenables. îi diminue, il passe, il s'éteint; et si peut-être on n'en vient pas d'abord jusqu'à retomber dans les mêmes dérèglemens, du moins, au bout de quelques jours , on se relâche ; on devient lent , froid , tout languissant. Or , c'est alors que ces mortels ennemis, sur qui l'on avoit eu l'avantage, et qui sembloient abattus et vaincus , commencent à se relever. C'est là l'heure justement, c'est la dangereuse conjoncture qu'ils attendoient pour renouveler leurs attaques. L'esprit tentateur sollicite plus fortement que jamais; le monde se présente avec ses charmes les plus engageans ; la nature , la passion se réveiîîenfc; et, dans la disposition où l'on est, dans cette langueur et cet attiédissement, il n'est que trop ordinaire de rendre bientôt les armes ^ et de reprendre ses premières voies.
DE LA PÉNITENCEJ 3o3
Si nous voulons être à Dieu , soyons-y comme nous y devons être, et d'une manière digne de Dieu. Honorons-le d'autant plus, que nous l'avons plus déshonoré. Édifions d'autant plus le prochain, que nous l'avons plus scandalisé. Tâchons de regagner tout ce que nous avons dissipé de temps y de grâces , de mérites , et enrichissons-nous d'au« tant plus, que nous nous sommes plus appauvris. Or, tout cela ne se peut sans une ferveur toujours vive , toujours agissante. Telle a été la ferveur de Magdeleine , et d'une multitude innombrable de pénitens dans tous les siècles : telle soit la nôtre*
JEUDI
Jeam-Bctptiste préchant une pénitence austère et sans ménagement.
SERMON
SUR LES OEUVRES S ATISF ACTOIRES.
ïpse aiUem hahehat vestimentum de pilis camelorum^ et zonam pelliceam circà lumhos suos. Esca autem eju^ erat locustce et mel silv€Stre.
Or, son Yetement étoit de poil de chameau. Il avoit autour des reins une ceinture de cuir ; et sa nourriture c'étoit des sauterelles et du miel sauvage. MattJu c. 3. 4-
Ce n'est point seulement de bouche , ni par ses paroles, que Jean-Baptiste prêche la pénitence; mais par ses œuvres et par ses exemples. Ce vêtement grossier dont il est couvert, cette abstinence, T. II. i^Q
3o4 SUE LES OEUVRES
ce jeûne perpétuel qu'il pratique ^ ce renoncement à toutes ses aises et à toutes les douceurs de la jie ; voilà ce qui dut être mille fois plus efficace sur les esprits de ses auditeurs , pour les porter a une pénitence austère ^ que tous les raisonnelïiens et tous les discours. Quoi qu'il en soit , c'est à cette pénitence , c'est à cette sainte rigueur, à cette mortification des sens ^ à tout ce que nous appelons oeuvres pénibles et satisfactoires, que nous engagent nous-mêm es deux grands intérêts : l'intérêt de Dieu , et notre intérêt propre. L'intérêt de Dieu que nous avons à venger 5 premier point. Notre intérêt propre que nous avons à procurer; second point. Voici une matière dont la délicatesse du monde sera offensée ; mais il faut que le péché soit puni, et l'on n'est pas pénitent pour mener xme vie commode et molle.
Premier point. Uintérêt de Dieu que nous avons à venger, soit par un esprit de justice, soit par un esprit de reconnoissance et d'amour : double raison qui regarde Dieu directement, et qui, en vue de ses droits que nous avons violés y doit nous animer d'un saint zèle contre nous-mêmes.
I . Esprit de justice : car il est bien juste que Dieu , après l'ofFense qu'il a reçue de Fhomme par le péché, reçoive aussi de l'homme, par une peine proportionnée 5 la satisfaction qui lui est due. Ainsi ^ nous devons là-dessus nous regarder comme juges établis par la justice divine y entre Dieu même et nous. Dieu nous dit à chacun ce qu'il disoit par son prophète aux infidèles habitant de^
SATiSFACTOIRESt 3o5
Jérusalem : Soyez Juges entre moi et ma vigne ; Ucd^- 5. 3, c'est-à-dire , entre moi et vous , pécheur , que j'ai formé , que j'ai cultivé avec le même soia que le vigneron cultive une vfgue dont il veut recueillir de bons fruits. Où sont-ils ^ ees fruits que j'attendois ? Sont-ce tant d'iniquités où la passion vous a porté ? Sont-ce tant d'outrages que vous m'avez faits , et à ma grâce ? Voilà donc sur quoi nous devons prendre en main la cause de Dieu , et nous juger nous-mêmes ^ sans égard ni aux prétextes de l'amour- propre ^ ni aux répugnances de la nature^ ni aux révoltes des passions* Car il n'y a que Féquité qui doit ici nous animer et nous conduire. Selon cette droite équité ^ nous mesurerons la vengeance par la grièveté de l'offense ; et plus nrus nous reconnoîtrons criminels-, plus nous redoublerons le châtiment et la peine* Or , pour comprendre combien nous sommes coupables, comprenons, autant qu'il est possible à la foiblesse de nos connoissances , ce que c'est que Dieu, et ce que c'est que l'homme rebelle à Dieu : ce que c'est, dis-je, que Dieu, et combien les droits de ce souverain Maître sont inviolables et sacrés ce que c'est que l'homme devant Dieu , et quelle est sa dépendance , quels sont ses devoirs* De là nous conclurons de quoi nous sommes redevables à Dieu en qualité de pécheurs; et que faudra-t-il davantage pour nous déterminer à tout ce qu'il y a , dans une vie pénitente , de plus rude et de plus sévère ?
