‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 82 sur 88 · SUR LA COMMUNION INDIGNE · texte numérisé non relu

SUR LA COMMUNION INDIGNE

Fcursum crucifigentes sibbnetipsis Filium Dei»

Ils crucifient tout de nouveau le Fils de Dieu dans leurs personnes. Aux Hébreux ^ c. 6»

En quels termes plus énergiques le grand apôtre potivoit-il s^exprimer, pour nous donner à connoître le crime de ces apostats, qui renonçoient la foi qu'ils avoient embrassée , et retournoient au judaïsme , après s'être soumis à l'évangile de Jésus- Christ ? C'étoit une infidélité , pour l'expiation de laquelle , dans la pensée du maître des gentils, il eût été nécessaire que le Fils de Dieu subît de nouveau le supplice de la croix, si, par les mérites infinis de son sang , ce Rédempteur des hommes n'eût pas également satisfait, et pour tous les péchés déjà commis, et pour tous ceux qui dévoient se commettre. Mais de quelque manière que les inter-

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prêtes entendent les paroles de saint Paul, elles ne vous conviennent que trop , sacrilèges profanateurs, qui 5 sans respect du sacrement où vous venez participer , apportez à la plus sainte Tablé une conscience criminelle, et vous rendez, par une communion indigne, coupables du corps et du sang d'ua Dieu, N'est-ce pas là, en effet, crucifier le Fils de Dieu? Non plus comme les Juifs, sur un bois inanimé et sans sentiment, mais dans nos personnes, mais dans nos âmes; et voilà, mes frères, l'affreux attentat dont je voudrois aujourd'hui vous donner toute l'horreur qu'il mérite. Matière d'autant plus importante , qu'il est plus à craindre qu'à ces temps de Faonée, où ia solennité des fêtes, la coutume des fidèles , et une bienséance chrétienne , nous appellent à l'autel du Seigneur , et nous engage à y recevoir le pain de vie , bien des mondains s'y présentent sans la robe de noces, je veux dire sans l'innocence absolument requise , et avec le péché dans le cœur. Or, pour entrer d'abord dans mon dessein, observez avec moi, s'il vous plaît, que quelque douloureux que fut le supplice de la croix où le Sauveur du monde fut condamné , il y eut après tout une circonstance essentielle qui dut lui en adoucir la rigueur , et la voici : G' est que ce supplice lui fut volontaire. Prenez garde; volontaire : pourquoi ? parce qu'il y trouvoit tout à la fois deux grands biens, qui dévoient être l'accomplissement de sa mission, comme ils en étoient la fin , savoir , la gloire de son Père , et le salut da l'homme : la gloire de son Père qui avoit été blessée , et qu'il vouloit réparer ; le salut de l'homme qui

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s'étoît perdu , et qu'il vouloit relever de sa chute , et sauver. Mais dans une opposition dont on ne peut assez gémir , nous allons voir quelle violence fait à Jésus-Christ le pécheur ^ par une communion sacrilège , puisque c'est tout ensemble , et l'offense de Dieu la plus griève ; premier point : et la ruine du pécheur la plus funeste ; second point. Plaise au ciel que ce discours vous inspire une crainte salutaire, et que, dans cette juste crainte, vous n'approchiez jamais du sacrement le plus vénérable, sans un sérieux retour sur vous-mêmes , et sans toute la préparation qui convient^

Premier point. Offense de Dieu la plus griève : d'où nous devons d'abord juger quelle violence le pécheur fait à Jésus-Christ , par une communion sacrilège. Il faut convenir que les Juifs se portèrent à d'étranges extrémités contre le Fils de Dieu , lorsqu'après l'avoir comblé d'ignominie , déchiré de coups, ils le crucifièrent enfin, et le firent expirer dans les douleurs et la honte d'une mort aussi infâme qu'elle fut cruelle : mais ce Dieu sauveur s'étoit soumis à tout cela , avoit accepté tout cela ^ avoit consenti à tout cela. La gloire de son Père ^ qu'il s'agissoit de rétablir, y étoit intéressée. Il le savoit, et il étoit touché de ce grand intérêt, par préférence atout autre. Cette seule vue devoit donc lui rendre toutes les souffrances de sa passion, non-seulement plus supportables, mais plus désirables.

