‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 77 sur 88 · QUATRIÈME JOUR · texte numérisé non relu

QUATRIÈME JOUR

Jésus-Christ conversant avec les hommes dans V eucharistie ^

SERMON

SUR LES ENTRETIENS INTÉRIEURS AVEC JÉSUS-CHRIST DANS LE SAINT SACREMENT.

In terris pisus est , et cmn hominihus conversatus est* îl s'est fait voir sur la terre ^ et il y a conversé avec les hommes. Baruc, c. 3.

Ge fut pendant sa vie mortelle que le Fils de Dieu parut sur la terre, et qu'il se fit entendre sensiblement aux hommes, en leur annonçant son

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évangile. Ce temps est passé; ce Dieu-Homme, depuis son ascension au ciel^ a disparu. Mais vous le savez , chrétiens ; il ne s'est point pour cela séparé de nous ; il ne nous a point quittés ; sa parole y étoit engagée ^ et il Favoit promis solennellement à ses disciples assemblés sur la montagne des Olives , pour y être témoins de son triomphe : car voilà^ leur dit- il ^ dans ce àitx- Mait, c. i%. nier adieu qu'il leur fit, voilà que je suis avec vous jusqu^à la fin des siècles. Il y est en effet; et, ce qui doit plus nous toucher, il y est comme un ami qui se communique à nous, qui converse avec nous , et qui nous permet de traiter nousmêmes et de converser avec lui. Pieux et saints entretiens ; sacrés colloques entre Jésus-Christ et Tâme fidèle ; que n'en connoissons-nous toute la douceur et les avantages inestimables ! Il ne tient qu'à nous, puisqu'il ne dépend que de nous d'en faire Fépreuve, et qu'on ne peut mieux les connoître que par l'expérience. C'est ce qui faisoit dire au prophète : Goûtez ^ et voyez combien Ps 31. le Seigneur est doux. Prenez garde ; il ne disoit pas : Voyez d'abord, et puis vous goiiterez; mais il disoit : Goûtez , et par là vous verrez , vous apprendrez, vous connoîtrez. Je viens donc vous inviter, mes chers auditeurs, non point encore à la table de Jésus-Christ, mais à son autel et devant ' son tabernacle. C'est là qu'il vous attend pour vous faire part de èes plus intimes communications, et c'est en son nom que je vous y appelle. Je viens vous expliquer quel heureux commerce vous pou^ vez avoir avec Jésus-Christ, soit en récoutaal ,

soit en lui répondant ; et pour vous proposer tout mon dessein en deux paroles, je veux vous apprendre comment Jésus- Christ nous parie dans son sacrement; premier point: et comment nous-mêmes 5 dans ce sacrement, nous devons parler à Jésus- Christ ; second point. Matière dont peut-être vous n'avez point été jusqu'à présent assez instruits . et qui mérite , par son importance y toute votre réflexion.

Premier point. Comment nous parle Jésus-Christ dans son sacrement. Il nous parle intérieurement, il nous parle affectueusement , il nous parle utilement , il nous parle à tous , et en tout temps. J'aurois , dans ces quatre articles , de quoi fournir à un discours entier. J'abrège, et je me contente d'en tracer ici une idée générale.

I . Il nous parle intérieurement. Il y a une voix de Dieu secrète et toute intérieure. Elle n'éclate point, elle ne fait, sur les sens, nulle impression; mais , imperceptiblement et sans bruit , elle va jusqu'à l'oreille du cœur , et se fait entendre à l'âme. Ainsi Dieu se faisoit-il entendre à Jérusa- Osèe, c, 2. lem : Je la conduirai dans la solitude ^ et là je lui parlerai au coeur. Ainsi se faisoit-il entendre au prophète royal , comme ce saint roi nous le Ps. 84. marque lui-même : J'écouterai ce que le Seigneur me dit au-dedam de moi-même* Ainsi le bon Joan. c. 10. pasteur se fait-il entendre à ses brebis : Je les connoisj elles me connoissent > et elles enten-* dent ma voix. Or , voilà comment Jésus-Christ nous parle dans son sacrement. Certaines lumières