2. Esprit de reconnoissance et d'amour. Plu^ *n pénitent pense à la grâce que Dieu lui a fait* T. IL 20^
3o6 SUR LES OEtlTîlES
en le rappelant, en se réconciliant avec lui, en lui remettant son péché et la peine éternelle où Fexposoit son péché , plus il sent croître son amour pour un maître dont il ne peut assez admirer Finfinie miséricorde. Et plus il est touché d'amour pour Dieu 5 plus il se condamne lui-même , plus il se hait lui-même de cette haine évangélique qui nous sauve en nous perdant. Dans cette disposition on ne cherche guère à s'épargner. Vous m'avez pardonné 5 mon Dieu , et c'est pour cela que je ne me pardonnerai pas moi-même. Vous pouviez exercer sur moi vos vengeances pendant toute l'éternité : je le méritois; mais vous ne l'avez pas voulu; et c'est pour cela que je veux au moins dans le temps vous venger de moi-même , selon qu'il vous plaira de me l'inspirer y et que votre gloire le demandera. Ah ! Seigneur , j'étois un ingrat lorsque je me suis tourné contre vous, et que j'ai transgressé vos divins commandemens»* Tant de bienfaits que j'avois déjà reçus, c'étoient des raisons bien fortes pour vous être fidèle jusqu'à la mort , et pour ne me détacher jamais de vous.: Je vous ai toutefois oublié , et j'ai suivi la passioa qui m'entraînoit. Mais, dans mon égarement même, vous avez pris soin de moi : vous m'avez recherché, et vous daignez me recevoir. Or, après cette nou-^ velle grâce , ne seroit-ce pas dans moi une ingratitude toute nouvelle, et même le comble de l'ingratitude 5 si je refusois de vous satisfaire, si je ne voulois me faire pour cela nulle violence; si je ne voulois rien supporter pour cela ^ et si 4e moi-même je ne me condamnois à rien? Ainsi
SATISFACTOIRES. 807
parle une âme contrite , et là à quoi n'est-elle pas préparée ? Quelles réparations ne voudroit-elle pas faire à Dieu? Il n'y a point d'état si mortifiant dont elle ne se juge digne • et souvent ou est plutôt obligé de la retenir que de l'excite^r. Mais nous , par des principes bien opposés , de quels ménagemens nlisons-nous pas , lors même que nous sommes pénitens, où que nous croyons Fétre? La pénitence consiste dans le repentir du cœur 5 il est vrai : mais dès que ce repentir est dans le cœur, il se produit au-dehors, et passe bientôt aux œuvres. Autrement , il est bien à craindre que ce soit un faux repentir qui nous trompe , et une illusion que nous n'apercevons pas, ou que nous nous cachons à nous-mêmes j mais que Dieu connaît.
Second point. Notre propre intdrêt que nous avons à procurer , soit pour la vie présente 5 soit pour l'autre vie : deux motifs qui nous regardent spécialement , et qui 5 en vue des avantages attachés au;^ œuvres d'une pénitence satisfactoire , sont encore pour nous de nouveaux engagemens à les pratiquer ^ autant que notre condition le comporte 5 et selon qu'elle le peut permettre.
I. Par rapport à la vie présente. Le plus grand intérêt que nous ayons sur la terre 5 c'est de vivre dans la grâce de Dieu, et de mettre par là à couvert notre salut; de tenir en bride nos passions, et de reprimer leurs appétits déréglés ; de nous prémunir contre les tentations du démon, eontre les dangers du monde , contre les illusions de la.
3o8 SUR LES OEUVRES
cupidité 5 contre les convoitises <le la nature corrompue ; de marcher ainsi dans les voies du ciel , et d'y persévérer jusqu'à la mort. Or, qui ne sait pas que le moyen le plus assuré pour tout cela , ce sont les exercices de la mortification chrétienne? Mener une vie aisée , passer ses jours dans le repos et dans le plaisir , ne rien refuser à sa sensualité et à ses désirs, de tout ce qu'on croit pouvoir leur accorder sans crime , et en même temps vouloir garder son cœur , et le préserver de toute corruption , c'est vouloir être au milieu du feu, Deuî. 32. i5. et ne pas brûler. Ils se sont réjouis ^ disoit le prophète , ils se sont traités et nourris délicatement ^ ils se sont engraissés ^ et qu'est-il arrivé de là ? C^est quHls ont abandonné le Seigneur ^ leur Dieu et leur Créateur. Source ordinaire de tarit de vices qui régnent parmi les hommes, et dont les saints ne se sont garantis qu'en se renonçant eux-mêmes , et en se déclarant les plus implacables ennemis de leurs corps. Que dis-je ! tout saints qu'ils étoient , et avec toutes les pénitences qu'ils pratiquoient , ils n'ont pu même éteindre absolument dans eux le feu de cette concupiscence qu'ils avoient apportée en naissant. Quoique morts en apparence , ou réduits , par la continuité de leurs abstinences et de leurs jeûnes, par l'excès 4e leurs austérités, à n'être plus, pour ainsi dire, que des cadavres vivans , ils ressentoient néanmoins encore l'aiguillon de la chair. Le grand apôtre lui-même n'en étoit pas exempt : il s'en plaignoit humblement à Dieu , et il demandoit avec instance d'en être délivré • Saint Jérôme^
srATisFACToiRES. 3og jusque dans le fond de son désert, en éprouvoît les irapOTtunes atteintes , et en gémissoit. Que seroit-c'e , s'ils eussent flatté leurs sens ^ et qu^ils eussent vécu dans les délices ?
1. Par rapport à l'autre vie. Car c'est une loi indispensable , que le péché soit expié , et que la justice de Dieu soit satisfaite , ou maintenant , ou après la mort. Maintenant nous sommes , pour parler de la sorte , dans nos mains 5 mais après la mort nous serons dans les mains de Dieu. Or , Fapôtre nous avertit que est une chose terrible ^^^^^-^^ '^^ de tomber dans les mains du Dieu vivant : pourquoi ? parce que ce n'est plus proprement alors sa miséricorde qui agit , mais sa plus pure et plus étroite justice. Car c'est là , selon le langage de l'évangile 5 que Dieu redemande tout 5 et qu'il fait tout payer jusqu'à un denier. Il vaut donc bien mieux nous acquitter dès ce monde à peu de frais. Je dis à peu de frais ; et qu'est-ce en effet que toute la pénitence de cette vie , en comparaison de ce feu où les âmes sont purifiées des taches qu'elles emportent avec elles , et qu'elles n'ont pas pris soin d'effacer ? Que ne pouvonsnous là-dessus les interroger? Que ne pouvonsnous être témoins de leurs regrets , lorsqu'elles pensent à la perte qu'elles ont faite, en ne ménageant pas des temps de grâce qui leur dévoient €tre précieux , et où il ne tenoit qu'à elles de prévenir toutes les peines qu'elles endurent ! Oh ! si elles étoient ea état de les rappeler ^ ces heureux momens ! s'il leur étoit permis de revenir sur la terre ^ et de réparer l'extrême d%>mmage
3io SUR l'efficace et la vertu que leur a causé une trop grande indulgence pour elles-mêmes et pour leurs sens I que leur proposeroit-on de si austère qui les étonnât , et quel prétexte la délicatesse de la chair pourroit-elle leur opposer qui les arrêtât? Déplorable aveuglement des mondains ! Leur sensibilité est infinie , 3e moindre effort les incommode , la moindre douleur leur paroît insoutenable j et ils ne craignent point de s'exposer à des flammes , dont l'atteinte la plus légère est au-dessus de tout ce que nous pouvons imaginer de plus douloureux. Apprenons à mieux connoître nos véritables intérêts. Moins mous nous épargnerons , et plus nous gagnerons,
VENDREDI
^S^un-BaptistB préchant une pénitence ej^cace et salutaire.
