SUR LES PROCESSIONS DU SAINT- SACREMENT
Ikipid et omnis domus Israël ducebant arcam testamenti Domini, in juhilo , et in clangore buccinœ,
David et toute la maison d'Israël condiiisoient l'arche du Seigneur , au milieu des cris de joie^ et au son des trompettes. Aux Rois y 2. c. 6.
Jamais le saint roi dlsraël, et l'innombrable multitude de peuple qui Taccompagnoit , ne furent remplis d'une joie plus pure , ni ne témoignèrent plus de zèle pour la gloire du Seigneur 5 que lôrsqu'avec l'appareil le plus pompeux , et parmi les acclamations publiques^, ils conduisirent l'arche du testament , et la placèrent dans la capitale de l'empire. Ce fut pour cette arche , après avoir renversé l'idole de Dagon 5 après avoir mis en dé-
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route l'armée des Philistins, après avoir attiré sur le pieux Obédon , et sur toute sa famille , les bénédictions du ciel, ce fut, dis-je, pour cette arche victorieuse, comme un triomphe. Tout Israël y applaudit ; tout Fair retentit de chants d'alégresse , et David ne ménagea rien pour contribuer à la célébrité de cette fêtç. Belle figure ^ mes chers auditeurs, qui dans une comparaison très-naturelle, nous représente ce qui se passe en ces saints jours , à l'égard du sacrement de Jésus-Christ. Qu'est-ce que ce sacrement adorable ? Dans la pensée des pèrep et des interprètes, c'est l'arche de la nouvelle alliance. Et comment l'église veut-elle surtout que ce sacrement soit honoré dans cette octave qu'elle a établie et qu'elle IjLii consacre ? On le porte publiqueipent et processionnellement ; toat le peuple fidèle s'assemble autour du char où il est élevé ; le concours est universel ; et voilà ce que j'appelle son triomphe. Religieuses processions et augustes cérémonies, dont je me suis proposé voup entre-tenir. Car , après vous avoir fait voir Jésus-Christ outragé dans son sacrenient , insulté, persécuté, crucifié, il faut maintenant, pour effacer de si tristes idées , VQus le faire considérer victorieux et triomphant. Ainsi les évangéliste^ , après nous avoir fait le détail des mystères de sa vie souffrante , et de toutes les ignominies de §a mort, îiQus racontent les merveilles de sa résurrection, et peignent à nos yeux la gloire de son ascension au ciel. Quoi qu'il en soit , voici , en trois mots, le partage de ce discours. Triomphe dçî Jésus- Christ dans l'eucharistie ^ triomphe le plu? glorieux
DANS l'eucharistie, par son éclat et sa solennité ; premier point. Triomphe le plus juste et le plus légitimement dii , suivant les intentions de l'église , et selon les motife qui l'ont engagée à Finstituer; second point. Triomphe le plus capable d'exciter le zèle des fidèles , et de re veiller les sentimens de leur piété; troisième point, J'ai cru le sujet assez important pour mériter une instruction particulière ; d'autant plus que c'est une matière qu'on ne vous a jamais peuttir e suffisamment développée dans la chaire , et dont il est bon que vous ayez une pleine conîioissance.
Premier point. Triomphe le plus glorieux par son éclat et sa solennité. C'est une réflexion bien vraie des maître^ de la vie chrétienne et spirituelle 5 quaad ils regardent et qu'ils nous font regarder l'entrée de Jésus-Christ ^ par la communion 5 dans une âme ^ surtout dans une âme pé-r îiitente, comme un triomphe. Cette âme, disent-ils, dégagée des liens du péché dont elle étoit esclave, et qui la tyrannisoit, devient, pour son Libérateur , comme une terre conquise. Il en prend possession ; il y établit son empire , et l'y affermit. Point d'inclination vicieuse qu'il ne réprime, point de passion qu'il ne tienne sous le joug. Ses volontés régknt tout ; tout obéit à sa loi , tout suit les mouvemens de sa grâce ; et plus il lui en a coûté d'efforts pour s'assurer une telle con^ quête 5 plus il a de quoi s'en glorifier : de sorte que les efforts même qu'il a faits , que le6 combats qu'il a livrés , ne servent qu'à relever le prix de
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sa victoire. Paissiez- vous , adorable Maître, régner ainsi dans nous et sur nous ! puissions-nous vivre toujours sous une si heureuse domination !