Il est vrai que , dans le jardin , livrant son humaiiiié saiiiie à la tristesse , à la frayeur . m

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dégoût et à Fennui ^ il témoigna une extrême répugnance pour la croix qui lui étoit préparée, et qu'il demanda de ne point boire un calice si amer : mais c'étoit Fhomme qui parloit ; c'étoit , dans le langage commun , ce que nous appelons Fappétit sensitifj et la partie inférieure de l'âme , tandis que la raison supérieure et la yolonté agréoient tout et se résignoient à tout. L'événement le montra bien : dès que ses ennemis vinrent l'arrêter et se saisir de sa personne^ avec quelle ardeur alla-^t-il au-devant d'eux! avec quelle fermeté et quel courage se présenta-t-il à eux ! Rien ne l'étonna-, parce qu'il vouloit effacer ainsi l'injure faite à Dieu par le péché 5 et satisfaire à la justice du ciel. Mais il en va tout autrement dans une communion sacrilège. C'est là , pour user toujours de la figure et de l'expression de l'apôtre ^ c'est là que Jésus-Christ est crucifié j puisque le pécheur est une croix pour lui 5 et la pkis rude croix. Mais^ bien loin de rien apercevoir dans cette croix qui puisse tourner à l'honneur de la Majesté divine ^ il n'y voit qu'un crime 5 et le crime le plus énorme. Car qu'est-ce de communier indignement? quel abus du Saint même des saints ! quelle audace ! quelle perfidie î quelle hypocrisie l Je reprends ^ et suivez-moi.

I. Quels abus! ïl n'est rien que Dieu nous ait Ordonné plus expressément que le respect des choses saintes. C'est pour cela que ^ dans Tancienne loi 9 le peuple étoit exclu du sanctuaire ^ et qu'il îi'étoit permis qu'au souverain pontife d'y entrer* C'est pour cela que le même peuple d'Israël eut défense d'approcher seulement de la montagne où

DANS l'eucharistie. 5o3 le Seigneur devoit descendre et converser avec Moïse. C'est pour cela que du moment qu'Osa eut porté la main sur l'arche ^ et que ^ par un zèle indiscret ^ il se fut avancé pour la soutenir , il tomba mort à la vue d'une nombreuse multitude ^ et, par un châtiment si sévère et si prompt* répandit la terreur dans tous les esprits. Et n'est-ce pas pour cela même encore que l'usage des pains de proposition étoit interdit à quiconque n'avoit pas eu soin de se purifier ^ et ne s'étoit pas abstenu des plaisirs les plus légitimes? Or, je demande, qu'étoit-ce que ce sanctuaire ? qu'étoit-ce que cette montagne? qu'étoit-ce que cette arche d'alliance? qu'étoit-ce que ces pains de proposition? et jamais en tout cela , y eut-il , ou put-il y avoir rien de plus saint, ni même d'aussi saint, que le sacrement de Jésus-Christ , que le corps de Jésus-Christ , que le sang de Jésus-Christ? Voilà néanmoins ce que profane le pécheur sacrilège ^ par une communion indigne. Dans une même âme il allie ensemble le péché et la sainteté même. Union la plus monstrueuse et la plus abominable.