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dont il éclaire l'esprit , certains sentimens qu'il excite dans le cœur : tel est son langage. Langage îîiiiet mais qui, dans un moment, en dit plus mille fois 5 et en apprend plus , que toute Téloquenee humaine n'en peut exprimer. Langage intelligible à l'àme fidèle , recueillie comme Magdeleine aux pieds de Jésus-Christ; et, selon la comparaison de l'écriture, recevant en silence la divine parole y comme une rosée qui découle sur elle , et la pénètre. Vous ne l'entendez pas, m^ondains, ce langage, vous ne le comprenez pas : pourquoi ? Parce que vous ne vous mettez jamais en disposition de l'entendre ni de le comprendre ; parce que vous êtes tout répandus au-dehors, et tout extérieiu-s ; parce que , dans la maison même de Dieu , et jusque dans le sanctuaire , vous ne savez point rentrer en vous-mêmes , que vous ne le voulez point; que, par mille pensées vaines et sans arrêt , par mille souvenirs, mille soins qui vous occupent, vous tenez toutes les avenues de votre cœur fermées à cette manne céleste. Mais ouvrez-le, autant qu'il est en votre pouvoir; mais appliquez-vous, et prenez toutes les mesures convenables pour vous l'appeler à vous-mêmes devant l'autel du Seigneur j et pour éloigner les obstacles qui vous rendent sourds à sa voix : ce ne sera point en vain. Ce qui n'étoit pour vous qu'obscurité et que ténèbres, se changera dans un plein jour ; ce que vous traitiez de repos oisif et d'heures inutilement consumées^ vous deviendra un temps précieux ; vous ferez vos plus chères délices de ce qui vous sembloit insipide et sans goût; et votre peine alors ne sera

plus de demeurer en la présence du sacrement de Jësus-Cliristj mais de vous en retirer.

2. Il nous parle affectueusement. Dans ce sacrement d'amour , peut-il parler autrement que par amour el qu'avec amour ? Il disoit à ses apôtres, dans la dernière cène, et dans ce long et admirable Jmn. tf. 1 5. discours qu'il leur tint: ne vous donnerai plus le

^nom de serviteurs ^ paroe que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître: mais vous êtes mes amis^ et comme ^ entre les amis, il n'y a rien de CdicYvé^ est pour cela que je vous ai découvert tout

' ce que y ai appris de mon Père, Voilà ce qu'il dit encore aux âmes dévotes qxii le viennent visiter, et voilà comment il se comporte à leur égard. En leur parlant, il accompagne , et , pour m'exprimer de la sorte, il assaisonne ses paroles de toute l'onction de sa grâce. Qui peut dire quels sont les merveilleux effets de cette onction divine? Est-il mie âme si froide, que tout à coup elle n'enflamme; une âme si dure, qu'elle ne fléchisse et n'attendrisse ; ime âme lente et si endormie, qu'elle ne remue, et dont elle ne réveille toute l'activité ? David, à la seule vue de l'arche d'alliance , sentoit son cœur tressaillir d'une sainte joie, et ne lapouvoit même tellement contenir dans le secret de son âme , qu'elle ne se communiquât jusqu'à sa chair et à tous ses sens. Du moment que Marie , enceinte de Jésus 5 et le portant dans ses chastes flancs , salua Elisabeth, Jean-Baptiste, renfermé lui-même dans le sein de sa mère, ressentit la présence de ce Messie, et tiit rempli d'une subite alégresse. Impressions viveS' et pénétrantes cfui ravissoient les

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saints, qui les transportoient hors d'eux-mêmes, qui les plongeoient dans les plus profondes elles plus douces contemplations; qui quelquefois leur faisoient verser des torrens de larmes; qui, sans fatigue , sans ennui , les attachoient devant l'adorable sacrement pendant les heures et presque les journées entières. Que votre parole est touchante , Seigneur! qu'elle est insinuante ! c'est ce que chante l'église dans l'olFice de cette fête. Mais hélas ! que sert-il que . Jésus-Christ nous parle , ou qu'il soit ainsi disposé à nous parler , si nous n'allons à lui, si nous ne nous rendons assidus auprès de lui ; si même nous le fuyons^ bien loin de le rechercher; et si 5 par le plus injuste et le plus faux de tous les préjugés , nous regardons comme une gêne de converser quelques momens avec lui ?

