SUR LE SACRIFICE DE LA MESSE
Oblatus est, quia ipse voluiU
ÏLa été offert; parce que lui-même Fa yaulu. En Isdie, c, 53*
C'est ainsi que parloit le prophète ^ dans une vue anticipée de Jésus-Christ offert à son Père , comme la victime du salut des hommes. Ce Sauveur du inonde , selon que le témoigne Tapôtre saint Paul , se présenta d'abord lui-même en entrant dans le monde. Quelques jours après sa naissance, il fut encore présenté par Marie , sa mère ^ qui le porta au temple , le mit dans les mains de Siméon , et fit hommage à Dieu de cet Enfant-Dieu 5 lequel devoit un jour, par sa mort, réparer la gloire de Dieu. Il arriva, ce jour; cette mort, la plus ignominieuse et la plus cruelle , fut concertée par les intrigues et la haine des Juifs ; cette hostie pure et sans tache reçut le dernier coup sur la croix , et fut immolée à Fhonneur de la divine Majesté. Tout cela , parce qu^il avoit été résolu de la sorte dans le conseil de la sagesse éternelle , et que le Fils du Très-Haut y avoit volontairement et librement consenti. Mais ce n^étoit point assez pour ce Dieu médiateur. Tout ressuscité et tout vivant qu'il est ^ U ne cesse point d'être victime } et c'est en cette
gualité de victime qu'il veut être offert , ou qu'il s'offre lui-riuême , par les mains de ses ministres, dans le sacrifice de nos autels. Sacrifice le plus excellent et au-dessus de tous les sacrifices ^ puisqu'il est d'un prix infini. Sacrifice unique , et où se rapportoient tous les sacrifices de l'ancienne loi 5 coname les figures , à la vérité , qu'elles représentoient. Sacrifice tout â la fois eucharistique , propitiatoire , impétratoire. En trois mots ^ qui comprennent tout le fond de ce discours 5 sacri^fice de louange , sacrifice de propitiation , sacrifice d'impétration. Sacrifice de louange , pour honorer Dieu ; premier point. Sacrifice de propitiation 5 pour effacer les péchés ^ et appaiser la colère de Dieu ; second point. Sacrifice d'impétratiouj pour obtenir les grâces de Dieu; troisième point. De tout ceci 5 noii3 apprendrons dans quel esprit nous y devons assister ^ quelle attention nous y devons apporter^ quels avantages , enfin, et quels fruits nous en pouvons et nQU$ eu de-^ vous retirer.
Premier point. Sacrifice de louange , pour ho-^ îîorer Dieu. Nous offrons à Dieu le sacrifice de nos autels 5 i, pour Fhonorer et le glorifier, comme souverain Seigneur ; 2. pour l'honorer et le rejnercier comme bienfaiteur .
I . Pour honorer Dieu , comme souverain Sei-^ gneur. C'est en. cette vue que Marie , dans le temple de Jérusalem, selon que je l'ai déjà remarqué, après s'être purifiée, présenta Jésus-Christ, Elle Qhéissoit ^ la loi, laquelle ordonnoit quÉ;
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tout premier né seroit présente à Dieu : pourquoi? afin de relever le suprême domaine de Dieu, afm de reconnoître soîenoellement que tout vient de Dieu ; par conséquent que tout est à lui , et que la gloire de tout lui doit être rendue. Or, voilà ce que nous faisons en sacrifiant le corps et le sang du Sauveur ; car c'est un vrai sacrifice qui s'accomplit dans nos temples : l'autel , le prêtre , la victime , l'oblation , la consommation, rien n'y manque. Voilà , dis-je , ce que nous faisons , ou plutôt ce que fait le prêtre , plus immédiatement et plus parfaitement , en notre nom. Il offre, et quoi? c'est Jesus-Ghrist même. Il offre^ et à qui ? au Dieu tout-puissant et immortel. Il offre , et pourquoi? pour rendre à la souveraine Majesté un honneur souverain ; car de tous les honneurs, le plus grand est celui du sacrifice, et , par cette raison même , il ne peut être dû qu'à Dieu.