2. Quelle audace! Saint Jean-Chrysostôme ^ prêchant au peuple d'Antioche sur le même sujet que moi , leur disoit : Prenez garde , mes frères, et donnez-y toute votre attention. Comprenez de quel pain vous allez vous nourrir , et soyez-en saisis de frayeur. Il le disoit à tous sans exception , aux plus justes , comme aux autres ; et les plus justes en effet trembloient , s'examinoient , osoient à peine se présenter à l'autel : mais le pécheur sait s'affermir contre toute crainte 5 et , d'un pas

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ferme , d'un visage assuré , il s'ingère dans la troupe des fidèles. En vain lui fait-on entendre

I. Cor. Cr 10. ces paroles de saint Paul aux Corinthiens: V^ous ne pouvoz boire tout ensemble le calice du Sei^ gneur y et le calice des démons, f^ous ne pouvez avoir part tout ensemble à la table du Seigneur ^ et à la table des démons. Pécule z-vous irriter le Seigneur y et comme le piquer de jalousie? Etes-vous plus forts que lui ? En vain , soulevée malgré lui ^ et contre lui , sa conscience lui

^/;oc. c. 22 crie-^t-elle j avec Fange de l'apocalypse: Heureux ceux qui ont lavé leur robe dans le sang de V Agneau : mais loin dici y loin de ce saint lieu 5 enchanteurs y impudiques y homicides y idolâtres 5 fourbes et imposteurs ^ vous tous qui aimez le péché 9 et qui le commettez. Nulle considération ne l'arrête , tant il est résolu de ne rienécouter, et de franchir toute barrière. A la face du Dieu vivant , sans égard à la présence de Jésus- Christ j et sans hésiter , il se montre , il marche, il va recevoir , ou plutôt enlever le divin aliment qui n'est réservé qu'aux âmes innocentes et pures.

3. Quelle perfidie ! Judas trahit son Maître par un baiser ; et le baiser que donna au Fils de Dieu cet infâme disciple j eut-il rien de plus perfide qu'une communion où le pécheur , selon toutes les apparences , vient à Jésus-Christ en ami ^ pour se dévouer et s'attacher à lui du nœud le pins étroit et le plus intime ; mais , dans le fond , en ennemi , pour le vendre et pour le livrer ? A (lai livrer? aux plus criminelles habitudes^ aux plus sales passions , ^ux plus sensuelles et aux plus

DANS l'eucharistie. 5o5 brutales convoitises 5 à tous les vices d'un cœur corrompu , où il descend et où il est dans une espèce d'esclavage. Qu'est-ce que cet état pour un Dieu ? et qu'est-ce que de l'y réduire !

4. Quelle hypocrisie ! Ah ! chrétiens , ne sontce pas souvent ces profonateurs , qui affectent les plus beaux dehors ? Comme ce n'est point un principe de religion qui les fait participer au sacrement 5 mais un respect humain , mais une certaine coutume à quoi ils veulent satisfaire , mais un certain exemple qu'ils veulent donner y tout leur soin est , non pas de préparer leur âme 5 mais de se masquer et de se déguiser. Ils se prosternent 5 ils s'humilient , ils prient. Quand le Sauveur du monde y dans la dernière cène qu'il fit avec ses apôtres , leur apprit qu'un d'entr'eux avoit conjuré sa perte , Judas fut un des premiers à lui témoigner là-dessus sa surprise , et ne parut pas moins empressé que les autres à lui marquer son attachement et son zèle. Est-ce moi ^ sécvm-Matth, c. 26 t-il , est-ce moi ^ Seigneur 1 C'étoit en effet ce malheureux ; mais il craignoit d'être connu 5 et pour cela il pallioit ses sentimens, et se contrefaisoit. Plût au ciel, qu'entre les ministres de Jésus- Christ 5 il fût le seul à qui l'on pût reprocher une si damnable dissimulation ! Mais , hélas î puis-je sans horreur le prononcer ! le ministère même le plus sacré 5 n'a pas toujours été exempt des plus sacrilèges profanations ; il ne l'est pas encore. Le Fils de Dieu nous avertit de nous garder des faux prophètes , qui viennent à nous sous des toisons de brebis , et qui sont au-dedans d'eux-mêmes des

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loups ravissans. Daigne le Seigneur préserver son église de ces indignes sacrificateurs , qui , cou- Terts des saints vêteraens , montent à l'autel ^ y opèrent le divin mystère , le consomment dans leur sein , le dispensent de leurs mains , et cependant recèlent au fond de leurs âmes des mystères d'iniquité, qu'ils tiennent ensevelis, autant qu'il leur €st possible , en de profondes ténèbres j mais que Dieu voit, et que Jésus-Christ, juste vengeur de son sacrement , saura produire à la plus éclatante lumière , dans le grand jour de la révélation !