3. Il nous parle utilement : c'est pour notre bien. Et que nous dit-il en effet? de quoi nous entretientil ? des voies où nous devons marcher , et qu'il nous enseigne ; des écueils que nous devons éviter, et qu'il nous découvre ; des vaines opinions, des erreurs dont nous nous laissons préoccuper , et dont il nous détrompe; des degrés de sainteté, de perfection où nous pouvons , avec son secours , nous élever, et où nous sommes appelés. Il nous représente nos fautes , il nous reproche nos relâchemens et nos tiédeurs, il ranime notre ferveur et notre zèle. En quelque situation que nous nous trouvions , il s'y conforme , et il y proportionne ses grâces et ses inspirations. Manquons-nous de courage , il nous fortifie ; nous défions-nous de nousmêmes^ il nous rassure 5 dans nos délibérations^

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îl nous dirige ; dans nos incertitudes et nos irrésolutions 5 il nous détermine ; si nous sommes assaillis de la tentation ^ il nous soutient ^ si nous sommes affligés 5 il prend part à nos peines 5 et les adoucit ; tout cela par les vues qu'il nous donne , et les différentes considérations qu'il nous suggère. De sorte que l'âme^ sans bien savoir comment, se trouve tout autre qu'elle n'étoit. Elle apprend ce qu'elle doit faire 5 elle connoît de quoi elle doit se préserver 5 elle revient de ses illusions , elle gémit de ses chutes passées , elle aspire à de nouveaux progrès : son feu se rallume ^ ses forces renaissent ; ses craintes 5 ses doutes se dissipent. Plus de difficultés qui rétonnent , plus de troubles qui Fagitent j plus de chagrins qui l'abattent. Le calme règne dans cette âme ; tout y est en paix.

Que dirai-je même de ces faveurs plus particulières qu'elle reçoit quelquefois? Que dirai-je de ces élévations vers Dieu , de ces connoissances qu'elle acquiert de l'être de Dieu, des grandeurs de Dieu, des mystères ^ des conseils de Dieu ? Car , étant comme abîmée en Jésus-Christ, ne l'est-elle pas dans le sein de la divinité même ? et que n'y voit-elle pas ? Ce sonî là, j'en conviens, des dons extraordinaires : mais ces dons singuliers et si relevés , où les obtient-on ? et où doit-on plutôt les obtenir , que devant le sacrement d'un Dieu qui en est le dispensateur?

4. Il nous parle à tons , et en tout temps. Que disoit Moïse aux Israélites , leur annonçant la loi du Seigneur , et voulant leur faire connoitre la prééminence du peuple de Dieu au-desms de tous

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les autres peuples ? iVb/2 , s'ccriolt-il , il n^y a Beut c.t^, point de nation qui ait des dieux aussi proches d'elle que notre Dieu F est de nous , ni d\tn accès aussi facile pour elle ^ que notre Dieu F est pour nous. Le saint iégislateur ne faisoit , parmi le peuple , nulle distinction , ni des grands, ni des petits , ni des riches , ni des pauvres ; mais il leur donnoit à entendre que le Dieu d'Israël n'avoit acception de personne ; et cette admirable condescendance , cette égalité, où paroît-elle davantage que dans le sacrement de l'autel ? C'est là que Jésus-Christ nous parle , et qu'il nous parle à tous sans exception : nul n'est exclu de ces salutaires entretiens. Grands du monde , ce seroit , selon les vains sentimens de l'orgueil dont vous êtes enflés 5 dégénérer de votre grandeur et l'avilir, que de traiter avec les petits et avec les pauvres- Parce que la Providence les a réduits dans des états au-dessous de vous , et qu'il lui a plu de vous élever sur leurs têtes, à peine daignez-vous les favoriser d'un regard , Lien loin de les admettre auprès de vos personnes, et de vous familiariser avec eux. Prenez garde toutefois, et ne vous y trompez pas. L'entrée de vos palais leur est interdite , mais la maison de Dieu leur est ouverte : ce n'est point à la porte de cette sainte demeure -qu'ils doivent se tenir , ce n'est point aux derniers rangs que leurs places sont marquées, il leur est libre de s'avancer jusque dans le sanctuaire, et d'aller jusqu'aux pieds de J. C. Car il est toujours le Sauveur de tous les hommes, et ce qu'il ilisoit autrefois, il le dit encore : Laissez ces petits M^. e. lo/