Il y a plus : mais parce que le sacrifice ne consiste pas seulement dans l'oblation , et qu'il consiste encore dans la consommation où la victime est détruite , le même ministre , après avoir présenté l'hostie , et l'avoir consacrée, la consomme; si bien, oserai-je le dire, qiie , selon son être sacramentel , Jésus-Çhrist meurt à ce moment, et est détruit lui-même. Pourquoi détruit de la sorte? Ah! mes frères, pour faire , bien moins par les paroles que par la pratique , cette grande protestation à son Père : Dieu du ciel et de la terre , Seigneur, vous êtes l'être des êtres, et devant vous tout autre être disparaît et n'est rien, Pro--
testation toujours glorieuse à Dieu^ de quelque part qu^elle vienne : qu'est-ce donc quand elle est faite aux dépens d'un Dieu et par un Dieu ? De là quelle leçon pour nous ! Quelle règle pour assister dignement au sacrifice de l'autel ! On nous trace là-dessus assez de méthodes : elles sont bonnes, et je n'ai garde de les condamner , pourvu qu'elles soient conformes aux intentions de l'église. Mais de toutes les méthodes , voici , sans contredit, une des plus solides : d'assister au sacrifice , en esprit de sacrifice , de nous y entretenir des plus hautes idées de la grandeur de Dieu , et des plus bas sentimens de notre foiblesse ; de nous unir au prêtre qui sacrifie , d'offrir avec lui la même victime, de nous offrir nous-mêmes avec Jésus-Christ : tout cela dans un vrai désir de glorifier ce premier Etre dont nous dépendons essentiellement, et qui seul est la fin de toutes choses , comme il en est le principe.
2. Pour honorer et remercier Dieu , comme bienfaiteur. L^infinie bonté de Dieu se répandant sur nous par tant de bienfaits, il étoit juste qu'il y eût, dans la religion, un sacrifice d'action de grâces. Or, tel est le sacrifice de nos autels. Le prêtre nous le fait bien entendre, lorsqu'au milieu des saints mystères , avant que de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ, il nous avertit expressément de rendre grâces au NSeigneur notre Dieu. Car il est, ô mon Dieu, continue -t- il, de îa droite justice, et de l'équité la mieux fondée, que partout et en tout temps on vous remercie , on vous loue, on vous bénisse en mémoire de^
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VOS dons. Sacrifice qui, clans sa valeur, égale au moins et même surpasse communément tout ce que nous avons reçu ou pu recevoir de la libéralité divine. Celui qui n^apas épargné son Fils^ mais Rom. c e qui Fa li^^ré pour nous ^ ne nous a-t-il pas tout donné avec lui ? G'étoit le raisonnement de l'apôtre; et, suivant cette règle, je dis : Nous sommes redevables à Dieu de tout, puisque nous tenons tout de lui , il est vrai ; mais de lui présenter son Fils , n'est-ce pas lui rendre tout , et que peut-il au delà demander de notre reconnoissance.
Pensée capable d'occuper utilement et saintement une âme , dans toute la suite du sacrifice où elle est présente. Elle repasse dans son souvenir les bienfaits de Dieu : elle ne les peut compter, parce qu'ils sont sans nombre ; mais elle en est comme toute remplie au<ledans d'elle-même, et comme tout investie au-dehors. Insolvable de son fond , elle sent sa pauvreté et sa misère , elle lareconnoît et s'en humilie. Que ferai-je donc, dit-elle avec le roi prophète? que donnerai-je Ps.xv:^-. au Seigneur ^ pour tout ce qu^il m^a donné?
Mais là-dessus elle ne demeure pas long-temps incertaine. Elle a devant elle une ressource prompte et la plus abondante : c'est la précieuse victime immolée sur l'autel. Elle prend le calice du salut; selon l'expression du même prophète , et, pleine de confiance en le présentant, elle se croit auprès de Dieu quitte de tout, du côté de la reconnoissance. De quels sentimens au reste accompagnet-elle cette offrande ? de quelle gratitude et de quel zèle pour la gloire d'un Dieu si libéral envers elle, et si bon ?
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Second poiist. Sacrifice de propitiation ^ pour efiacer les péchés et appaiser la colère de Dieu, îl Fappaise ^ soit à Fégard des vivans ^ soit même à Fégard des morts.
I . Sacrifice de proplliation pour les vivans/ Nous im doutons point que le sacrifice de la croix ^ n'ait été un sacrifice de propitiation 5 où le Sauveur des hommes a versé son sîang, et est mort pour effacer les péchés du mondes et pour appaiser soil Père justement irrité contre nous. Or , le sacrifice de Fautel est le même que celui de la croix : c'est la même hostie 5 le même corps et le même sang de FHomme-Dieu , et ^ par une suite nécessaire ^ c'est la même efficace et la même vertu; avec cette différence néanmoins 5 que le sacrifice de la croix fut un sacrifice sanglant 5 au lieu que celui-ci est non sanglant. Ainsi le décide ^ en termes formels , le saint concile de Trente , nous donnant à connoitre, et nous enseignant que Jésus- Christ n'a pas voulu que son sacrifice se terminât k la croix : mais qu'étant prêtre dans toute l'éternité, et prêtre selon l'ordre de Melchisédech , il $'est proposé deux choses : l'une , que le même sacrifice se perpétueroit dans l'église , jusqu'à la consommation des siècles ; et l'autre 5 qiFil s'accompliroit sous les espèces du pain et du vin , comme c'étoit du pain et du vin que Meichisédech avait offert au Seigneur.