SERMON
tUR L^EFFICACE ET LA VERTU DE LA PÉNiTENCE.
^J^t videhit omnis caro salutare Ueù
Tout homme verra le salut qui vient de Dieu. Luc^ 3. 6»
Effet merveilleux de la pénitence! elle nous rft< îïiène à Dieu^ elle nous remet en grâce avec Dieu, elle nous procure le salut qui vient de Dieu. Tout homme , disoit Jean-Baptiste , prêchant lui-même la pénitence, tout homme le verra y ce salut: e'est-à-dîrej que tout pécheur aura part aux avan*
DE LA PÉNITENCE. 3lï
tages inestimables de cette pénitence , s'il en prend les sentimens, et s'il en suit les saintes impressions. Est-il une vérité plus consolante, et de quelle confiance n'est-elle pas capable de nous remplir, à quelques égaremens que nous ayons été sujets? Confiance chrétienne , confiance absolument nécessaire pour la conversion du pécheur , puisque lians cela il doit désespérer de la miséricorde divine, et s'abandonner à tous les excès où son désespoir peut le précipiter. Il nous est donc bien important de savoir quelle est l'efficace et la vertu de la pénitence , afin que nous ayons recours à cette piscine salutaire, et que nous y cherchions la guérison des blessures de notre âme. Or, tout se réduit à deux articles, savoir , qu'il n'y a point de pécheur que la pénitence ne puisse justifier, et qu'elle ne puisse sanclifier. Deux avantages tout difïerens: justifier le pécheur, et sanctifier le pécheur. Justifier le pécheur , c'est précisément le rétablir dans la grâce de Dieu qu'il avoit perdue : mais , parce que , dans cet état de grâce , il y a divers degrés, sanctifier le pécheur, c'est de plus le faire monter à cette perfection qui distingue les élus de Dieu, qui en rehausse le mérite. Ainsi le pécheur justifié par la pénitence , sanctifié par la pénitence \ voilà le double miracle qu'elle opère dans nous. Parlons encore autrement , et disons : Nul péché , si grief et si énorme , que la pénitence ne puisse effacer; et nulle sainteté, si haute et si parfaite, où la pénitence ne puisse nous élever.
Prsmjler poikt. Nul péché , si grief et si énorme
3i2 SUR l'efficace et la vertu que la pénitence ne puisse effacer; et, par là même, point de pécheur qu'elle ne puisse justifier. Cette proposition suppose une vraie pénitence , une pénitence parfaite, une pénitence accompagnée de toutes les conditions requises : car c'est en ce sens que nous devons l'entendre. Or, tel est alors son pouvoir , qu'il n'y a rien dont elle n'obtienne une rémission assurée, une rémission prompte, une rémission entière ; et c'est ainsi qu'en humiliant l'homme devant Dieu ^ elle triomphe du cœur de Dieu , quelque irrité qu'il soit , et lui fait une espèce de violence pour le fléchir et le gagner.
Rémission assurée: non pas que Dieu, selon les droits de sa justice , ne pût rejeter le pécheur, et lui refuser sa grâce pour jamais. Mais la miséricorde l'emporte sur cette justice rigoureuse 5 et c'est assez que le pécheur, renonçant à son péché lève l'obstacle qui le séparoit de Dieu, pour engager Dieu, comme un père tendre, ou comme ce bon pasteur de l'évangile , à recevoir cette breî)is égarée, et à reprendre , en faveur de cet enfant prodigue , les premiers sentimens de son amour. Nous en faut-il d'autre garant que Dieu lui-même , et que sa parole ? Toutes ses éeri^ tures sont pleines sur cela des promesses les plus authentiques et les plus expresses^. Point d'exception: elles s'étendent à tout péché , de quelque nature qu'il soit, et quelque abominable que nous le puissions concevoir. On ne peut lire , sans en être frappé et comme saisi d'horreur, tous les reproches que le Dieu d'Israël faisoit à son peuple. C'est une nation vendue au péché ^ disoit le Sei-;
DE LA PÉNITENCE. 3l3
gneiir; c'est un peuple chargé de toutes les iniquités 5 une race pervertie et corrompue ; ce sont des enfans ingrats et scélérats : malheur à eux-' Quelle image! et quel anathème ! Ne semble-t-il pas qu^il n'y avoit plus de ressource pour ce peuple, et qu'ils étoient perdus? Cependant que s'ensuit-il de tout cela? Après tant de reproches et de si terribles menaces, Revenez^ conclut le même 7^^/, I018, Seigneur j parlant aux mêmes pécheurs, coupertisse z-pous ^ cessez de faire le mal ^ et ne craignez point. Quand vos péchés seroient comme Pécarlate^ ils deviendroient comme la neige ; et quand vous auriez été tout noircis de crimes y vous seriez blancs à mes jeux ^ comme la laine la plus blanche. Quelle assurance pouvons-nous demander plus formelle et plus marquée ?
Rémission prompte ; un moment suffit : comment cela ? c'est qu'il ne faut qu'un moment pour former l'acte d'une contrition parfaite. Or , cet acte est toujours et immédiatement suivi de la rémission. David avoit péché ; le prophète , de la part de Dieu , vient lui reprocher son crime , un adultère et un meurtre tout ensemble. Mais, à la voix du prophète , ce roi pécheur ouvre tout à coup les yeux , rentre en lui-même , se reconnoît coupable , se tourne vers Dieu , et , dans un sentiment de repentir , s'écrie : j^ai péché contre 2. Re^n 12, le Seigneur. Que lui répond Nathan ? Il ne lui * ' dit pas , Le Seigneur vous pardonnera ; il ne lui dit pas , Allez vous humilier , prier devant l'arche et demandez miséricorde , le Seigneur vous l'accoïdera : mais il lui dit , dès l'heure même et
3i4 SUR l'efficace et la tertu sans retardement , le Seigneur a éloigné de vous votre péché} vous ne mourrez point. C'est-à-dire, le Seigneur vous a pardonné , votre péclié vous est remis, vous voilà réconcilié et en état de grâce» Du moment qu'un criminel , crucifié à côté de Jésus-Christ , lui eut témoigné son regret , et que 5e reconnoissant digne du supplice qu'il enduroit , il lui eut fait , avec un cœur contrit et pénitent , lue, 23. cette humble prière : Seigneur ^ souçenez-pou^ de moi ^ quand vous serez dans votre royaume : que lui promit ce divin Maître ? Je vous le dis en vérité , lui répondit Jésus , dès aujourd'hui vous serez avec moi dans le paradis. Différence remarquable entre la rémission du péché et la satisfaction : celle-ci demande des œuvres et du temps ) mais l'autre ne veut qu'un mouvement du cœur et qu'un instant.