Cependant , chrétiens , ce triomphe est tout intérieur 5 et n'a rien qui frappe les yeux. Dieu seul et Pâme en sont témoins. Or, il falloit à Jésus-Christ un triomphe plus éclatant. Il falloit qu'une fois au moins , chaque année , il y eût un temps où il se produisît au grand jour , et il se donnât en
A. i3î. spectacle à tout le monde chrétien. Oui , Seigneur y levez-vous ^ vous y dis-je y et F arche que vous avez sanctifiée , qui est votre sacré corps. Sortez des ténèbres où vous vous tenez renfermé dans vos tabernacles, et montrez-vous. Autrefois vous traîniez après vous les quatre , les cinq mille hommes qui vous suivoient et vous bénissoient. Ce que ^ous avez fait dans les jours de votre vie mortelle et passible, vous convient encore mieux dans cette vie bienheureuse et immortelle dont vous jouissez.
CuïU.cB. Et vous, Filles de Sion y venez au-devant de rÉpoux céleste. Nation chérie entre toutes les nations , catholiques zélés , réunissez-vous , et, de compagnie , venez prendre part à cette pompeuse
ihid, et dévote solennité. Venez voir non plus le roi Salomon^ ceint du diadème^ mais le Roî des rois, maïs le Dieu de l'univers couronné de splendeur et de gloire»
Ce que je dis , c^est ce que Féglise ordonne, et ce qui s'exécute selon qu'elle l'a prescrit. De toutes parts on se rend au lieu désigné pour la marche ; on se dispose , on se range -, une nombreuse assemblée , ou ^ pour mieux dire ^ une nom-
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breiise cour se forme de tous les états et de toutes les conditions ; depuis le plus petit et le plus pauvre 5 jusqu'au plus puissant et au plus grand , jusqu'au prince ^ jusqu'au monarque. A l'aspect de la divinité présente ^ toute dignité disparoît ; et chacun , à l'envie , ne pense à se distinguer que par ses hommages et ses respects.
J^ai vu le Seigneur ^ disoit le prophète; ilétoit haie c. (5, assis sur un trône élevé. Des séraphins étaient autour du trône , et se couvraient de leurs ailes / ils répétaient sans cesse , et se crioient Vun à Vautre : Saint y saint , saint y le Seigneur y le Dieu des armées ; toute la terre est remplie de sa majesté. Ainsi les prêtres, comme ces anges qui, dans le ciel , assistent autour du trône et devant la majesté du Très-Haut, approchent du sanctuaire, prêts à exercer leurs fonctions. Les rues sont jonchées de fleurs, les maisons parées et ornées, les autels dressés sur la route , d'espace en espace , paur recevoir le Seigneur , et pour lui servir , en quelque manière , de repos. Enfin , le signal est donné; et c'est alors que de son temple part ce Dieu triomphant, et qu'il commence à se produire.