Doctrine appuyée sur cette parole du Fils de ÎJien, que rapporte saint Paul dans sa première 1. Cor. c. Il, épître aux Corinthiens : Toutes les fois que vous mangerez de ce pain^ et que vous boirez de ce
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calice y vous annoncerez la mort du Seigneur. Qu'est-ce à dire ^ vous annoncerez ? Ce n'est pas seulement à dire , vous rappellerez la mémoire de celte mort, mais vous la renouvellerez , et le mérite vous en sera appliqué. C'est donc dans le sacrifice de l'autel 5 comme sur la croix , que Jésus- Christ est une victime de propitiation pour nos péchés; et, cela posé, il seroit bien étrange qu'on éloignât les pécheurs d'un sacrifice institué pour eux et pour leur réconciliation. Soyons-y tous assidus: mais vous sur-tout, venez-y, pécheurs, et ne craignez point. De participer à ce sacrifice , par la communion dans un état de péché, c'est ce que l'église vous défend sous les plus grièves pei-^ nés ; mais d'y prendre part en y assistant , en le présentant , c'est j dans votre péché même , l'a vantage inestimable qui vous reste , et qu'il vous importe infiniment de ne pas perdre Venez dis-je , à cette piscine , où le ministre du Seigneur , pour votre guérison , donne le mouvement , non point à une eau salutaire , mais à un sang tout divin. Venez-y dans la même disposition que le publicain allant au temple et y priant. C'étoit un pécheur ; mais , dans la vue de toutes ses iniquités , il s'humilioit, il se confondoit , il se tenoit les yeux baissés , il se frappoit la poitrine : il disoit à Dieu : Seigneur , soyez-moi propice , à moi qui suis un pécheur. Voilà votre modèle. Il s'en retourna justifié ; et qui sait si vous-mêmes vous ne serez pas, comme lui , touchés d'une grâce toute nouvelle ? et si, par la force de votre contrition, d'ennemis que vous étiez, vous ne vous retirerez pas aiïiis de Dieu ?
1. Sacrifice de propltîatiori , même pour le$ morts- La preuve sur ce point la plus conyain-cante, c'est la pratique de l'église. Dans tous les temps elle a toujours offert le sacrifice pour les morts ; et de siècle en siècle nous produisons làdessus les témoignages les plus sensibles et les plus irréprochables. A remonter même juscju'au temps de l'ancienne loi , nous avons l'exemple du fameux Judas Machabée, et des sacrifices qu'il or-* donna pour ceux du peuple , qui , dans un san-^ glant combat , avoient été tués. L'église n'est pas moins attentive encore que la synagogue , aux be^ soins de ses enfans jusqu'après leur mort; et le sacrifice qu'elle offre pour eux , est bien d'un autre prix que toutes les victimes qu'on immoloit dans le temple de Jérusalem. Elle le sait , et elle sait de plus qu'elle a des voies sûres pour leur faire part du riche trésor dont elle est dépositaire. C'est donc pour cela qu'autant de fois que ses ministres célèbrent les saints mystères ^ elle veut qu'ils fassent une mention particulière des morts , di- Ccut. Miss, sant à Dieu : Souvenez -vous 5 Seigneur y de ceux et de celles qui nous ont précédés au tombeau^ et qui reposent dans le sommeil de la paix. Voilà à quoi je reconnois une mère charitable. Et que ïl'entrez-vous dans ces sentimens de compassion et de charité ^ vous que l'hérésie endurcit sur l'état de tant d'âmes que vous pourriez aider, et à qui vou^ réfusez votre secours ! Que la miséricorde ne vous rend-elle plus dociles , et ne vous fait-elle prêter plus aisément Toreille à une vérité que tant de voix vous annoncent , et où vos frères se trouvent
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si intéressés! Ne seroit-ce pas assez du seul doute, pour vous déterminer en leur faveur , et par quelle aveugle prévention aimez-vous mieux leur manquer, que de déposer vos erreurs?