Rémission entière. Car Dieu ne pardonne point à demi 5 et sa grâce n'est point partagée. En remettant un péché 5 j'entends un péché mortel,, il remet tous les autres ; de même aussi que le pécheur vraiment contrit d'un péché, l'est de tous les péchés dont il se trouve chargé devant Dieu.
Rémission même si réelle et si complète , que, selon le langage de l'écriture, Dieu perd en quel-que manière le souvenir de tout le mal que le "^"Qclt i8 P^c^^^^^^ ^ commis. U impiété de F impie tombera sur lui y mais s'il se remet dans le devoir ^ et qu'il fasse pénitence ^ je ne me ressouviendrai plus de toutes ses injustices ^ et il vivra. Non pas que Dieu en effet les perde jamais de vue,^ |)uisqu'il est incapable du moindre oubli, et qae
DÈ LA IPÉNÏTENCË. 3î5
tout le passé , comme l'avenir , lui est toujours présent. Mais le pécheur alors n'est plus, aux yeux du Seigneur, un objet de colère; et, comme si tous ses péchés avoient été rayés des livres de la sagesse divine , Dieu n'y pense plus pour les lui imputer et le condamner à une peine éternelle.
Ne disons donc point comme Caïn : Mon iniquité Gen. 4. i3. est trop grande ; je n^en aurai jamais le pardon. Ce seroit faire injure au Père des miséricordes. Hé ! pourquoi mourrez-pous ^ maison d^ Israël? Ezech, 21, Pourquoi , pécheur , n'irez-- vous pas vous jeter dans le sein de votre Dieu, tandis qu'il vous est ouvert, €t que la pénitence peut vous y conduire ? Il vous appelle, venez t venez, dis-je, qui que vous soyez. Si vous vous rendez sourd à sa voix , et si vous le forcez de vous perdre, vous ne pourrez attribuer votre perte qu'à vous-même. Car c'est vous-même, vous dira-t-il, qui vous êtes obstiné contre ma grâce. Votre innocence avoit malheureusement échoué et fait un triste naufrage ; mais je vous présentois une planche pour vous sauver. Vous étiez au fond de l'abîme, mais je vous tendois les bras pour vous en retirer. La grièveté, la multitude de vos offenses vous troubloit; mais je ne cessois point de vous faire entendre , et par moimême, et par mes ministres, que rien ne pouvoit épuiser les trésors infinis de ma bonté , et que j'étois encore plus miséricordieux, que vous n'étiez pécheur. Il falloit profiter de ces dispositions favorables de votre Dieu. Il le vouloit : que ne le vouli^z-vous comme lui?
Second point. Nulle sainteté si éminentç et û
3i6 SUR l'efficace et la vertt^ parfaite ou la pénitence ne puisse nous élever,^ et^ par conséquent, point de pécheur qu'elle ne puisse sanctifier. Pourquoi cela? par deux raisons, Fune prise du côté de Dieu, et l'autre tirée de la nature même de la pénitence.
Car 5 à prendre d'abord la chose du côté de Dieu 5 il est certain que Dieu , de tout temps , mais surtout depuis la loi de grâce , a toujours^ pris plaisir à faire éclater les richesses de sa mi-* séricorde dans la sanctification des plus grands pécheurs. Pierre avoit renoncé Jésus-Christ , et Dieu en a fait le prince des apôtres. Saul étoife un blasphémateur et un persécuteur du nom chré^ tien 5 et Dieu en a fait le maître des nations. Au-: gustin avoit été également corrompu, et dans sa foi , et dans ses mœurs ; mais Dieu en a fait lô plus célèbre docteur de l'église. Qu'étoit-ce, avant leur conversion, que tant de pénitens de l'un et de l'autre sexe ? A quels vices n'étoient-ils pas sujets? A quels désordres ne s'étoient-ils pas abandonnés ? Quels scandales n'avoient-iis pas donnés au monde ? Mais Dieu en a fait des solitaires y des anachorètes, de sublimes contemplatifs, des modèles de mortification , d'abnégation de soimême, d'oraison, de toutes les vertus chrétiennes et religieuses. Miracles de la droite du Très-Haut^ qui, pour sa gloire et pour notre salut, a voulu nous donner de tels exemples, afin de nous piquer d'une sainte émulation, quelque criminels que nous soyons, et de nous faire comprendre qu'il ne tient encore qu'à nous d'aspirer , par la voie de la péniteiice ^ à CQ qu'il y a de plus relevé daps la per-
DE LA PÉNITENCE. Sl'jf
fection de l'évangile. Car le même Dieu, auteur de taut de merveilles ^ n'est pas moins puissant pour nous, qu'il l'a été pour des millions de pécheurs et de pécheresses, qui sont tombés avant nous dans les plus grands égaremens, et qu'il a fait monter aux premiers rangs parmi ses élus. Il n'est pas moins jaloux présentement de sa gloire, qu'il l'étoit dans les siècks passés ; et l'intérêt de cette gloire divine ne l'engage pas moins à faire de nous, selon les termes de l'apôtre, des vases d'honneur pour être placés sur le buffet , après avoir été, par nos dérèglemens et nos excès, des yases d'ignominie et de colère.
D'ailleurs, à considérer la nature même de la pénitence, rien ne doit être plus sanctifiant. Car elle fait trois choses : elle attire sur le pénitent des grâces de sainteté , elle inspire au pénitent le goût de la sainteté, et elle fournil au pénitent les sujets et les occasions les plus capables de le conduire à la sainteté.
Grâces de sainteté : la pénitence les attire sur le pénitent ; en sorte que , selon la parole de saint Paul , Où le péché abondoit y la grâce de- Rom. 5. vient surabondante : pourquoi ? pour récompenser la fidélité du pécheur à suivre l'impression des premières grâces qui l'ont touché , et qui l'ont exciié à rechercher Dieu. Et , en effet , ce n'est jamais en vain ni sans fruit qu'on est fidèle aux grâces de Dieu; et sa main libérale ne cesse point de les répandre sur nous , si nous ne cessons point d'y coopérer et d'y répondre. Parce que vous avez Matth. 25. été fidèle dans F administration des cinq talens
i3l8 SUR L^EFFICACE ET LÀ VERTIT
que je vous ai confiés ^ en voici cinq autres que
Goût de la sainteté : la pénitence l'inspire au pénitent ; et c'est ce que l'expérience nous mon^ tre. Par une providence particulière de Dieu, ui^ pécheur 5 dégagé de la servitude du péché trouve dans les pieux exercices qui l'occupent , une onction dont il est lui-même surpris : si bien qu'il S^. 6. peut dire comme Job : Ce qui m^étoit auparavant le plus insipide , est maintenant ma plus douce nourriture. En quel repos se trouva tout à coup saint Augustin , dès le moment de sa conversion? en quel dégagement et quelle liberté d'esprit? Il l'admiroitj et ne le comprenoit pas; il en étoit comme hors de lui-même. Quel changement! s'écrioit-il; et où en suis- je depuis que mes? liens sont rompus ? Je ne croyois pas pouvoir me passer des plaisirs qui m'enchantoient , et maintenarxt mon plaisir le plus sensible est d'être privé de tout plaisir.