Or, pour reprendre ma première proposition, de tout ceci il est aisé de conclure ^ que ce ne peut être sans une sorte de violence , que Jésus-Christ voit à sa table un pécheur sacrilège , et qu'il souffre que le pain des anges lui soit administré. Aussi , selon la remarque des évangélistes, lorsqu'il aperçut Judas au milieu des apôtres, mangeant avec eux l'agneau pascal , et recevant comme eux le pain consacré , il en fut ému. Tout maître qu'il étoit de lui-même , il suivit le mouvement de son cœur y il se plaignit, il s'expliqua: nous ne pouvons nous en étonner ^ pour peu que nous concevions ce que c'est, dans son estime et par rapport à lui^ qu'une communion où toutes ses vues sont renversées 5 et qui y bien loin de contribuer à la gloire de son Père , ainsi qu'il se le proposoit , ne sert cpi'à l'offenser plus grièvement, ce Père céleste^ et qu'à le deshonorer. Je ne crains donc point de passer les bornes de la vérité la plus exacte , et j'ajoute 5 sans hésiter , que si ce Sauveur étoit «ncore dans une chair passible et mortelle y et

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qu'il dût, comme autrefois endurer une seconde passion et une seconde mort , rien de toutes les cruautés qu'exercèrent sur lui ses bourreaux, ni de tous les tourmens qu'il souffrit par la haine et la barbarie des Juifs , ne lui seroit plus odieux , et, en ce sens, plus douloureux, que le crima d'un chrétien, qui, par un sacrilège, profane le sacrement de son corps et de son sang. Voilà , Seigneur , ce que la malice des hommes vous réservoit. Vous ne fûtes crucifié qu'une fois au Calvaire : combien de fois Favez-vous été , et l'êtesvous dans vos temples , et jusque dans votre sanctuaire l

Second point. Condamnation et ruine du pécheur la plus funeste : autre conjecture qui nous donne à connoître quelle violence le pécheur fait à Jésus-Christ, par une communion sacrilège. Le Fils de Dieu ayant pensé à nous de toute éternité , et nous ayant aimés , il est venu parmi nous dans la plénitude des temps , et s'est chargé de toutes nos misères , non-seulement comme réparateur de la gloire de Dieu , mais comme rédempteur des hommes , et leur médiateur auprès de Dieu. Il est donc certain que rien , après la gloire divine , ne l'a touché plus fortement , que ce grand ouvrage du salut et de la rédemption du monde. C'est ce qui l'a attiré sur la terre ; c'est pour cela qu'il étoit envoyé 5 et c'est à quoi il a travaillé sans interruption jusqu'au dernier moment de sa vie. Or, ce salut qu'il avoit en vue et qui lui fut si cher , c'était k prix, ds sa croix, et de toutes

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les ignominies , de toutes les douleurs de sa passion : c'étoit là la fin où il aspiroit ; et souhaitant la fin avec tant d'ardeur , ce désir si vif et si empressé devoit lui faire prendre , avec moins de peine , le moyen nécessaire pour y parvenir. Mais quel est le fruit malheureux d'une communion sacrilège ? à quoi se termine-t-elle ? Je Fai dit : à la plus terrible condamnation du pécheur, et à sa ruine.