Mais 5 que dis~je! et d'ailleurs, tout fidèles que vous êtes dans la créance , n'est-ce pas à vousmêmes, mes chers auditeurs, que je puis adresser le même reproche ? Catholiques dans la foi et par la foi y Fêtes-vous également dans les œuvres et par les œuvres ? Et , sans m'écarter de mon sujet^ vous savez quelle est l'efFicace du sacrifice de nos autels, pour le soulagement des morts et pour leur délivrance ; vous en êtes instruits : mais en avez-vous plus de zèle à les secourir ? Quel usage faite s- vous d'un moyen qui vous est si facile et si présent ? L'injustice de votre part va encore plus loin ; et combien de fois arrive-t-il que ce qu'eux-mêmes , dans leurs dernières volontés 5 ils ont prescrit sur cela , par une sage prévoyance et pour le répos de leurs âmes, demeure sans exécution ? Pourquoi ? Par un oubli criminel , par une négligence afFectée , par une monstrueuse insensibilité. Hélas! des pères, des mères , des parens ordonnent ; des enfans , des héritiers s'engagent et leur promettent : mais, dès que la mort les a enlevés , et qu'on ne les voit plus, ordres, engagemens, promesses, tout s'évanouit.
Troisième point. Sacrifice d'impétration , pour obtenir les grâces de Dieu. Deux sortes de grâces que nous obtenons par ce sacrifice : i . grâces spirituelles; 2 grâces même temporelles.
I. Grâces spirituelles. Tout ce que Féglise demande à Dieu, c'est par les mérites de Jésus-Christ qu'elle le demande et qu'elle l'obtient. C'est pour-
ojjîc. eccl. quoi elle finit ainsi toutes ses prières : Par notre Seigneur Jésus-Christ votre Fils , qui vit et qui règne avec vous dans les siècles des siècles. Or 5 où peut- elle mieux 5 où peut-elle plus efficacement employer les mérites et la médiation de Jésus-Clnist 5 que dans le sacrifice de l'autel ^ où Jésus-Christ en personne est la victime , et où elle oiFre le vrai corps et le vrai sang de ce
Bel. c. 5. puissant Médiateur ? Dans les jours de sa vie mortelle , dit saint Paul , il fut exaucé par la révérence qui lui étoit due. Est-il moins digne , dans son sacrement , de ce même égard pour sa divinité ? et quand , en qualité de sacrificateur et de sacrifice tout ensemble , il s'intéresse pour nous 5 et qu'il prie , est>-il rien que nous n'ayons droit de nous promettre ^ et rien qui nous puisse être refusé ? surtout si les grâces que nous demandons par son entremise , sont selon les vues et l'esprit de Dieu. Car il y en a de différentes espèces : et celles qui regardant l'âme , son avancement , son salut , appelées pour cela grâces spirituelles , sont incomparablement au-dessus des autres.
Aussi est-ce particulièrement pour ces sortes de grâces 5 que l'église présente le sacrifice. Elle ne l'offre jamais , qu'elle ne demande pour tout le troupeau fidèle , et spécialement pour tous ceux qui assistent à cet acte de religion 5 qu'ils soient admis au nombre des élus 5 et préservés de la dam-
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nation ëlernelle ; qu'ils entrent un jour dans la société des saints, et que Dieu, dès ce monde les comble de toutes les bénédictions célestes ; que j par une conduite toujours innocente et pure, ils évitent tout ce qui pourroit les séparer de lui, et qu'une fidélité inviolable jusqu'au dernier soupir de la vie , les attache sans relâche à ses commandemens. Mais parce que ces demandes sont générales , et que , suivant les diverses occurences, nous avons plus de besoin , tantôt d'une grâce , et tantôt d'une autre , l'église encore , dans le cours du sacrifice , a autant de prières propres pour demander , tantôt une foi vive , tantôt un ardent amour de Dieu, tantôt la charité envers le prochain, ou l'humilité dans les sentimens , ou la patience dans les peines , ou la force contre les tentations; quelquefois l'extirpation des vices et des habitudes criminelles ; d'autres fois l'extinction des schismes et des hérésies ; chaque chose en détail , selon xju'elle est plus nécessaire dans les conjonctures présentes. Quelle matière à nos réflexions , dans ces momens précieux où un Dieu s'immole pour nous ! quelle occasion favorable ^ pour lui exposer chacun les misères et les besoins de notre âme ! Nous les éprouvons tous les jours, nous nous en plaignons amèrement. Nous nous plaignons, dis-je, du penchant de notre cœur qui nous entraîne, de la tyrannie de nos passions qui nous dominent , des il-= lusions du monde qui nous enchantent , de nos sécheresses, de notre indifférence pour Dieu et pour tout ce qui regarde son service , de l'instabilité de nos résolutions , du peu de progrès qu© T. IL aq^
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nous faisons. C'est un bien de ressentir nos maux; et ce seroit le dernier malheur de ne les pas counoître , et n'en être pas touchés. Mais si nous les ressentons, et si nous les déplorons sincèrement^ que ne courons-nous donc au remède ? que ne profitons-nous d'un temps ou nous pouvons , avec plus de fruit , réclamer l'assistance divine ? et que a^^c eccl n'assistons-nous à l'autel , tandis qu^on y exerce Voui^rage de notre rédemption ? n'est-ce pas là que se dispensent plus libéralement les grâces du salut ? et n'est-ce pas à ceux qui les demandent \ alors avec plus de recueillement , plus d'attention , plus de ferveur et de zèle , qu'elles sont accordées avec moins de réserve ?