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venir à moi; ce sont des pauvres : mais, ajoute- Luc. c. 4. t-il 5 c^est aux paupres que mon Père m^a empojé prêcher F Evangile. W les reçoit donc ^ il leur dispense îk parole du salut et de la vie éter- ! Belle : c'est même avec ces âmes simples et humbles

j qu'il aime spécialement à s'entretenir. Tellement

qu'il semble que moins il les a avantagés selon Fordre de la nature^ plus il se montre libéral envers eux, selon l'ordre de la grâce , et que moins il leur a départi de biens temporels^ plus il les enrichit de biens spirituels.

Vous me demandez s'il y a pour cela des heu-» res privilégiées , et des temps plus favorables les uns que les autres. Ah ! chrétiens 5 voici , dans une dernière circonstance , un nouveau trait de la bonté de notre Dieu et de son amour pour nous : comme Jésus-Christ nous parle à tous, il nous parle en tous temps. Les princes de la terre ont leurs heures et leurs momens , qu'il faut étudier avec soin 5 et souvent attendre avec une patience infatigable* Quelques paroles de leur bouche , voilà tout ce qui vous est accordé : il faut se retirer dans l'instant , pour ne se rendre point importun* / Encore ne s'cxplic|uent"-iis pas communément par

eux-mêmes : ils emploient des bouches étrangères qui vous parlent en leur nom , et vous dé-~ clarent leurs volontés. Il n'y a qu'un maître aussi bon que vouSj, Seigneur , avec qui Fon n'ait point tant de mesures à garder , ni tant d'obstacles à vaincre. Car avant que de s'introduire auprès d'un grand du siècle , ou auprès de ceux qui le représentent, par Fautorité- dont il les a revêtus^

DA^NS l'eucharistie.

commen y a-t-il de barrières à franchir? Vous seul 5 aimable Sauveur , êtes toujours prêt de me parler ^ non-seulement par vos ministres , mais immédiatement et par vous-même. La nuit , le jour ^ le matin , le soir , en quelque conjoncture que je me présente à vous , jamais vous ne refusez de vous communiquer à moi. Ma présence ne vous lasse point , ne vous importune point , ne vous rebute point. Si la piété me porte à prolonger le temps que je passe devant vous , quelque étendue que je lui donne , non-seulement vous n'en êtes point offensé^ mais vous vous en faites un plaisir ^ et vous m'en faites un mérite. Heureux^ si c'étoit là l'unique . ou du moins le plus ordinaire exercice de ma vie î

Second point. Comment nous devons parler à Jésus-Christ dans son sacrement. Parlons-lui, i. avec respect, 2, avec amour^ 3. avec confiance^ 4. avec persévérance. Quritre dispositions essentielles pour bien rendre à Jésus-Christ nos devoirs, et pour profiter de l'avantage que nous avons de le posséder dans le sacrement de l'autel 5 et de pouvoir l'y entretenir.

