‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 58 sur 88 · AUX RICHESSES · texte numérisé non relu

AUX RICHESSES

pratiques nouvelles , toujours nouvelles fatîgues* On ne veut rien céder : rien relâcher de ses droits ; on les exige à la rigueur ^ et de là les contestations, les démêlés , les procès. Il n'y a là-dessus qu'à interroger tant de riches du siècle , et qu'à les faire parler. Leur convoitise les dévore ; mais s'ils savoient la contenir et la régler , avec une fortune un peu moins ample , ils vivroient beaucoup plus tranquilles , et cette paix vaudroit mieux que toutes leurs richesses.

Troisième point. Passion la plus dangereuse dans ses effets , à l'égard de la conscience et du salut. Outre que l'attachement aux biens de la vie est en soi un péché ^ et qu'il a sa malice propre y c'est encore la source de mille péchés. Vérité d'autant plus triste et plus déplorable , qu'elle a moins besoin de preuves, et que les exemples en sont plus communs. Y a-t-il injustice que cette passioiï ne fasse commettre? et y a-t-il injustice qu'elle n'empêche de réparer ?

I. Quelles sortes d'injustices cette criminelle passion ne fait-elle pas commettre ? Qu'a-t-on vu dans tous les siècles , et que voyons-nous autre chose tous les jours , que des usures , que des fraudes, que des violences , que des concussions? Quelles voies n'a-t-on pas imaginées pour gagner et pour s'enrichir aux dépens des particuliers, aux dépens du juste, aux dépens du pauvre, aux dépens de la veuve, de l'orphelin : et cela, non point seulement dans le monde libertin et corrompu , mais dans le monde même chrétien ; parmi un certaiii

338 SUR l'attachement aux richesses.

monde assez réglé d'ailleurs, et réputé vertueux et dévot? Iniquités plus grossières dans les uns, iniquités plus subtiles et plus couvertes dans les autres; mais toujours iniquités qu'on ne justifiera jamais au tribunal d'une conscience droite et saine, quoiqu'on ne manque pas d'artifices et de détours pour les accorder avec une conscience fausse et erronée.

2. Le comble de l'iniquité, c'est que la même passion qui fait commettre tant d'injustices, empêche de les réparer. La nécessité de la restitution est un principe universellement reçu; nul ne l'ignore : mais la pratique de la restitution est une chose presqu'absolument inconnue. Chacun sait s'en dispenser : pourquoi ? parce que chacun ne consulte que son attache aux biens, et qu'il n'est rien de plus ingénieux que cette damnable avarice, à inventer des prétextes et à éluder les plus étroites obligations. Mais si elle se déguise à nos yeux, elle ne peut se déguiser aux yeux de Dieu, qui la dévoilera dans son jugement et qui la ré~ prouvera. Gardons-nous d'une si terrible condamnation, et suivons l'avis que nous donne le Seigneur Matth, e. ig.àes hommes : Ne cherchez point à amasser des trésors sur la terre ^ où la rouille et les vers consument tout ^ mais travaillez à amasser des trésors dans le ciel y où il n^j a ni rouille ni vers qui consument. Car où est votre trésor là est votre coçur.

SUR LA DOUCEUR CHRÉTIENNE. 33g

MERCREDI

Jean-Baptiste condamnant les emportemens et les violences.

SERMON

Page 1