Il est au milieu de ses ministres, comme grand prêtre et pontife souverain. Il est sous le dais , comme roi du ciel et de la terre. On lui offre de l'encens, et il le reçoit comme Fils de Dieu, et Dieu lui-même. Le bruit même des armes se fait entendre, et Fhonore comme vainqueur du monde. Que de voix s'élèvent pour célébrer soa nom, et pour l'exalter! que de cantiques de louanges! que d'harmonieux concerts! que de bénédic-
lions ! que d'adorations ! tout s'humilie , tout se prosterne. Il me senable que je pourrois bien lui appliquer les belles et mystérieuses paroles du Ps, 18. prophète : lia établi sa demeure dans le soleil^ et il y paroit avec la même grçLGe qu^un époux qui sort de sa chambre nuptiale. Il a pris son essor comme un géant ^ pour fournir sa course ; e± , sur son passage ^ il répand le feu de tous côtés ^ et les rayons de sa lumière. Ah! chrétiens, que dis-jel et quel autre état tout opposé , quelle autre vue (vient me frapper Tesprit! quel parallèle ! Que cette marche est différente de celle qu'il fit dans la yiîle de Jérusalem 5 la Feille de sa passion! Là , il fut livré entre les mains des impies, et traîné avec ivioleince de tribunal en tribunal, comme un crimipej ; ici, il est dans les mains des ministres du Dieu vivant , qui le conduisent avec révérence , d'autel en autel , et l'y placent comme le saint par excellence, et le principe de toute sainteté. Là, poursuivi d'une populace animée , abandonné aux plus indignes traitemens d'une insolente et brutale soldatesque , il fut exposé aux injures les plus atroces , aux imprécations^ aux blasphèmes, à tout ce qu'inspirent la haine et une aveugle fureur : ici 5 révéré jusqu'à l'adoration , recherché avec empressement, invoqué avec une confiance chrétienne , il n'entend , et pour lui-même , et pour ceux qui le réclament, que des souhaits, que des vœux , que d'humbles actions de grâce , et de ferventes supplications. Là, envoyé à Hérodes, il comparut devant toute sa cour, et il y fut méprisé, moqué, traité de fou. De là renvoyé honteuse-
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ment, il comparut, pour une seconde fols, devant Pilate et son conseil , et il y fut accusé , jugé , condamné. Ici, dans les plus superbes cours, comme dans les campagnes et les bourgades; dans les ordres les plus élevés par la supériorité du rang et par l'autorité , comme dans les dernières conditions ; partout on s'acquitte envers lui du même devoir de religion, et Ton publie également ses grandeurs.
Il est vrai qu'il y eut un jour où les juifs euxmêmes^ lui déférèrent les honneurs du triomphe. Ils le reconnurent pour fils de David ; ils le proclaTmèrent roi d'Israël; ils coururent en foule l'accueillir avec des branches d'olivier et des palmes à la main ; ils se dépouillèrent de leurs vêtemens, et les étendirent sous ses pieds. Quelle inspiration les saisit tout à coup! quel subit mouvement les emporte! C'est ce que je n'examine point. Mais , du reste, ce ne fut là qu'un triomphe particulier , et ren- ,fermxé dans la seule capitale de la Judée; ce ne fut qu'un triomphe passager , à quoi bientôt succéda toute la confusion et toute l'infamie de la croix. C'est dans votre sacrement, Seigneur, que votre triomphe est universel et perpétuel. De l'orient à l'occident , chez toutes les nations éclairées de la foi , où cette sainte solennité n'est-eile pas en usage ? où , chaque année , ne se renouyeîiet-elle pas ? et , depuis son institution , où ne sub- 5iste-t-elle pas? Soutenons-la, chrétiens auditeurs, autant que nous y pouvons concourir; et reprochons-nous notre indifférence ou notre extrême délicatesse , quand nous négligeons d'y assister. On est si curieux de vains spectacks ; on donne si
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volontiers sa présence à des cérémonies mondai»nés ; on ambitionne d'y avoir place et d'y être remarqué : ayons du moins, à l'égard de celle-ci^ îa même assiduité et la même ardeur. Entre tous les motifs qui nous y engagent , la raison de l'édi« fication et de l'exemple peut nous suffire.
Second point. Triomphe le plus juste et le plus légitimement dû , selon les vues et les intentions de l'église en l'instituant. Que se propose l'église dans cette cérémonie? Que prétend-elle ? i. Reconnoître l'excellent don que Jésus-Christ nous a fait de son corps et de son précieux sang; 2. répandre les bénédictions célestes et les grâces que Jésus-Christ porte avec soi, et sanctifier spécialement tous les lieux où il passe , et qu'il honore de sa présence ; 3. confondre l'incrédulité des hérétiques, ennemis du sacrement de Jésus-Christ , et même , ce qui n'est pas sans exemple , faire naître , dans leurs esprits , des réflexions qui les touchent , qui leur dessillent les yeux , et leur découvrent enfin la vérité ; 4- l'éveiîler et affermir la foi des fidèlesr, souvent endormie, et par là même, ou chancelante^ ou moins vive et moins agissante. Je me borne là ; et je demande s'il est rien de plus raisonnable que ces intentions de l'église ^ et rien de plus conforme à l'esprit de Dieu? Exposons-les par ordre et appliquez-vous.