I . Avec respect. Le respect , à l'égard des grands du monde, va jusqu'à nous éloigner d'eux; ou , si l'on peut les approcher , du moins est-il du respect alors de se taire , et de ne leur point adresser la parole , qu'ils ne l'aient permis. Ce n'est point là le respect que Jésus-Christ exige de nous, puisqu'au contraire toutes les voies nous sont applanies pour aller à lui , et qu'il nous

JÉSUS-CHRIST CONVERSAIVJT

est libre de lui parler selon que nos propres intérêts et les sentimens de religion nous y engagent. Mais ce qu'il attend, et ce qui lui est bien dû, c'est, outre la composition extérieure du corps, le recueillement intérieur, et l'attention de l'esprit. L'un sert à l'édification , l'autre excite et nourrit la dévotion. Car, sans insister précisément sur l'outrage fait à Jésus-Christ, de quelle édification peut-il être? que dis- je ! quel scandale n'est-ce pas de voir des chrétiens , des fidèles, dans des contenances et des postures indécentes au pied de l'autel ou ils reconnoissent présent le Dieu qu'ils adorent? Est-ce ainsi qu'on lui parle ? est-ce ainsi même qu'on ose parler à un homme, à un prince de la terre ? Ce n'est pas assez ; d'ailleurs comment accorder avec cela, comment avoir et conserver ce recueillement , cette attention de l'esprit , cette dévotion si nécessaire dans un commerce aussi étroit que l'est celui de Jésus-Christ et de l'âme chré-tienne ? On parle à ce Dieu Sauveur sans lui parler ; c'est-à-dire , qu'on lui parle sans penser à ce qu'on lui dit , et sans le savoir. On prononce des prières, on récite des offices: ces prières en soi, ces offices sont bons et saints; mais dès que la réflexion y manque , qu'est-ce autre chose que des paroles qui frappent l'air , comme les sons d'une cimbale retentissante ? Si l'on se tient dans le silence et dans une espèce de méditation , c'est un silence paresseux , et une méditation vague , où l'esprit ne s^attache à rien, oii il s'égare sans cesse, où il reçoit tous les objets qui se présentent, et perd de vue l'unique objet dont il doit être occupé?

DANS l'eucharistie. /\6Z O que ne sommes-nous pénétrés , autant que Tétoit Abraham ^ de la grandeur et de la majesté du Dieu à qui nous parlons ! Je sais , disoit ce père des crojans, je sais à qui je parle ; je sais que c'est à mon Seigneur et k mon Dieu; et en présence d'uu tel maître, que suis-je, moi \ il insecte, moi cendre et poussière ? Cette idée, fortement et profondement gravée dans nos esprits , nous ariêteroit , nous fixeroit , nous absorberoit en Jésus-Christ.

2. Avec amour. Il est bien juste de rendre à Jésus-Christ amour pour amour; et si nous ne sommes absolument insensibles , pouvons-nous lui parler sans amour, dans un sacrement où il nous parle si affectueusement lui-même ! Peut-être cet amour n'est-il pas encore , dans nos cœurs , assez ardent ; mais faisons quelque effort pour l'y allumer. Demandons à Jésus-Christ même qu'il répande sur nous, et dans nouSj, quelques étincelles de ce feu divin qu'il est venu apporter sur la terre, et dont il veut qu'elle soit tout embrasée. Repassons dans notre souvenir tant de motifs capables de toucher les âmes les plus indifférentes, et d'en amollir toute la dureté. Pensons à la providence toute miséricordieuse , et à la charité d'un Dieu qui habite parmi nous , qui s'associe en quelque manière avec nous , qui se donne à nous ; qui n'a en vue que nous, dans le sacrement qu'il a institué , et qui n'y est que pour nous. Est-il \m cœur qui ne soit ému de ces réflexions ? et dès que le cœur s'émeut et qu'il commence à aimer, combien devient-il éloquent à s'expliquer! On se plaint quelquefois de la sécheresse où Vou T. IL 3o