Sujets et occasions les plus capables de conduire un pénitent à la sainteté : c'est enfin ce que la pénitence lui fournit. Car , dans le cours d'une pénitence généreusement entreprise et constamment soutenue , en combien de rencontres faut-il pratiquer les vertus les plus héroïques ? Combien de fois faut-il se captiver ^ se gêner ^ se roidir contre soi-même , sacrifier ses inclinations , surmonter ses répugnances 5 combattre ses habitudes, essuyer les discours du monde , fouler aux pieds le respect humain, sans parier de toutes ces œuvres secrètes que l'esprit de pénitence ne manque point
DE LA PÉNITENCE. 3ig
de suggérer.'? Or^ est-il rien de pins sanctifiant que tout cela ? Quels trésors de mérites n'amasset-on pas ? quels progrès ne fait-on pas ? Ainsi ces ouvriers de l'évangile , qui vinrent après tous les autres travailler dans la vigne du père de famille , furent égalés aux premiers ^ et reçurent le même salaire : pourquoi ? parce qu'en peu d'heures ils avoient réparé le temps perdu , et autant avancé, par l'ardeur de leur travail ^ que ceux qui s'y étoient appliqués dès le grand matin. Ce n'est pas même assez ; et combien y a-t~il eu de pénitens élevés à des degrés de sainteté , où ne sont jamais parvenus le commun des fidèles ? De quels dons ont-ils été favorisés ; et , en sortant de ce monde ^ quels riches fonds ont-ils emportés avec eux ?
De là, si nous sommes justes; c'est-à-dire, si, par une protection spéciale de Dieu, nous avons €u jusqu'à présent le bonheur de vivre dans l'ordre et dans la règle , gardons-nous de nous confier en nous-mêmes, et d'entrer dans les sentimens de ce pharisien qui se préféroit , avec tant d'orgueil , au publicain , et même à tous les autres hommes. Ne méprisons jamais le pécheur, quel qu'il soit, et quelque abandonné qu'il paroisse. Ce pécheur, dans la suite des temps, sera peut-être un saint, et peut-être , dans sa personne , la parole de Jésus- Christ se vérifiera-t-elle : Je vous dis en vérité Matilu ai. que les publicains et les femmes de mauvaise vie vous précéderont dans le royaume de Dieu. De là encore , si nous nous trouvons nous-mêmes engagés dans l'état du péché , réveillons-nous de îiotre assoupissement, et, pour allumer tout notre T. IL 21
320 TROISIÈME SEMAINE
zèle 5 sans égard à ce que nous sommes , ayons sans cesse devant les yeux ce que nous pouvons devenir. Car est-il rien de plus touchant et de plus consolant pour l'âme la plus criminelle^ que cette pensée : Tout pécheur que j'ai été et que je suis, si je le veux, je puis être un saint? Mais est-il rien en même temps qui doive plus nous confondre au jugement de Dieu , si nous nous rendons insensibles à une telle espérance?
TROISIÈME SEMAINE
Jean-'Baptiste traçant aux peuples des règles de morale^ et condamnant les vices les plus opposés à ^esprit de Jésus-Christ.
Ce n'étoit point assez pour le saint précurseur, de prêcher en général la pénitence ; mais , afin de mieux instruire les peuples , et de leur donner une connolssance plus distincte de ce qu'il y avoit à réformer dans leurs mœurs ^ il descend au détail des vices les plus opposés à l'esprit de Jésus-Christ, et leur trace des règles de morale toutes contraires à ces désordres. W condamne donc, i. L'impureté : Marc. 6. i< ^ Il 726 VOUS cst pus permis d^ avoir la femme de Luc, 3. 5. votre frère. 2. L'ambition : Toutes les montagnes et toutes les collines seront abaissées, 3. /«C.3. i3. L'attachement aux richesses : Ne demandez rien au-delà de ce qui vous est marqué. Contentez-vous de votre solde, Zj*L^semportemens et les violences;
SUR l'impureté. 321
Ne faites point de violence. 5. La médisance : ihii.
Ne parlez mal de personne. &. La dureté eirv ers loid.
les pauvres : Que celui qui a deux habits^ en Liic.d>,ii. donne un à celui qui n'^en a point que celui qui a de quoi manger ^ en use de même.
DIMANCHE-
Jean-Baptiste condamnant Vimpureté^
SERMON SUR l'impureté.
Non licet tïbi Juibere uxorem fratrris tuU
Il ne vous est pas permis d'avoir la femme de votre frère*, Marc. c. 6. i8.
Il falloit tout le zèle et toute la sainteté de Jean-- Baptiste , pour parler avec tant d'assurance à un roi possédé de sa passion, et pour s'exposer de la sorte à sa disgrâce. Mais, sans être ni aussi zélé ni aussi saint que ce divin précurseur, il ne falloit qu'une étincelle de raison pourvoir toute l'indignité du commerce où Hérodes étoit plongé, et pour en connoître tout le désordre. C'est néanmoins ce que ce prince voluptueux ne voyoit pas lui-même y ou ne vouloit pas apercevoir ; et tel est le caractère et le dérèglement afFreux de l'impureté- Il semble , dès qu'on se laisse dominer par ce vice infâme, qu'il nous fasse perdre toute raison, et avec la raison toute religion. De sorte que Fimpudi- T, IL 21^
322 SUR l'impureté.
que n'a plus de règle droite et sûre qui le guide ; îii raison qui le conduise en qualité d'homme , ni religion qui le conduise en qualité de chrétien» Arrêtons-nous à ces deux pensées. Toute la raison de Fhomme renversée par Fimpureté ; premier point. Toute la religion du chrétien profanée par l'impureté; second point. Effets pernicieux d'une passion dont nous ne pouvons trop concevoir d'horreur , et contre laquelle nous ne pouvons nous précaution-* nev avec trop de soin.
