‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 67 sur 88 · I. S'estimer précisément soi-même , tel qu'oft T. IL · texte numérisé non relu

I. S'estimer précisément soi-même , tel qu'oft T. IL

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est 5 et rien davantage. C'est la règle la plus raisonnable et la plus juste : mais notre amour-propre ne peut s'en accommoder , et il lui faut quelque chose de plus. De là vient que nous aimons à nous tromper par de flatteuses images que nous nous faisons de nous-mêmes , et qui nous représentent à notre imagination tout autres que nous ne sommes. Fausses peintures qui nous plaisent , et dont nous nous occupons 5 dont nous nous infatuons 5 où nous portons tous nos regards 5 et où nous les arrêtons. Car de nous considérer nousmêmes dans la vérité , et pour cela de rentrer en nous-mêmes ; de nous examiner à fond ; de bien démêler , s'il est permis de parler ainsi , dans le champ de notre âme ^ le bon et le mauvais grain ; c'est ce qui nous humilieroit 5 parce que c'est ce qui nous mettroit devant les yeux des taches qui nous blesseroient la vue ^ et ce qui rabattroit les idées favorables que nous avons conçues de nos avantages et de nos perfections. Comme donc nous avons de la peine à nous humilier , nous avons la même peine à nous détromper de l'opinion , quoiqu'erronée, que nous nous sommes formée de nous-mêmes. Or, une vertu solidement et vraiment chrétienne nous guérit de cette illusion : comment? parce que dès que c'est une vertu solidement chrétienne 5 c'est une vertu humble , et que l'humilité nous empêche de nous élever au-dessus de nous-mêmes , et nous dégage de toutes ces pensés vaines qui emportent les âmes foibleSj et où elles s'évanouissent. D'où il arrive que nous sommes alors plus disposés à juger sainement de notre

état ; à reconnoître de bonne foi nos imperfections et nos défauts ; à voir ce qui nous convient , et ce qui ne nous convient pas 5 de quoi nous sommes capables 5 et de quoi nous ne le sommes pas ; à dire enfin , avec le prophète royal : Seigneur^ Ps iSo i. mon cœur ne s^est point enflé ; je m^en suis tenu à ce que j^étois ^ et je ne me suis point égaré en de spécieuses chimères^ ni dans une présomptueuse estime de moi-même. Qu'une telle disposition mai^que de fermeté et de sagesse 1 mais qu'elle est rare ! et Texpérience ne nous convainc-t-elle pas tous les jours qu'il n'y a presque personne dans îa vie ^ et dans toutes les canditions de la vie, qui veuille de la sorte , ni qui sache se rendre à soi-même la justice qui lui est due ?

2. Ne vouloir point être estimé des autres au delà de ce qu'on est. Malgré les^ déguisemens et les artifices de la nature, qui nous cache nos foiblesses et notre peu de suiFisance , nous ne laissons^ pas souvent de les apercevoir : mais quelle est notre ressource? c'est de le dérober, autant qu'il nous est possible à la cannoîssance du public. Nous voulons qu'on nous estime ^ qu'on nous traite avec honneur, qu'on nous fasse montera certains rangs, qu'on BOUS donne certaines places, comme si rien ne nous nianquoit pour cela , et que nous eussions droit d'y prétendre. Si l'on nous témoigne le moindre mépris, nous en sommes outrés de douleur; sr quelqu'un obtient la moindre préférence sur nous, BOUS éclatons en plaintes et en murmures ; si l'on entreprend de nous faire, sur quelqu' article , la moindre remontrance, nous la prenons pour une

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injure ^ et nous nous en offensons. Quel seroît le remède ? cet esprit droit et chrétien , dont il est ici question p Avec ce fond d'équité et de droiture , on ne cherche point à paroître ce qu'où nVst pas^ ni à se faire valoir plus qu'on ne vaut. T' 1 qu'on se connoît, tel on consent d'être connu > sans aiubitionner des titres , des honneurs , des distinctions qu'on sait être au-dessus de soi.

i>( s prêtres et des lévites furent envoyés de Jérusalera à Jean-Baptiste , pour lui demander s'il étoit le Messie, ou du moins s'il étoit Eiie; maïs, en deux mots , il se contenta de leur répoudre Joan. I. 31. nettement et simplement : Je ne suis ni Vun ni Vautre. Ils insistèrent ; et le pressant de s'expUquer : Qui êtes-pous donc y lui dirent-ils, et quel témoignage rendez-vous de vous-même ! Mais lui, comme il étoit le précurseur de Jésus- Christ, il se contenta encore, avec la même sincérité et la même simplicité, de se faire connoître par l'office dont il étoit chargé, et dont il s'acquittoit : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert y préparez le chemin au Seigneur. Excellent modèle ! mais qui est-ce qui le suit ? et où trouve-l*on cette candeur d'âme, cette modestie à l'épreuve des plus fortes tentajtions ? C'est une des plus J)elles vertus, c'est line vertu héroïque, mais bien peu commune. Une justice si rigoureuse n'est guère de notre goût , dès que c'est nouspiêmes qu'elle regarde.

Second PomT. Faire justice au prochain ; c'est faire intérieurement du prochain l'estiniie qu'il mér-

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rite 5 et du reste le voir sans peine dans le degré d'élévation où par son mérite ^ il est monté.

