‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 66 sur 88 · SUR LA DÉVOTION · texte numérisé non relu

SUR LA DÉVOTION

juste conséquence qui en suit , c'est le beau sen- Eom. 8. 35. timcut du maître des gentils : Qui nous séparera de la charité de Jésus-Christ ? ou cet autre : i.€&j\i6 22, Quiconque n^aime pas notre Seigneur Jésus-^ Christ y qu^il soit anathème. ^

Esprit de reconnoissance , qui nous fait descendre dans le détail de tous les biens qui nous sont venus par ce Rédempteur du monde : qui nous retrace dans le souvenir comment il a quitté le sein de son Père , et il s'est abaissé jusqu'à nous ; comment il s'est revêtu de notre chair , et chargé de toutes nos misères pour demeurer parmi nous; comment 5 dans le cours de sa vie mortelle^ il a conversé avec nous ; comment il a souffert pour nous^ il est mort pour nousj comment , dans son retour même au ciel ^ il n'a point voulu nous priver de sa présence , mais il est toujours resté au milieu de nous. Toutes ces considérations pénètrent une âme , la ravissent , l'enflamment , l'attachent pour jamais à son Bienfaiteur et à son Sau* veur ; et , dans l'ardeur de son zèle ^ lui font ïi5. 12. dire sans Cesse avec le prophète : Que donnerai-je à celui qui m^a tout donné ? et que ferai- je pour celui qui a tout fait pour moi ?

Or 5 encore une fois , une dévotion établie sur de tels fondemens ^ n'est-ce pas de toutes les dévotions la plus sainte ? aussi étoit-ce la dévotion de saint Paul. Il n'y a qu'à voir ses épîtres : elles sont toutes remplies de Jésus-Christ ^ et il n'y est presque fait mention que de Jésus-Christ tant il avoit Jésus-Christ vivement imprimé ^ et dans l'esprit jt et dans le coeur. Aussi est-ce la dévotion

ENVERS JÉSUS-CHRIST. 38l

de l'église. De quoi est-elle plus occupée , que de chanter les louanges de Jésus-Christ , que de célébrer les mystères de Jésus-Christ ^ que d'ofTrir le sacrifice de Jésus-Christ ? et adresse-t-elle une prière à Dieu, où elle ne fasse entrer Jésus-Christ? Aussi a-ce été la dévotion des saints y surtout de saint Bernard, Quoi que je lise ^ disoit-il , je ne affectionne à rien y si je ne lis le nom de Jé su^- Christ ; quoi que j^ entende ^ je ne goûte rien y si je n^j entends le nom de Jésus-Christ. Toute nourriture est insipide à mon âme sans cet assaisonnement et ce sel divin. Quelle est donc l'illusion de notre siècle ? Illusion assez commune dans le monde chrétien. Chacun se fait des dévotions à sa mode , des dévotions selon son sens. A Dieu ne plaise que nous les blâmions ; mais ce qu'il y a de blâmable ^ c'est la préférence qu'on donne à ces dévotions nouvelles et arbitraires ^ au-dessus des dévotions essentielles dans le christianisme, telles que la dévotion envers Jésus-Christ.

Second point. Dévotion envers Jésus- Christ , dévotion la plus sanctifiante par rapport à nous. Elle l'est, et dans les pratiques où elle s'exerce , et dans les effets qu'elle produit.

Dévotion sanctifiante dans les pratiques où elle s'exerce. Ces pratiques se réduisent à trois : adoration, invocation, imitation. Adoration : sous ce terme est compris tout ce que suggère à l'âme fidèle un saint désir d'honorer Jésus-Christ. Car , que fait-elle, cette âme zélée pour l'honneur de l'adojable et aimable Epoux à qui elle s'est vouée ,

382 SUR Li. DÉV0TI03ÎÎ

et dont elle voiidroit répandre la gloire dans toute rétendue de l'univers ? Parce qu'elle sait que c'est Jésus-Christ même qui chaque jour est immolé sur nos autels , elle se rend assidue à ce sacrifice non sanglant 5 et se fait un devoir d'y apporter toute la réflexion 5 toute la révérence , toute la piété convenable. Parce qu'elle sait que c'est Jésus-Christ même qui habite dans nos temples , et qui réside dans le sanctuaire , elle a ses heures et ses temps réglés pour le visiter , pour s'entretenir avec lui y pour s'humilier en sa présence , et pour lui offrir son encens. Parce qu'elle sait que c'est Jésus-Christ même qu'elle reçoit à la sainte table , elle s'en approche , autant qu'il lui est permis , par de fréquentes communions ; elle s'y dispose par de rigoureuses et d'exactes revues; elle ne souffre pas la moindre tache qui puisse blesser les yeux de son Bien-Aimé, et n'omet rien de toute la préparation que demande le plus auguste sacrement. Or, combien tous ses exercices et les autres doiventils contribuer à sa sanctification? et qu'y a-t-il de plus propre à élever une âme, et à la perfectionner? Invocation : en honorant Jésus-Christ , l'âme ne s'oublie pas elle-même ni ses besoins. Jésus- Christ , dans toutes les conjonctures et tous les événemens de la vie , est sa ressource, son conseil, son guide , son soutien. La nuit et le jour elle n'a , pour ainsi dire , et dans le cœur , et dans la bouche , que Jésus-Christ , qu'elle réclame sans cesse, et qu'elle invoque. Et de cette sorte toutes ses délibérations , toutes ses résolutions, toutes ses actions sont sanctifiées ^ parce qu'elle ^'entreprend