Premier point. Toute la raison de Fhomme renversée par l'impureté. On n'en doit pointêtre surpris: car il n'est rien de plus opposé à la raison que les sens; or^ Fimpureté est un péché des sens, et c'est même de toutes les convoitises des sens la plus animale et la plus grossière. De là donc, ou bien elle éteint en nous toutes les lumières de la raison ; ou , sans les éteindre y elle nous fait agir contre toutes les vues de notre raison.
I. Elle éteint en nous toutes les lumières de la raison. En effet ^ à consulter la seule raison, combien y a-t-il de motifs les plus forts et les plus puissans y pour nous détourner d'un vice aussi honteux et aussi dangereux que l'est l'impureté? La pudeur naturelle ; les bienséances de Fétat^ du rang 5 de l'emploi y de la profession ; les suites malheureuses où s'expose surtout une personne du sexe aux dépens de sa réputation et de tout le bonheur de sa vie 3 les périls où elle s'engage làdessus y et les risques qu'elle a à courir : le dérangement où vit un homme, par rapporta ses de-
SUR l'impureté. 3^3 ToirSj par rapporta son avancement dans le monde, par rcipport à la conduite de ses affaires , et souvent par rapport à sa santé qu'il ruine ; l'esclavage et la dépendance où il passe ses jours auprès d'une idole dont il est adorateur ; les infidélités qu'il éprouve ^ les désagrémens qu'il essuie y les inquiétudes qui Fagitent , les dépenses qu'il fait et qui l'incommodent 5 les exemples d'une infinité des gens qui par là se sont perdus , les discours da public, les remontrances et les reproches de ses amis , mille autres considérations plus particulières encore et plus secrètes; tout cela^ bien examiné, et bien pesé, si l'on étoit raisonnable, devroit servir de préservatif contre les amorces de la plus flatteuse passion. Mais, dès qu'elle s'est emparée du cœur, plus d'attention à tout cela : on dépose toute pudeur^ on ferme les yeux à toute bienséance, on méprise tout danger, on oublie tout intérêt; on supporte toute contrainte, toute gêne; on dévore tout chagrin, on ne plaint nulle dépense, on ne profite de nul exemple ; on n'écoute nul avis, nul conseil. L'esprit et le cœur ne sont occupés que d\in objet: tout le reste disparoît ; et où est alors la raison ?
:2. Si l'impureté n'éteint pas dans nous les lumières de la raison , du moins nous fait-elle agir contre toutes les vues de notre raison. Point de preuve plus sensible que le témoignage de saint Augustin, qui le connoissoit par son expérience propre , et qui s'en est si bien expliqué. Je soupirois y dit-il , je vojois ma faiblesse , fen vongissois ; et cependant étais toujours attaché ^ non point par une chaîne de fer , mais par ma
SUR l'impureté.
volonté dépravée ^ plus dure que le fer. Voilà comment la passion tyrannise un homme qni s'y est une fois livré. Il gérait de sa servitude , et il en sent tout le poids. Il voit tout ce qu'une saine raison demanderoit, et il est le premier à reconnoître ses égaremens, mais de briser ^es liens et de se dégager 5 c'est à quoi il ne peut se résoudre. Il suit le charme qui l'enchante ^ et 9 quoiqu'il condamne dans lui le vice , il n'en est pas moins vicieux. Samson n'ignoroit pas que Dalila le trahissoit. Que lui disoit sur cela sa raison ? Mais sa raison a voit beau parler , il ne laissoit pas de recliercher avec la même assiduité cette perfide^ et de se tenir auprès d'elle. Peut-être 5 à la fin de nos jours ^ vient-il un temps où la raison prend le dessus : mais peut-elle désormais réparer les dommages infmis qu'on s'est causés à soi-même? Plus sage mille fois celui cjui les prévient de bonne heure , et qui n'attend pas si tard à y apporter le remède,
Second point. Toute la religion du chrétien profanée par l'impureté. Deux sortes de profanations : Fane générale ^ par rapport à tous les états du christianisme ; l'autre particulière et plus criminelle encore 5 par rapport à certains engagemens et à certains caractères,
I. On peut dire 5 en général 5 que toute impureté dans un chrétien est une profanation : pourquoi ? parce qu'il souille une chair sanctifiée par le baptême de Jésus-Christ , honorée d'une alliance toute pure avec Jésus- Christ 5 devenue le temple du Saint-Esprit^ que l'apôtre appelle FEsprit
SUR l'impureté. 325 Jésus-Christ. Morale que nous ne devons point traiter d'idée subtile et superficielle ; mais dont nous comprendrions toute la solidité et toute la force 5 si nous étions plus remplis des principes de la religion , et plus touchés de ses sentimens. Blorale dont les pères ont fait plus d'une fois le sujet de leurs instructions 5 et sur laquelle TertuUien insistoit si vivement. Car, disoit-il^ avant que le Fils de Dieu se fût revêtu d'un corps semhiable au nôtre ^ c'étoit toujours un crime de s'abandonner aux désirs de la chair : mais, depuis le mystère de THomme-Dieu, maintenant et plus que jtuiiais , ce n'est plus seulement un crime, c'est un sacrilège. Morale qu'ils avoient puisée dans rexceilente et sublime théologie de saint Paul, et dans ces fréquentes exhortations qu'il faisoit aux fidèles, en leur représentant qu'ils étoient les frères de Jésus-Christ, qu'ils étoient ses membres, qu'ils étoient son corps, et par conséquent qu'ils avoient une obligation plus étroite de se conserver purs et sans tâche. Quoi donc ! s'écrioit, à^us i-Ccr. 6 i5. l'ardeur de son zèle, ce maître des gentils, quoi ! les membres de Jésus-Christ ^ je les abandonnerai à une prostituée ? Quel scandale diuis la foi que nous professons ! Quel abus énorme !
2. Profanation particulière, et plus criminelle encore par rapport à certains engagemens, à cer-^ taines vocations, à certains caractères. N'entrons point là- dessus trop avant dans un détail qui pourroit blesser les âmes innocentes et chastes. Il seroil à souhaiter que ces abominations fussent ensevelies dans un éternel oubli : mais le moyen de dérober
S^S SUR l'impureté.