4^4 JÉSUS-CÎÎRÎST CONTERSINT

se trouve dans les visites du saint Sacrement. Que fais-je là? dit-on; à peine y ai-je été quelque temps, que je taris tout d'un coup , et que je n'ai plus rien à dire. La réponse est prompte et courte : Aimez ; ce seul mot comprend tout^ et satisfait à tout. Une âme éprise d'amour pour le divin Epoux 5 ne manque point de sentimens qui l'appliquent, qui la remplissent 5 qui l'affectionnent. Il n'y a 5 pour elle , ni ennui ni dégoût à craindre. Plus elle parle à son Seigneur et à son Bien- Aimé^ plus elle veut lui parler ; et les heures , dans ce saint exercice , passent comme des momens. Tout le m.al est donc que nous n'aimons pas. De là l'extrême froideur où nous sommes ; mais d'où , avec la grâce de Jésus-Christ , avec plus de résolution et un peu plus de violence , il ne tient qu'à nous de sortir. Du reste , ô mon Dieu , quel renversement 5 quelle honte, qu'il nous faille des violences et des efforts pour vous aimer , et pour vous témoigner notre amour !

3. Avec confiance. En qui nous confierons-nous, si ce n'est en celui qui , dans son sacrement , veut être le pasteur de nos âmes, notre aliment, BOtre soutien, notre guide, notre refuge, notre intercesseur auprès de son Père , notre sanctificateur, notre salut ? Car c'est sous toutes ces qualités que nous devons considérer Jésus-Christ dans les secrets entretiens que nous avons avec lui. Parlons-lui comme à notre pasteur : Je suis de votre troupeau, Seigneur, et c'est à ce troupeau Luc^c. 12. chéri que vous avez dit : Ne craignez point ^ parce qii^il a plu à votre Père célesté de çom

DANS l'eucharistie. Â65 destiner son royaume y et de vous le donner. En vertu, Seigneur, de vos mérites, je l'attends, ce royaume où je vous verrai sans voile , et où vous ferez rejaillir sur moi les rayons de votre gloire^ Parlons-lui comme à notre guide et à notre conducteur : Enseignez-moi vos voies ^ dirigez-moi ^ Ps. 2^ Seigneur y dans la route que je dois suivre^ et qui me doit conduire à vous. Parlons-lui comme à notre soutien et à notre protecteur : ous Ps. 1%. m^avez appelé ^ Seigneur ^ à votre église / vous m* y ùvez placé comme dans un pâturage fertile abondant. J^ous avez préparé pour moi une iahle y où je prends des forces contre tous les ennetnis qui attaquent y visibles et invisibles. Parlons-lui comme à notre médiateur : Ah ! Sei^ gneur, j'ai péché, je pèche sans cesse ; je suis Ps. w^. une brebis égarée : daignez me rechercher et me remettre en grâce. Parlons-lui comme à notre sanctificateur : C'est votre sacrement, Seigneur, c'est ce calice, ce i>in salutaire qui fait les vierges y Zach, c. ■%% qui fait les saints / quand serai-je dé ce nombre? quand serai-je de c£ peuple choisi en qui vous mettez vos complaisances ? De vouloir parcourir ici tout ce qu'inspire une confiance chrétienne , ce seroit une matière inépuisable. Chacun sait son état, ses misères, ses besoins , ce qu'il voudroit corriger , ce qu'il voudroit obtenir ; et voilà ce que nous devons exposer à Jésus-Christ : lui développant tous les plis et tous les replis de notre cœur • lui confiant tous nos desseins , tous nos projets, tous nos désirs, toutes nos répugnances^ toutes nos inquiétudes, toutes nos peines. Non T. IL 3^^^

466 JÉSTJS-CÏÏÏlIST CON VERSANT

que par luî-même il ne connoisse tout cela; niaîs il aime que nous lui en parlions comme s'il l'igïîoroit, parce qu'il veut que nous lui marquions MOtre confiance. Ce n'est point par une abondance de paroles que l'on s'énonce : souvent la bouche lie dit rien 5 mais l'âme sent; et qu'est-ce que ce sentiment ? qu'il est touchant ! qu'il est consolant ! qu'il est efficace et puissant 1 A l'exemple de ce disciple favori qui reposa sur le cœur de Jésus* Christ) on s'endort tranquillement entre ses bras et dans ^on sein» Quel mystérieux sommeil ! quel repos !

