que les progrès d'we âme sont quelquefois iusenj
BANS l'euCHARISTIS. 4??
sibles, de même qu'une jeune plante croît, sans qu'on le remarque , d'un jour à un autre ; et que ces progrès qui tout d'un coup ne se font point apercevoir 5 n'en sont pas moins véritables ni moins réels ^ 4- enfin que sur les fruits qui suivent la communion, comme sur les dispositions qui la précèdent, ce n'est point tant nous-mêmes que nous devons croire, que le ministre qui nous connoît et qui nous gouverne. Principes solides et certains ; principes aVec lesquels nous pourrons nous conduire prudemment dans une des pratiques où il nous faut plus de circonspection et de réflexion.
Second point. Usage de la communion , trop rare dans les autres. Ou ce sont des pécheurs , j'entends des pécheurs pénitens , ou ce sont des justes. Or, ce que j'ai dit autrefois de la fréquente confession, je le dis ici de la fréquente communion* Elle est utile aux uns et aux autres ; et par conséquent, ni les uns, ni les autres, ne doivent se tenir trop long-temps éloignés du sacrement.
I. Fréquente communion utile aux pécheurs. Je parle de ces pécheurs qui se sont reconnus^ et sont retournés à Dieu. Ce sont des morts ressuscités : car ils étoient morts selon Dieu, et la pénitence leur a rendu la vie. Mais, quoique vivans, ils se ressentent encore des blessures mxorteîles qu'ils avoient reçues : elles ne sont pas tellement guéries, qu'il ne leur en reste une foiblesse extrême. Cependant, tout foibles qu'ils sont, ils ont, pour ne pas retomber, bien des ennemis à combattre 5 et bien des efforts à faire. Ils ont , de
leur part, des passions qui les dominent^ des haLî^ tudes qui les tyrannisent, de malheureuses concupiscences qui les attirent. Ils ont , de la part du monde, des railleries à essuyer, des respects humains à surmonter, des exemples à quoi résisteré. Combien ont-ils de tentations à repousser, de la part de cet esprit de ténèbres, qui les sollicite, qui les presse, qui tourne sans cesse autour d'eux, comme un lion rugissant^ pour les dévorer ! Ahl Seigneur, au milieu de tout cela, que feront^ls ? où iront -ils? Que deviendront toutes leurs résolutions? et, sans un secours puissant et présent^ que peut-on se promettre de leur persévérance? Or, ce secours, c'est vous-^même, Seigneur, c'est YOtre sacrement. Ainsi l'église nous le déclaret-elle formellement dans le concile de Trente, Car ce sacrement du salut, dit le saint concile, est comme un antidote le plus excellent , par où nous sommes tout à la fois, et purifiés des fautes journalières, et préservés des fautes grièves. C'est donc pour le pénitent un préservatif contre les rechutes. La grâce attachée au sacrement , est pour lui une grâce de combat; et l'effet propre de cette grâce, disent saint Cyrille et saint Thomas, est de dessécher en nous la racine du péché.: Elle réprime les aiguillons de la chair, elle amortit le feu de la cupidité, elle éteint les traits enflammés de l'ange de Satan, elle le met en fuite; et, suivant la pensée de S. Chrysostôme, elle nous rend terribles à toutes les puissances de l'enfer.