à la connoissânce du public des désordres si pu* blics? Que veux-je donc dire? Vous le savez, vous qui y liés par le sacré nœud du mariage , après vous être juré au pied de Tautel une fidélité mutuelle et inviolable, démentez toutes vos promesses, et profanez un sacrement si saint par des attachemens si illégitimes. Vous le savez, vous qui, sans respect pour le Dieu vivant et pour la présence de son Fils adorable , osez profaner le temple même , le sanctuaire , la table de J esus-Christ , et y apporter toute la corruption d'un cœur sensuel et dissolu. Vous le savez, vous qui, voués spécialement au Seigneur, élevés aux plus hauts ministères, employés à la célébration des mystères les plus redoutables, consacrés pour cela, et comme marqués du sceau de Dieu, vous dégradez vousmêmes, et n'avez point horreur de profaner, dans votre caractère , ce que la religion a de plus auguste et de plus divin. Après cela, nous étonnerons-nous de tant de calamités qui se répandent sur la terre ? et n'est-ce pas le juste châtiment de la licence effrénée de notre siècle, et du débordement de nos mœurs ? Rappelons toute notre raison, ranimons toute notre religion : Tune et l'autre ^ avec la grâce du ciel, purifieront nos voies, et rétabliront le peuple de Dieu dans sa première sainteté.
SUR l'ambition. 3^7
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LUNDI-
Jean-Baptiste condamnant Fambition.
SUR l'ambition»
Ortmis morts et collis Jiumîlidbituré
Toutes les montagnes et toutes les collines seront alDâissées, Luc, c, 3. 5»
Puisque le Fils unique de Dieu descend du sein de son Père, et qu'il vient sur la terre s'abaisser lui-même et s'anéantir, il est bien juste que les montagnes du siècle, c'est-à-dire, que les grandeurs humaines s'humilient, et qu'elles déposent aux pieds de cet Homme-Dieu tout leur orgueil. Mais par le plus déplorable renversement, tandis que la Majesté divine quitte le trône de sa gloire, et s'abîme en de profondes ténèbres, l'homme veut s'élever, se distinguer, et ne pense qu'à satisfaire son ambition. Esprit répandu dans tous les états de la vie , et même jusque dans les plus viles conditions, où chacun, selon qu'il lui peut convenir , est jaloux d'une certaine supériorité qui le place au-dessus de ses égaux, et qui lui donne sur eux Tascendant. C'est ce désir de l'honneur, cet esprit d'ambition, que nous devons aujourd'hui combattre , comme opposé directement à l'esprit de Dieu : car c'est par là ^ et non par des raisons dHme sagesse mondaine ^ que nous allons Tatta-
328 SUR l'ambîtion.
qiier. Ambition dont nous verrons tout ensemble, et le désordre, et le malheur. Ambition criminelle , et ambition malheureuse : criminelle devant Dieu, malheureuse de la part de Dieu. Ambition criminelle devant Dieu : en quoi? dans les projets qu'elle inspire à Tambitieux : premier point. Ambition malheureuse de la part de Dieu : Comment? par les jugemens et les coups du ciel qu'elle attire sur l'ambitieux : second point. La suite développera mieux encore ces deux vérités.
Premier poiint. Ambition criminelle devant Dieu dans les projets qu'elle inspire à l'ambitieux. On veut s'agrandir, précisément pour s'agrandir. On le veut , pour jouir des avantages temporels de la grandeur. On le veut à l'infini , sans se prescrire aucun terme ou l'ambition s'arrête. On le veut indépendamment de Dieu, et sans faire nul fond sur Dieu. On le veut sans égard* au mérite, et sans être en peine si l'on a les dispositions requises. Enfin , on le veut par les voies les plus illicites, et aux dépens de la conscience. Tout cela, autant de désordres par où l'ambition devient criminelle devant Dieu. Reprenons toutes ces propositions.
I. On veut s^agrandir précisément pour sagrandir. On ne cherche dans la grandeur que la grandeur même. Or, la grandeur, comme grandeur , ne convient qu'à Dieu qui est seul grand , et qui le doit seul être. Vouloir donc s'élever et se faire grand, c'est une espèce d'attentat sur les droits du Seigneur et de cet Etre suprême devant qui tout être créé n'est que néant. 2. On veut
SUR l'ambition. 3^9 s'agrandir pour jouir des avantages temporels de la grandeur ; c'est-à-dire , pour se glorifier , pour recevoir des hommages et des respects ^ pour tenir partout le premier rang , pour vivre dans la pompe et dans l'éclat. Or , ce n'est point à cela que les grandeurs du siècle sont destinées; et n'y envisager que cela 5 c'est un abus hautement condamné dans la loi de Jésus-Christ. Elles sont établies pour la gloire de Dieu , et non point pour la nôtre. 3. On veut s'agrandir à l'infini, et sans se prescrire jamais un terme où l'ambition s'arrête. Plus on monte , plus on veut monter ; et à peine a-t-on fait un pas, que la pensée naît d'en faire un autre. Désir insatiable , désir déréglé, contraire à la modestie et à la modération chrétienne. Mais désir sur-tout condamnable dans les gens de rien, quand, à force de se pousser , devenus plus audacieux , ils ne rougissent point d^aspirer enfin aux degrés les plus éminens , et prétendent, comme l'ange superbe^ se placer au-dessus des nues et des astres de la première grandeur. 4- ^'^^^t s'agrandir indépendamment de Dieu , et sans faire nul fond sur Dieu. L'ambitieux compte sur lui-même , compte sur son industrie , compte sur des amis , sur de puissans protecteurs : mais pense-t-il à mettre Dieu dans ses intérêts ? Contre l'oracle et l'expresse défense du Saint-Esprit, il s'appuie sur un bras de chair. Voilà toute sa ressource. 5. On veut s'agrandir sans égard au mérite , et sans examiner si l'on a les dispositions requises* Témérité insoutenable. On s'ingère dans des postes, dans des ministères , daiis des prélatures qu'où n'est pas en
33o SUR l'ambitioint.
état de remplir , et où Ton ne doit néanmoins entrer que pour en accomplir tous les devoirs. 6. On veut s'agrandir par les voies les plus illicites et aux dépens de la conscience. Y a--t-il iniquité que l'ambition n'emploie pour venir à bout de ses desseins ? Mais la conscience y répugne : lié I qu'est-ce que la conscience d'un ambitieux ? ou a-t~il une autre conscience que son ambition? Concluons par les paroles de Jésus-Christ ^ et disons que de la manière dont on se comporte dans la Uic. î§. i5. poursuite des honneurs du monde , ce qui est grand aux jeux des hommes ^ n^est qu^ abomination aux jeux de Dieu.