4. Avec persévérance. On n'acquiert pas tout d'un coup une sainte familiarité avec Jésus-^Christ* Il y eut 5 pour le peuple d'Israël, des déserts à passer , avant que d'arriver à cette terre promise , où couloient le lait et le miel : et , pour une âme qui veut se former aux entretiens intérieurs avec le Fils de Dieu , et aux fréquentes visites de son divin Sacrement 5 il y a d'abord 5 ainsi que je l'ai déjà remarqué, des aridités et des dégoûts à soutenir. On n'est point encore fait à un exercice si sérieux ; et, parce qu'il en coûte pour cela, on se rebute et on quitte tout. Mais si l'on persévéroit • si l'on avoit la même constance que cet ami dont il est dit dans l'évangile , que malgré les refus de son ami , il se tenoit toujours à la porte , il appeloit toujours, et continuoit de frapper* alors, par une heureuse habitude , le goût succéderoit à Pennui* Car l'usage accoutume à tout ; et mille expériences BOUS font voir, que les pratiques dont on s'accommodoit le moins , et à quoi l'on ne crojoit pas ^

DANS l'eUGHARISTIE. ^Qj

pouvoir jamais s'assujétir , sont justement celles oii Ton se porte 5 dans la suite , avec plus d^àttraitv Mais , dès les premières difficultés qui se rencontrent 5 Fesprit se révolte , on demeure sans poursuivre ce qu'on avoit commencé y et Ton ne va pas plus loin. Hé! combien de conversations soutient-on dans le monde, qui déplaisent^ qui fatiguent? On le fait par honneur ; on le fait par une politesse et une bienséance mondaine : autrement ^ ce seroit détruire la société civile , ce ^seroit ne pas savoir vivre. Quoi donc, n'y aura~t-il qu'eu matière de piété , et qu'à l'égard de Jésus-Christ ^ qu'on n'apprendra point à se captiver , au moins pendant quelque temps , et qu'on manquera de persévérance ?

C'est à peu près le même reproche que fit le Sauveur du monde à ses apôtres : V^gus n^avez Mauh, c- ^. pu veiller seulement une heure avec moi. De là^ permettez cette expression; de là, dis-je, cette affreuse solitude ou nous le laissons. J'entre dans le lieu saint ; et qu'est-ce y à mes yeux , que cette maison de Dieu? Je le répète, c'est un désert, et le désert le plus abandonné. Je porte de tous côtés ïa vue , et nul ne se présente à moi. Personne en la compagnie de Jésus-Christ , personne qui rende ses devoirs à Jésus-Christ , personne qui s'entretienne avec Jésus-Christ. Dans la surprise où cela me jette , je me demande à moi-même : Où est-ce que je suis? est-ce ici le temple du Seigneur? est-ce là l'autel où il réside ? est-ce îàson sanctuaire^ son tabernacle? Si c'étoit le palais d'un roi, j'y verrois une cour nombreuse. Si c'étoit un lieu de

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spectacle 5 j'y verrols une foule d'auditeurs et de spectateurs. Si c'étoil une académie de jeu , j'y verrois une multitude assemblée et tout occupée d'un vain passe-^temps : mais c'est la demeure du pieu de l'univers , et je l'y trouve seul ! Quelle indignité ! quel opprobre I

Quoi qu'il en soit , chrétiens auditeurs ^ ne perdons pas un avantage aussi estimable qu'il l'est , de pouvoir converser avec Jésus-Christ. C'est un honneui: que nous ne pourrions acheter trop cher. Quand donc il nous est accordé si libéralement^ combien sommes-nous coupables de le négliger : Allons écouter ce Dieu Sauveur ^ et lui répondre : il nous sera permis en même temps de lui faire nos demandes ^ et il ne refusera point de nous jbonorer lui-mcme de ses réponses. Alors nous pourrons dire , comme l'apôtre : Notre conversation Mhiiip. c. ^.est dans le ciel^^ puisqu'elle eat avec le Dieu du cisL,

J.-C. TSfOURR. LES AMES DANS l'eUCHAR. 4^9,

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