De là il est aisé de voir, si c'est une bonne conduite à Fégard du pécheur nouvellemeQt con-^
DANS l'eucharistie. 479 verti , de lui interdire Ptisage de la communion , jusqu'à ce qu'il ait rempli toute la mesure des œuvres satisfactoires qui lui sont imposées comme le juste châtiment de ses désordres. Est-il raisonnable, dit-on j et paroît-il convenir qu'un homme , une femme, à peine sortis du péché, osent entrer dans la salle du festin, et qu'ils viennent prendre place à une table toute sainte ? Ou est la bienséance chrétienne ? où est l'honneur dû au sacrement le plus vénérable ? Enfin, conclut-on, cette séparation même du corps du Seigneur est une pénitence. Mais je réponds , moi : Quelle pénitence 5 qui prive ce pécheur du moyen le plus nécessaire pour se maintenir dans l'état de sa pénitence ! Hé quoi! l'on veut qu'il demeure ferme et inébranlable dans son retour ^ qu'il détruise ses habitudes vicieuses, qu'il résiste à toutes les attaques, qu'il pare à tous les coups, qu'il remporte mille victoires, tout cela par la grâce divine 5 et on Féloigne de la source des grâces ! et au milieu des plus rudes combats , on le désarme î et lorsqu'il est plus à craindre que ses forces ne : viennent à défaillir, on lui soustrait le pain qui doit les réparer et le conforter! Il est vrai, et je veux bien toujoOTS m'en souvenir, c'est un pécheur : mais on n'entendit autrefois que les pharisiens murmurer et se plaindre que Jésus-Christ reçût les pécheurs, et qu'il mangeât avec eux. C'est un pécheur, mais âmi de Dieu, comme pénitent; raais rétabli dans la maison paternelle, et remis au nombre des enfans, comme le prodigue pour qui Pon tua le veau gras, après l'avoir revêtu d'une robe T, IL 3i
neuve. Dieu de miséricorde ^ c'est selon vos sentimens que je parle ^ et vous ne m'en désavouerez point. Gardons-nous toutefois de confondre les états. Distinguons le pécheur marchant encore dans la voie de la pénitence , et le juste depuis longtemps confirmé dans les voies de Dieu : ce que nous donnons à l'un, ne l'accordons pas indifféremment à l'autre ; mais faisons-en le discernement , pour distribuer à chacun sa portion. Le fidèle économe Mait. c. 24. de l'évangile , que le maître a établi sur ses domestiques ^ ne laisse manquer personne , mais il leur donne à tous la mesure de blé qu^ilfaut^ et dans le temps qu'ail faut,
:2. Fréquente communion , utile aux justes, soit pour se soutenir et ne pas reculer, soit pour faire toujours de nouveaux progrès, et pour s'avancer. Pour se soutenir, et ne pas reculer, en tombant dans un état de tiédeur; pour faire de nouveaux progrès, et pour s'avancer, en s'élevant toujours jusqu'à ce qu'ils parviennent au point de perfection où Dieu les appelle. Reprenons. Utile pour se soutenir , et ne pas reculer. Malheureuse condition de l'homme , que le poids de la nature corrompue assujétit à tant de vicissitudes! L'âme aujourd'hui la plus fervente , sentira demain son feu se ralentir. Après avoir aujourd'hui formé les plus beaux desseins , et s'être déterminée à tout , elle sera demain chancelante, indécise, irrésolue; les moindres obstacles l'étonneront ; et peu à peu elle commencera à déchoir, si elle n'a quelque ressource pour se réveiller de son assoupissement , et pour rallumer sa première ardeur. C'est pour cela que
DANS l'eucharistie.
saint Paul exliortoit tant les fidèles au renouvellement de r€Spiit5 qui est un renouvellement de zèle dans le service de Dieu , et pour le service de Dieu. Ce grand apôtre savoit que sans cela il n'y a point de piété si bien affermie en apparence, et si constante, qui ne s'altère, qui ne se démente j et ne dégénère enfin dans un relâchement oii l'on se laisse entraîner plus vite qu'on ne s'en relève.