Car 5 prenez garde , il devient coupable devant Dieu du corps et du sang de Jésus-Christ, c'est l'expression de l'apôtre. De là, selon les termes formels du même apôtre , en mangeant le corps et buvant le sang de Jésus-Christ , il mange et boit son propre jugement. Pour comble de malheur, il tombe dans un affreux abandonnement de la part de Dieu : d'où suit enfin une mortelle indifférence pour les choses de Dieu et pour le salut, qui le conduit à la perte entière de son âme. Que dis-je! à la perte de son âme ! de cette âme si pi'écieuse à Jésus-Christ, de cette âme la conquête de Jésus- Christ et comme son héritage ; de cette âme que Jésus- Christ votiloit nourrir, conserver, avancer, élever à la gloire et à la béatitude éternelle , par l'efficace et la vertu de son sacrement. Hé quoi ! ce même sacrement qui devoit lui donner le vie, c'est ce qui lui donne la mort ! Ce même corps , ce même sang de son Sauveur, qui devoit le sanctifier, c'est, par l'abus qu'il en fait, ce qui l'infecte, ce qui la noircit, ce qm la rend abominable devant Dieu, ce qui lui imprime un caractère de réprobation , et qui la damne ! Dieu de mi--

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séricorde. Dieu rédempteur, quels sont sur cela Tos sentimens? Jamais vîtes- vous avec plus d'horreur la croix oii vous fûtes attaché , et tout le fiel dont-on vous abreuva, eut-il rien pour vous de si amer? Mettons ceci dans un nouveau jour, et expliquons-nous.

I . Il devient coupable devant Dieu, et par conséquent responsable à Dieu du corps et du sang de Jésus-Christ. Il en devient coupable ^ dit le docteur des nations, puisqu'il profane l'un et l'autre , puisqu'il traite indignement l'un et l'autre ^ puisqu'il ne fait pas de l'un et de l'autre le discernement qu'ils méritent par tant de titres. Et dès qu'il s'en rend coupable , il en est responsable à Dieu , puisque l'offense remonte jusqu'à Dieu même ; puisque c'est le corps et le sang du Fils de Dieu, puisque Dieu, jaloux de l'honneur de son Christ , et souverainement équitable , ne peut laisser impunis une profanation et un abus si énormes. Ce sang donc , ce sang qui coula sur la croix pour la justification du pécheur, retombe sur lui pour sa damnation. Ce sang, dont la voix, plus éloquente que celle du sang d'Abel , s'élevoit pour lui vers le ciel, et crioit miséricorde, crie vengeance contre lui. Quel changement ! quel renversement ! Qu'il se l'impute à soi-même. C'est toujours le même sang qui devoit être sa rançon ; mais à son égard , (je puis le dire , et les pères l'ont dit avant moi ) il en fait le plus contagieux et le plus subtil poison. C'est toujours le même Sauveur qui vouloit le défendre et lui servir d'avocat ; mais il en fait son témoin le plus irréprochable et son plus dangereux accusateur.

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2. En mangeant le corps et buvant le sang de Jésus-Christ , il mange et il boit son propre jugement. Et en effet y ce témoin 5 cet accusateur que le pécheur reçoit au-dedans de lui-même ^ et qu'il suscite contre lui-même , c'est en même temps son juge^ mais un juge ennemi^ mais un juge irrité, parce que c'est un juge outragé. Il n'est point besoin d'un autre tribunal que la table du Sei-^ gneur ; il ne faut point aller pbis loin. C'est là qme le crime se commet : il est sans excuse , il est constant et avéré. C'est donc là que le Seigneur, présent en personne., prononce sur l'heure, contre le criminel , le même anathème qu'il prononça, dans une pareille conjoncture, contre ce disciple qui le trahisssoit ; Malheur à cet hom- Matih.ii, 26. me ! malheur , parce que plus le sacrement qu'il viole est saint , plus il se rend coupable ; et que, plus il est coupable , plus le châtiment qu'on lui ihid. prépare sera rigoureux. Il poudroit mieux , pour cet homme ^ de n^être jamais né\ Jugement ratifié dans le ciel à l'instant même qu'il est porté sur la terre.