Second point. L'ambition malheureuse de la part de Dieu : comment? par les jugemens et les coups du ciel qu'elle attire sur l'ambitieux. Nous ne lisons point dans l'écriture de menaces plus ordinaires que celles-ci ; savoir : Que Dieu confondra les orgueilleux de la terre. Que , tandis qu'ils s'épuiseront de travaux et de soins pour l'établissement de leur fortune et pour leur agrandissement , il déconcertera leurs mesures ^ il dissipera leurs desseins ^ il fera échouer leurs entreprises. Que s'il les laisse parvenir au point de prospérité ou ils visoient ^ ce sera pour tourner contre eux leur prospérité même, et qu'ils y trouveront une source de chagrins et de déplaisirs les plus mortels. Que s'il les laisse atteindre jusqu'au faîte de la grandeur, ce sera pour rendre leur chute d'autant plus désastreuse et plus éclatante , qu'ils tomberont de plus haut ^ et que dans leur ruine il les abandonnera à euxmêmes et à leur désespoir. Menaces qui ne re-r
SUR l'ambîtion. 33i gardent que la vie présente : car ne parlons point de ce que Dieu prépare à Fambitieux dans Féternité. Menaces confirmées par tant d'exemples dont les saints livres nous font le récit. Menaces qui se vérifient encore de siècle en siècle par mille événemens que nous devons attribuer à la justice de Dieu 5 et qui sont de visibles ^ mais terribles chàtimens de l'ambition.
I. Combien y en a-t-il que Dieu arrête au milieu de leur course? Ils s'agitoient , ils se tourmentoient, ils disposoient les choses avec toute Fadresse et toute Fassiduité imaginable; une espérance presque certaine leur répondoit du succès : mais lin fâcheux contre-temps^ mais la mort d'un patron 5 mais le refroidissement d'un ami , mais la faveur d'un concurrent, mais quelque sujet que ce soit 5 a tout à coup rendu inutiles tant de démarches et tant de mouvemens. Comme cette tour de Babylone , l'ouvrage est demeuré imparfait ; et de cette fortune qu'on vouloit bâtir , il n'est resté que la douleur d'y avoir perdu ses peines, et vainement consumé ses jours. Ils édifieront , dit le Seigneur, et de mon souffle je disperserai tout ce qu'ils auront amassé de matériaux, et fait de préparatifs. 2. Combien y en a-t-il qui, plus heureux en apparence , ont obtenu ce qu'ils souhaîtoient; tous les chemins leur ont été ouverts , tout les a soutenus : mais, dans leur élévation, à quoi se sont-ils vus exposés ? à la censure et au mépris , aux plaintes et aux murmures , aux traver« ses et aux contradictions , aux alarmes continuelles , aux affaires les plus désagréables , aux em-^
332 SUR L'ABÎBITION.
barras les plus accabîans , aux dégoûts et aux déboires les plus affreux : de sorte qu'ils ont été forcés de reconnoitre 5 que dai-s la médiocrité de leur premier état , ils étoîent mille fois , et plus honorés du public, et plus contens en eux-mêmes. Ils se promettoient de marcher dans des voies tout applanies, mais Dieu les a semées d'épines. 3. Combien d'autres j après avoir vécu un certain nombre d'années dans la splendeur , et y avoir eu tout l'agrément qu'ils pouvoient attendre, ont été renversés par une disgrâce ? De quelles chutes avonsnous entendu parler ^ et avons-nous même été témoins? Tout s'est éclipsé : des familles entières sont tombées avec leurs chefs ; et l'éclat des pères n'a pu passer jusqu'aux enfans. Car ce sont là les coups du bras tout-puissant de Dieu, et c'est ainsi qu'il abat de leur trône les potentats qui se confioient en leur pouvoir. 4- Encore s'il daignoit les consoler dans leur infortune : mais , parce que jamais ils ne se sont occupés de Dieu, et que jamais ils n'ont su recourir à Dieu, il les livre à leurs noires mélancolies. Il les voit se ronger , se désoler , dépérir , sans verser sur eux une goutte de son onction divine , pour leur adoucir l'amertume du calice. Apprenons de Jésus-Christ à être humbles: c'est ce qu'il vient nous enseigner ; et c'est dans notre humilité que nous trouverons tout à la fois, et l'innocenxîe^ et le repos de nos âmes.
SUR l'attachement aux richesses, 333
MARDI
Jean-Baptiste condamnant rattachement aux richesses.
SERMON SUR l'attachement aux richesses.
Nihil amplius quàm quod constitutum est vohis^faciatis..,^^
contenti estoùe stipendiis pestris.
Ne demandez point aii-dela de ce qui vous est marqué.,., con-
tentez-Yous de votre solde. Luc c. 3. i3.
ïEN de plus juste que cette règle de conduite, rien de plus conforme à la droite raison. Les pubiicains, à qui pailoit Jean-Baptiste, établis pour recevoir les deniers publics , ne dévoient point grossir leur recette, en exigeant au-delà du prix ordinaire ; et les soldats, contens de leur solde , ne dévoient rien prétendre au-dessus de ce qui leur étoit assigné par Tordre du prince. Que de désordres cesseroient , si l'on se conduisoit dans tous les états selon cet esprit d'équité ! mais une insatiable avarice semble l'avoir banni du monde ; et si l'iniquité règne dans toutes les conditions, on peut dire que c'est surtout par l'attachement aux richesses. Passion qu'il nous importe infiniment de déraciner de nos cœurs : et rien ne doit plus fortement nous y exciter, que d'en considérer les divers caractères. Car c'est une passion vaine , inquiète j dangereuse : vaine dans son objet, in-
334 SUR l'attachement
quiète dans ses mouvemens, dangereuse dans ses effets. Passion la plus vaine dans son objet; ce sont les biens temporels qu'elle se propose : premier point/Passion la plus inquiète dans ses mouvemens ; ce sont les soins fatigans et les embarras où elle jette : second point. Passion la plus dangereuse dans ses effets ; ce sont les injustices qu'elle fait commettre aux dépens de la conscience et du salut : troisième point. Bienheureux les pauvres de cœur, qu'un saint détachement dégage d'une passion si frivole , si importune , si pernicieuse l
Premier point. Passion la plus vaine dans son objet. Il ne s'agit point ici de la vue sage et modérée qu'on peut avoir de ne pas manquer dans sou étatj et de s'y soutenir honnêtement. C'est une prudence , et Salomon lui-même demandoit à Dieu de ne pas tomber dans l'extrême pauvreté. Mais il ne soubaitoit pas avec moins d'ardeur que Dieu le préservât de la passion des richesses, la regardant comme une des passions les plus frivoles et les plus vaines.
En effet, à quoi aspire-t-elle , et pourquoi y aspire-t-elle ? i . A quoi aspire-t-elîe ? aux biens de la vie ; à les amasser , à les multiplier , à les accumuler. Car c'est une de ces deux sangsues qui nous sont représentées au livre des proverbes, et qui, ne se trouvant jamais remplies, ne cessent Prof^. 3o î5. point de crier : Apporte ^ apporte. Or, qu'est-ce que ces biens qui allument une soif si ardente ? des biens temporels, passagers, périssables; des biens qu'on acquiert aujourd'hui et qu'on perd