SUR LES OUTRAGES FAITS A JÉSUS-CHRIST DANS LE SAINT SACREMENT
Saturahitur ojpprohriis*
Il sera rassasié d'opprobres. En Jérémie* Thren. c. 3*
Etoit-ce donc là le partage du Messie ^ de cet envoyé du ciel, le désiré des nations, et le sauveur promis au monde ? Est-ce à cela qu'étoit destiné le Fils unique de Dieu, égal à son Père, et Dieu lui-même ? N'etoit-ce pas assez qu'en se revêtant de notre humanité, il se fût revêtu de toutes nos misères ? etfalloit-il encore qu'il fût exposé à tant d'opprobres, de la part de ces mêmes hommes, pour qui il avoit quitté le séjour de sa gloire, et ëtoit descendu sur la terre ? Nous n'en pouvons douter, chrétiens auditeurs, puisque le prophète Tavoit ainsi prédit, et que Jésus-Christ même l'anïionça à ses apôtres en des termes si précis, lorsque y sur le point d'entrer dans Jérusalem^ il leur dit: MauJu €, f^oici que nom ùUons à JérusaUnt^ et ta tou^
DANS l'eucharistie. 4^5
ce qui est écrit du Fils de r homme y s^ accomplira. Il sera livré aux gentils ^ moqué ^ flagellé ^ couvert de toutes sortes d^ ignominies. J'ose dire néanmoins que la prédiction ne fut pas alors tellement accomplie, qu'elle ne se soit vérifiée tout de nouveau dans la suite des temps. Il est resté avec nous, et au milieu de nous, ce divin Médiateur. En nous privant de sa présence visible , il ne s'est point séparé de nous, et nous avons toujours le bonheur de le posséder dans son adorable sacrement. Mais, qui Jamais pourroit se le persuader, si nous n'en étions convaincus par la triste et malheureuse évidence des faits ? c^est là , c'est à l'égard de cet auguste mystère, qu'ont été renouvelés tous les opprobres de la passion de Jésus-Christ ; et n'est-ce pas là même qu'ils se renouvellent tous les jours? Que d'excès! que d'attentats ! que d'irrévérences! que d'outrages! Aquiviens-je adresser cette plainte? et à qui dois-je reprocher de telles abominations? Est-ce à ces déserteurs de la foi, que l'hérésie a suscités contre ce sacrement de nos autels? Est-ce à ces fidèles prétendus, qui, dans la pratique , et par la plus monstrueuse contradiction , démentant leur foi, déshonorent le sacrement qu'ils font profession d'adorer? C'est aux uns et aux autres : ennemis de l'église, enfans de l'église, hérétiques, catholiques, tous ont outragé le Seigneur dans ses tabernacles. Outrages éclatans et pleins de violence de la part des uns, ennemis déclarés de l'église: premier point. Outrages, quoique moins violens, plus sensibles encore , et plus piquans de la part des autres ; indignes enfans ; de l'église : second point>
Voilà , mes chers frères , ce que j'ai à vous mettre devant les yeux. Ce sont des horreurs que je devrois , ce semble , s'il étoit possible , tenir cachées sous le voile , et dérober à votre connoissance. Mais d'ailleurs il ne sera pas inutile de vous en retracer le souvenu^ : pourquoi ? non point précisément pour exciter dans vos cœurs une juste indignation ; non point pour déplorer seulement avec vous des profanations qui méritent toutes nos larmes : mais afin que vous compreniez toute la charité d'un Dieu , laquelle ne put être éteinte par la vue anticipée qu'il eut de^ tant de désordres, en se donnant à nous dans l'institution du sacrement de son corps ; mais afin que vous admiriez son invincible patience à souffrir tout cela et à le dissimuler , sans en tirer une vengeance aussi prompte qu'il le pouvoit , et que sa justice le demandoit; mais afin que vous preniez la généreuse résolution du prophète royal, lorsque, voyant le Dieu d^Israël offensé par un peuple rebelle 5 il s'écrioit , dans un saint transport de zèle : Ah! Seigneur, puis-je être témoin des injures que vous recevez , et ne les pas ressentir jusqu'au Ps 68. fond de l'âme ? Dans F ardeur du ressentiment qui me dévore , elles me deviennent comme per-sonne lie s ^ et elles retombent sur moi. Si je n'ai pu les arrêter, du moins je veux, autant qu'il est en mon pouvoir , les réparer , et c'est le dessein que je forme. Je me promets de votre piété , chrétiens , que ce sera 14 pour vous-mêmes le fruit de ce discours.