" 3. Il tombe dans un affreux abandonnement de la part de Dieu. De n'avoir par profité d'une grâce, et de l'avoir reçue en vain , c'est assez pour arrêter le cours de certaines grâces que Dieu nous destinoit , et pour Tengager à les retirer. Que serace de recevoir l'auteur de la grâce , le principe et la source de toutes les grâces , je ne dis pas inutilement et sans fruits, mais criminellement, maissacrilégement? Car il ne s'agit pas seulement ici d'une simple omission , d'une simple résistance

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à la grâce^ en ne faisant pas ce que la grâce inspire; mais d'un sacrilège actuel et formel y mais de l'attentat le plus noir , en profanant le divin mystère. Je dis de l'attentat le plus noir , parce que c'est souvent un attentat médité , prévu , concerté, fait avec connoissance et d'un sens rassis 5 malgré mille remords , malgré mille reproches intérieurs de l'âme qui répugne , qui hésite , qui voit à quel excès elle se laisse emporter , et à quoi elle s'expose. Après cela, nous paroîtra-t-il étrange qu'elle soit délaissée de Dieu , et livrée à ellemême. Ainsi le fut Judas , quand le Sauveur du monde , au moment qu'il eut communié, lui dit: Ce que vous avez résolu de faire , faites-le au Joan. c. i plutôt. Comme s'il lui eût dit : Je vous ai averti, je vous ai sollicité et pressé; rien n'a pu vaincre votre obstination : allez donc, et agissez; périssez, puisque vous voulez périr.

4. De là, indifférence mortelle pour les choses de Dieu , et pour le salut. Abandonné de Dieu , et privé des grâces qui lui étoient réservées , comment seroit~il touché de quelque chose par rapport à Dieu et au salut de son âme? Pour acquérir l'habitude d'une vertu , il ne faut quelquefois qu'une seule victoire qu'on a remportée sur soi-même, qu'une seule violence qu'on s'est faite, qu'un acte héroïque qu'on a pratiqué dans l'occasion. Or, il en va de même , ou à peu près de même , à l'égard du crime. Il y en a d'une telle nature , qu'il suffit de les commettre une fois , pour rompre tous les liens qui nous retenoient , et pour s'ouvrir une carrière libre dans les voies de l'ini- T. IL 33

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quité : on secoue le joug; on ne ménage plus rien. C'étoit en effet un joug pour plusieurs que l'obligation d'approcher du sacrement de Jesiis-Christ à certains temps de l'année où l'on ne pouvoit guère s'en dispenser : c'étoit un frein qui gênoit et qui incommodoit. La vue d'une communion prochaine troubloit, inquiétoit, engageoit à prendre quelques mesures pour calmer une conscience encore timide^ ou plutôt pour l'assoupir et l'endormir. Mais quand 5 fatigué de ces inquiétudes et de ces troubles, on a pris le plus court moyen de s'en affranchir, en communiant avec son péché, c'est alors que la passion émancipée, pour ainsi parler, et tirée de servitude, se livre à tout, sans règle et sans nulle considération. Une communion faite indignement, affermit contre la crainte d'une seconde , et en diminue riiorreur. De cette sorte on vit tranquille dans ses désordres ; on se sert même de hi communion comme d'un voile pour les couvrir et les tenir cachés. Ils se multiplient sans obstacle et presque à l'infini. Quel fond de corruption, où de jour en jour on se plonge plus avant , et on s'abîme ! Quelle impénitence commencée dans la vie , pour être , hélas ! par le plus redoutable châtiment, consommée à la mort!