rien ni ne fait rien qu'au nom de Jésus-Christ, que sous sa conduite et par son secours. Imitation : voilà le point capital , voilà , en quelque dévotion que ce soit, ce qu'il y a d'essentiel : s'efforcer d'acquérir une sainte ressemblance avec le Fils de Dieu, notre grand et unique modèle. Or, n'est-ce pas à quoi l'âme s'applique, avec d'autant plus de soin, qu'elle s'est plus solidement et plus étroitement liée à Jésus-Christ ? Toute son étude, c'est Jésus-Christ, pour apprendre à penser comme lui, à parler comme lui, à agir comme lui. Ce n'est point seulement sur le Thabor qu'elle veut le suivre, mais au Calvaire; ce n'est point seulement à sa gloire qu'elle veut avoir part, mais à sa pauvreté, mais à ses humiliations, mais à ses souffrances. Tout état où elle se croit conforme à Jésus-Christ, est pour elle l'état le plus heureux.

2. Dévotion sanctifiante dans les effets qu'elle produit. Car de là l'union la plus intime et le conv merce le plus sacré entre Jésus-Christ et l'âme dévote. C'est alors qu'elle peut bien dire avec l'apôtre : Je vis, non plus moi-même, mais Jésus- Christ vit en moi. De là cette abondance de grâce dont Jésus-Christ la comble. Il lui ouvre tous ses trésors ; et qu'épargne-t-il à son égard ? De quelles lumières ne l'éclaire-t-il pas ? Quelles vues, quels sentimens ne lui donne-t-il pas ? De quelle onction ne la remplit-il pas ? De là même aussi ces progrès qu'elle fait d'un jour à l'autre, allant toujours, comme le juste , de vertus en vertus , et accumulant mérites sur mérites. Quoi qu'il en soit, nous sommes chrétiens; et en qualité de chrétiens, quelle T. II. 25

384 DROITURE ET l'ÉQUITÉ

dévotion peut mieux nous convenir que la dévotion envers J. G. ? Souvenons-nous que c'est la pierre fondamentale , sur qui doit porter tout l'édifice de notre perfection. Souvenons-nous qu'il n'y a point d'autre nom que le sien, par qui nous puissions obtenir le salut. Nous vivons sous sa loi; il nous a marqués de son sceau, il nous a revêtus de ses livrées : soyons par amour à notre Maître , puisque nous lui appartenons déjà par un droit inviolable ; et que jamais rien ne nous sépare de la charité de Jésus-^Christ, ni dans le temps, ni dans l'éternité.

^V».-* \/%\ fV*"» .V*"* W» l/V ^'V»' » ■ W'» 'Xy\ » V ♦ ■% l/V t "W » VV% W» "W* rVW v*.'* 'V*'» W» n/V% rV*^ V*

MEPiCREDL

Jean-Baptiste perfectionnant les peuples par une vertu solide et droite.

SERMON

SUR LA DROITURE ET l'ÉQUITÉ CHRÉTIENNE.

Illum oportet crescere, me autem minuù

C'est à lui de croître^ et à moi de déchoir. Joan^ c. 3. 3o.

Il n'y avoit qu'une solide vertu ^ qui pût inspirer à Jean-Baptiste un sentiment si droit et si équitable. Ses disciples, par un faux zèle pour leur maître, dont ils voyoient l'école s'affoiblir, sera- Moient vouloir le piquer de quelque jalousie contre Jésus-Christ, dont le crédit au contraire croissôit tou^ les joups, et le nom se répandoit dans

la Judée, Mais, bien loin de se laisser surprendre à une tentation si dangereuse et si délicate , l'humble précurseur est le premier à relever le mérite de ce prétendu Concurrent qui leur donnoit de Fombrage ; et il n'hésite pas à leur répondre : C^ést à lui de croître , et à moi de diminuer. Esprit de droiture et d'équité ; esprit qui discerne les vraies vertus de celles qui n'en ont que l'apparence et le nom. C'est avec cet esprit, et par cet esprit , que Jean-Baptiste , sans écouter ses disciples, et sans égard à son intérêt propre, se fait justice à lui-même , et fait en même temps justice à Jésus-Christ. C^est à moi de diminuer : voilà comment il se fait justice à lui-même. C^est à lui de croître : voilà comment il fait justice à Jésus-Christ. Ainsi le double caractère de la sainteté et de l'équité chrétienne, est de savoir, ( surtout en matière de dons, de talens, de qualités, de mérites, de rang, de prééminence ), de savoir, dis- je, tout ensemble, et se faire justice à soi-même ; premier point : et faire justice au prochain ; second point. Adressons-nous à Dieu pour obtenir cet esprit de droiture : il nous l'accordera, puisque, selon la parole de l'évangile, il ne refuse point le bon esprit à ceux qui le lui demandent.

Premier point. Se faire justice à soi-même , c'est a'estimer précisément soi-même , tel qu'on est , et ne vouloir point être estimé des autres au-delà de ce qu'on est.

Page 1