I . Faire intérieurement du prochain Testime qu'il mérite. Puisqu'il la mérite y cette estime , pour-* quoi la lui refusons-nous? c'est que la passion nous domine et nous séduit ; c'est que l'envie nous met un voile sur les yeux , ou qu'elle répand sur le mérite d'autrui un nuage qui l'obscurcit , et qui nous empêche de le découvrir ; c'est que la ma« lignité de notre cœur nous peint la plupart des objets avec de fausses couleurs , et qu'elle les diminue ou les grossit, selon qu'ils sont conformes à nos inclinations , ou qu'ils y sont opposés. Or , étant naturellement jaloux de notre propre excel-lence , il s'ensuit de là que nous sommes beaucoup plus enclins à rabaisser le prochain dans notre estime 5 qu'a le relever. Car y de nous en faire un portrait aussi avantageux qu'il devroit l'être , de reconnoître toutes ses bonnes qualités et toutes ses vertus 5 ce seroit^ ou l'égalera nous, ou même lui donner , dans notre esprit ^ l'ascendant sur nous ; et voilà ce que nous n'aimons pas- Que faisons-nous donc? Nous ayons, suivant le langage de l'écriture , un poids et un poids y une mesure et une mesure. Selon l'une 5 nous nous jugeons nous-mêmes avec toute l'indulgence possible; et selon l'autre, nous jugeons le prochain avec une sévérité extrême. Tout ce qu'il y a de bien en lui ^ nous nous le représentons sous des images qui l'altèrent 5 qui l'afFoiblissent , qui le défigurent • et tout ce qui peut y avoir de mal ou de moins parfait 5 nous l'augmentons , nous l'exagérons • nous l'outrpns.

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Injustice que Jésus-Christ reprochoit , avec tant de raison , aux pharisiens : Comment vojez-vous une paille dans V œil de votre frère ^ tandis que vous ne voyez pas une poutre dans votre œil?

Ce n'est point là ce caractère de droiture dont Jean-Baptiste nous a donné ^ dans sa personne et dans toute sa conduite, un exemple si merveilleux. Dès que le Fils de Dieu paroît dans le monde ^ de quels sentimens d'admiration, de vénération, de religion , est-il rempli , et témôigne-t-il l'être pour ce Sauveur envoyé du ciel ! Quand nous àaurons ainsi nous dégager de toute préoccupation, de tout intérêt propre , ou que nous n'aurons point d'autre intérêt que celui de la vérité et delà charité, c'est alors que nous estimerons le mérite partout où il est , parce que nous n'aurons plus sur les yeux de bandeau qui nous le cache. Nousle verrons dans toute son étendue et dans toute sa perfection , et nous lui rendrons, au-dedans de nous-mêmes, le légitime hommage qui lui appartient. Mais cela suppose une piété bien épurée et bien détachée d^elle-^même : et comme il en est très-peu de cette sorte , il n'est que trop ordinaire à un nombre infmi de gens , dévots de profession , ou plutôt de nom, d'être les plus rigides censeurs du prochain, et de se rendre , dans l'usage de la vie , les plus dédaigneux et les plus méprisans.

:2. Voir sans peine le prochain dans le degré d'élévation où, par son mérite, il est monté. Il y a des mérites si évidens et si connus ^ qu'on ne peut se les déguiser à soi-même , et qu'on est forcé d'en convenir. Mais voici le comble de l'injustice.

CHRÉTIEN^ÎE. 3gi

Au lieu de dire^ comme saint Jean, C est à lui de croître ^ on voudroit disputer à un llomme la place qu'il occupe , et la lui enlever , quoiqu'on ne puisse néanmoins se dissimuler qu'il y est monté par la bonne voie, et qu'il a toutes les dispositions et toutes les conditions requises pour îa remplit dignement. On l'avoue , on en est persuadé ; mais, malgré cette persuasion et cet aveu , on ne le voit qu'à regret dans un rang, dans une dignité, dans un ministère où l'on aspiroit , et qu'on prétendoit obtenir, sinon par le mérite, du moins par l'intrigue et par la faveur. Car telle est présentement, plus que jamais, l'iniquité du monde. Le plus foible moyen pour s'y avancer, c'est le mérite : ce qui fait que, sans égard au mérite d'un compétiteur, ni à ses talens beaucoup supérieurs aux nôtres, on ne craint point toutefois d'entrer en concurrence avec lui , parce qu'on est appuyé d'ailleurs de puissans secours, et de patrons sur qui l'on compte et dont on se prévaut. Si donc il arrive qu'on ne réussisse pas, et que l'autre ait le dessus, quoique Ce soit une justice qui lui est faite, on en est vivement touché , et l'ont ne peut digérer sur cela son chagrin. Où est la raison? Où est la probité naturelle? Où est le christianisme? Rendons^ dit Uam. î3. le grand apôtre , rendons à chacun ce que nous lui devons ^ le tribut à qui est dû le tribut^ et Phonneur à qui est dû F honneur. Saint Paul faisoit cette leçon aux premiers fidèles, et leur prescrivoit cette règle à l'égard même des païens et des idolâtres : combien plus des chrétiens doivent-ils entr'eux l'observer? S'il a plu à la providence d'exalter

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€elui-ci p et de le placer sur le chandelier y quel droit a¥ons-nous de nous opposer à ses desseins? Si celui-là se trouve plus digne que nous du crédit où il est, et des emplois qu'on lui confie, soit dans Fégiise , soit dans le siècle , que ne lui cédonsnous de bonne grâce un avantage qui lui est si 24. 60. jQgtement acquis? est notre frère y qu'il croisse. Pour penser de la sorte , il suffit d'être homme : mais 5 à plus forte raison, c'est ainsi que pense une âme bien fondée dans les principes de révan-gile, qui est la droiture même, et la souveraine justice,

JEUDI

Jean-Baptiste perfectionnant les peuples par\ la confession des ^péchés,

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