Voilà donc , chrétiens auditeurs , pour vous remettre sous les yeux tout le plan de ce discours , et pour vous en retracer l'idée ; voilà l'extrême violence que le pécheur sacrilège fait à Jésus- Christ; voilà l'essentielle différence que j'ai marquée entre cette croix matérielle où il mourut par la GdBjuration des Juifs , et cette croix spirituelle

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où il est attaché par une communion indigne. Il accepta Tune d'une volonté pleine et parfaite , parce qu'il y envisageoit llionneur de Dieu et l'avantage de l'homme : mais il déteste l'autre^ il l'abhorre, parce qu'il y voit tout à la fois et Dieu déshonoré , et l'homme perdu. Dans le fort de sa douleur , ^ux approches de sa passion ^ il disoit à son Père, en se résignant : Que votre volonté soit faite y Lus. c 22. et non la mienne y qui doit se conformer à la vôtre j mais c'est ce qu'il ne peut dire ici ^ puisqu'une communion sacrilège ne peut être de la volonté du Père ni de la volonté du Fils. 11 ne lui reste que de renouveler la plainte de son prophète : C^est haie, c. 49. en vain que j^ai travaillé ; en vain y âme criminelle 5 que y ai consumé pour vous toute ma force. Je vous avois sauvée par la croix; mais le fruit de cette croix ^ où j'avois opéré l'œuvre de votre salut, vous le détruisez par une autre croix que vous m'avez dressée dans votre cœur. Plainte accompagnée d'une menace formidable : car 5 ajoute le prophète 5 ou Jésus-Christ même , dans la personne du prophète 5 le Seigneur y ce père toutpuissant , me fera justice. S'il tient maintenant ses coups suspendus 5 il aura son temps pour frapper , et son bras doit s'appesantir sur vous d'autant plus rudement , que c'est le sang de son Fils qu'il vengera.

Pensons-y, mes frères, et tremblons. Les jugemens de Dieu sont à craindre pour tous les pécheurs, mais surtout pour les pécheurs sacrilèges. Nous savons à quel désespoir Judas fut abandonné de Dieu, et à quelle fin malheureuse il s'abandonna lui-même ^ T. IL 33^

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après avoir profané le sacré mystère nouvellement institué. Il est moins ordinaire , j'en conviens, de le profaner d'une vue aussi délibérée ; mais de sV exposer, mais de se mettre là-dessus dans un danger évident et prochain , par l'extrême négligence avec laquelle on se présente à la sainte table, c'est ce qui n'arrive que trop fréquemment, et de quoi nous ne pouvons nous préserver avec trop de soin. Quelque bien disposés que fussent les apôtres, et quoique le Fih de Dieu leur eût lavé les pieds, en signe de cette pureté intérieure de l'âme qu'ils dévoient avoir, et qu'ils avoient en effet; toutefois, lorsque sur le point de les communier, il leur déclara, ainsi que je l'ai dit, qu'il y avoit un traître parmi eux , et un profanateur , ils furent saisis d'une crainte religieuse. Aucun ne présuma de lui-même, ni de son état; mais ils s'écrièrent tous en général, et chacun pour soi : Seroit-ce moi ^ Seigneur ? Prenons ce sentiment, sans rien perdre néanmoins d'une confiance raisonnable et chrétienne. Nettoyons, lavons, purifions notre cœur; effaçons, autant qu'il dépend de nous , avec le secours du ciel, jusqu'aux moindres taches : et du reste, malgré toutes nos précautions , défions-nous encore de nous-mêm^es, et ne comptons point sur nous-mêmes. Je vais à vous, Seigneur; je vais à votre autel où vous m'invitez , et où vous voulez vous donner à moi : mais comment y vais-je , et en quelle disposition ? vous le voyez mieux que moi , puisque vous me connoissez mieux que je ne me connois moimême. Ah ! mon Dieu, n'y a-t-il point dans mon âme quelque venin secret qui la corrompe? suis-je

DANS l'eucharistie. 5i5 dans votre grâce ? Je n'en ai point de certitude 5 mais du moins , ce que je sais, c'est que je souhaite d'y être, c'est que je veux y être, c'est que je crois de bonne foi n'avoir rien épargné ni rien omis pour y être. Voilà, Seigneur, tout ce que je puis de ma part; et vous, par votre miséricorde , vous suppléerez , comme je l'espère , à tout ce qui me manque,

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