Or, ce qui doit plus contribuer à ce renouvellement intérieur, c'est sans contredit, la communion fréquente. Pour peu qu'on ait quelque fond^ et de crainte 5 et d'amour de Dieu, il est difficile, quand on approche régulièrement de la table de Jésus-Christ^ il n'est pas même moralement possible, qu'mi pied de l'autel , où tout inspire le recueillement et la dévotion 5 on ne soit éclairé de certaines lumières, touché de certains sentimens, qui remuent une âme, qui la rappellent à elle-même, qui lui font voir les pertes qu'elle peut avoir faites, ou qu'elle est en danger de faire ; qui lui découvrent les pièges où elle pourroit s'engager, et dont elle doit se préserver ; qui lui reprochent divers manque, mens, quoique légers, et diverses infidélités, capables de la conduire par degrés à un attiédissement entier, et de la dérouter; qui lui suggèrent les mesures qu'il faut prendre pour prévenir une telle décadence, et pour ne se point écarter de son chemin; qui la piquent, qui l'encouragent, qui redoublent son activité et sa vigilance. Peut-être une communion n'opère-t-elle pas tout cela, mais celle qui la suit, achève l'ouvrage que l'autre a commencé. Elles s^aident mutuellement, et contri-
buent de la sorte à entretenir la santé de l'âme , de même que de bons alimens, pris à des temps réglés, entretiennent la santé du corps. Parce que ces troupes qui marchoient à la suite de Jésus-Christ , n'avoient pas eu soin de pourvoir à leur nourriture , et que tout ce peuple avoit passé trois jours sans manger : le Sauveur du monde craignit , ou parut craindre , que dans l'affoiblissement où ils se trouvoientj ils ne vinssent tout à fait à tomber , et qu'ils ne restassent en chemin. Dès que les Juifs se dégoûtèrent de la manne que Dieu leur envoyoit du ciel, l'écriture nous dit qu'ils furent sur le point de périr tous, et qu'ils allèrent jusqu'aux portes de la mort. Et quand on néglige la communion, qu'elle est trop rare , et qu'on est trop long-temps privé de la vertu du sacrement, bientôt le goût des choses de Dieu s'émousse; on se ralentit, on se dérange à l'égard de tous les autres exercices, et insensiblement l'esprit de piété s'éteint. Aussi est-ce par là qu'on a vu bien des personnes se relâcher. La fréquentation des sacremens les gênoit; c'étoit un frein qui les captivoit et les retenoit. Elles ont peu à peu secoué le joug, et, s'émancipant la-dessus, elles se sont émancipées sur tout le reste.
Mais je dis plus, et j'ajoute: fréquente communion utile aux justes , non seulement pour se soutenir , et ne pas reculer , mais pour faire plus de progrès, et pour s'avancer. Car, selon la maxime de tous les pères et de tous les maîtres de la vie spirituelle , dans les voies de Dieu , le juste ne doit jamais 3'arrêter , ni dire , c'est assez. La sainteté est un fond où l'on trouve toujours à puiser ;
DANS l'eucharistie. 4^3
c'est une vaste carrière , où il y a toujours à courir pour emporter le prix ; et voilà pourquoi le docteur des gentils , après les avoir convertis à la foi , leur recommandoit si expressément , tantôt de rechercher les dons les plus sublimes ^ x. Cor. c, \i. tantôt de prendre une voie plus excellente en- ihid. core que celle où ils avoient marché ^ tantôt de croître incessamment et de toutes manières en Ephes. c. 4. Jésus-Christ y jusqu^ à ce qu'ils fussent parvenus à Vétat d^ homme s faits. Or, comment l'âme juste peut-elle mieux croître en Jésus-Christ que par une union aussi étroite avec Jésus- Christ que l'est la participation de son corps et de son sang? Union en vertu de laquelle^ selon l'oracle de Jésus- Christ même , nous demeurons en lui , et il demeure en nous : et puisqu'il demeure , qu'il vit dans nous, conclut saint Jérôme, il s'ensuit que la sagesse , que la force , que la charité , que la piété , que toutes les vertus vivent dans nous avec lui et par lui ; qu'elles y agissent , et que , par les actes réitirés qu'elles produisent , elles nous perfectionnent de plus en plus 5 et nous sanctifient. Je ne puis donc mieux finir ce discours , qu'en adressant à tout ce qu'il y a ici d'àmes justes et fidèles , les paroles de l'ange au prophète Elie ; Ne vous trompez pas 5 ne pensez pas que vous soyez déjà au terme ; il vous reste bien du chemin à faire. Mais, 3* Re^^ c, 19 afin de ne vous point lasser dans la route, et de la poursuivre heureusement, ^r^/z^^ et mangez. îbid. Le pain que je vous présente , est le pain des forts. Elie obéit à l'ange: il mangea ; et , remis de toutes ses fatigues , il ne ce^sa point de mar-
484 JÉSUS-CHIIIST OUTRAGÉ
cher qu'il ne fat arrivé à la montagne d'Horeb, Puissions-nous , munis du divin aliment qui nous est offert ^ avancer nous-mêmes dans les sentiers de la justice chrétienne , et atteindre jusqu'au sommet de la montagne du Seigneur ! Ainsi soit-iL