2. Grâces même temporelles. Elles peuvent être l'objet de nos prières , et Dieu ne nous défend point de les demander. Dans la loi de Moïse , il y avoit des hosties qui étoient pacifiques, soit pour reconnoître les bienfaits de Dieu déjà reçus, soit pour en obtenir de nouveaux ; et ces bienfaits n'étoient communément, dans cette loi de servitude, que des avantages humains. David obtint, par des sacrifices, que son empire fût délivré de la peste qui le désoloit; Onias obtint de même la santé d'Héliodore ; et ainsi de bien d'autres dont il est parlé dans les saints livres. Or , suivant la pensée de saint Ghrysostôme et de saint Augustin , le sacrifice de la loi nouvelle contient éminemment, et réunit en soi , toutes les propriétés des anciens sacrifices : par conséquent il n'y a point à douter que Dieu ne Fagrée, lors même qu'il lui est offert pour des biens temporels , dès qu'ils ne sont point contraires aux
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desseins de sa providence. Saint Chrysostôme explique du sacrifice de l'autel , ces paroles de Fapôtre à son disciple Timothée : ^yez soin y je vous i.Tim c,^, conjure y qu^ on fasse des supplications^ des vœux, des demandes pour les rois et pour toufes les personnes d^un haut rang ^ afin que nous vivions ^ eux et nous y dans la tranquillité et la paix. Quand nous sacrifions à Dieu, et que^ sans effusion de sang , nous lui présentons la victime , dit saint Cyrille de Jérusalem, nous prions pour la prospérité des empereurs, pour le succès de leurs armes^ pour la guérison des malades , pour la consolation des affligés, pour quelque sujet que ce soit de même nature, où nous voulons attirer sur nous le secours et la protection du ciel.
Ce n'est donc point traiter indignement les sacrés mystères , ni les profaner , que d'employer les^ mérites de Jésus-Christ même à obtenir de telles grâces. Et n'est-ce pas ce que fait l'église, et ce qu'elle a fait dans tous les temps? Elle offre le sacrifice pour les fruits de la terre et la fertilité des campagnes , pour l'heureuse issue d'une entreprise et le gain d'un procès, pour le soutien d'une famille, pour la conservation ou le rétablissement de la santé, et le reste. En quoi nous ne pouvons assez admirer la condescendance toute paternelle et l'immense charité de notre Dieu. Il se prête , s'il m'est permis d'user de ce terme , et il veille a tous nos intérêts. Mais est-ce à lui que nous avon3 recours? Dans toutes les affaires qui nous surviennent, les patrons dont nous recherchons d'abord l'appui, sont-ce les ministres du
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Seigneur ? sont-ce les prêtres ? et parmi les moyens que nous prenons pour réussir , le sacrifice de nos autels est-il j comme il le de vroit être 5 notre première ressource ? C'est toutefois la plus convenable et la plus certaine • mais avec cette condition essentielle 5 qu'elle ne soit mise en œuvre que pour de justes causes et des intérêts légitimes. Car de présenter le sacrifice, ce sacrifice de louange, ce sacrifice de propitiation , ce sacrifice d'impétration de TofFrir, dis-je, pour avoir de quoi contenter nos passions, de quoi nourrir nos cupidités, de quoi flatter notre orgueil , de quoi fomenter tous nos désordres, ne seroit-ce pas Fusage le plus abominable? Ne seroit-ce pas de tous les abus le plus énorme ? Cependant , tout énorme qu'il est €t qu'il nous doit paroître, est-il sans exemple?