I. Reconnoître rexcellent don que Jesus-Christ îious a fait de son corps et de son précieux sang. Que ce soit le don le plus excellent, on n'en peut avoir le moindre doute , puisque c'est le corps
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et le sang d'un Dieu. Don d'autant plus estimable , qu'il est pleinement gratuit , et que rien, de notre part 5 ne nous l'a pu mériter. Or , une partie de la reconnoissance , est de publier le bien qu'on a reçu , d'en marquer une haute idée , et de l'employer à la gloire du bienfaiteur. Voilà pourquoi l'église redevable à Jésus-Christ d'un sacrement où sont contenues toutes les richesses de la grâce et de la miséricorde , et où réside corporellement la plénitude de la Divinité même , ne veut pas que ce soit un trésor caché. Sensible à l'amour et à l'infinie libéralité du divin Epoux qui l'eu a gratifiée , elle veut lui en faire honneur ; et pour cela , bien loin de l'enfouir , elle le montre dans les places publiques et le présente à la vue de tous les peuples; comme si elle nous adressoit ces paroles du prophète royal : F^enez^ et voyez cornbien le Seigneur a fait pour moi de grandes choses. Ce n'est pas seulement pour moi, ajoute-telle, qu'il les a faites, mais pour chacun de vous en particulier. D'où elle conclut, avec le même prophète : Allons donc ^ i^é jouissons-nous dans le Vs <^\. Seigneur ^ et faisons retentir de toutes parts des chants d^alégresse. Humilions-nous devant notre Dieu y adorons-le ; car c^est le grand JDieu ^ et nous sommes son peuple et les brebis de son troupeau.
1. Répandre les bénédictions célestes et les grâces que Jésus-Christ porte avec soi. Dans les entrées des princes , ils dispensent plus abondamment leurs dons. Il est de la majesté et de la grandeur rojale , que les peuples se ressentent de leur pré-
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sence , et que la mémoire de ces jours solennels se perpétue 5 non-seulement par la pompe et la magnificence qu'ils y étalent, mais par les largesses qu'ils accordent. Je sais que pour opérer ses merveilles , et pour exercer sa toute -puissante vertu ^ la présence de Jésus-Christ n'est point absolument nécessaire. Ce qu'il faisoit autrefois, il îe peut encore. Absent comme présent ^ il voyoit le fond des cœurs , il gagnoit les âmes y il chassoit les démons , il rendoit la santé aux malades y il ressuscitoit les morts ; et quand il dit à ce centenier qui lui demandoit la guérison de son ser- Maiih. c, 8. viteur , JHrai chez vous , et je le guérirai , cet homme plein de foi , lui fit une réponse aussi vraie qu'elle étoit humble : Seigneur , je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison ^ et il n'en est pas besoin. Prononcez une parole ^ c'est assez ^ mon serviteur sej^a guéri. Tout cela , chrétiens 5 est incontestable : mais d'ailleurs je puis ajouter que cette présence de Jésus-Christ , surtout dans unie cérémonie qui se rapporte toute à lui 5 l'engage spécialement à se communiquer , à ouvrir tous ses trésors , et à les faire couler avec moins de réserve. Il descendoit de la montagne ou il s'étoit retiré pour prier ; il s'arrêta dans la plaine , et là ^ de toute la Judée , une grande multitude le vint trouver . peuples , scribes , pharisiens 5 docteurs. Chacun s'empressoit autour de Luc c. 6, lui: pourquoi? remarque l'évangéliste: Parce qu^ïL sortoit de lui une vertu miraculeuse et bienfaisante. Cette vertu est toujours la même : la source est intarissable , et c'est dans les saintes visites du
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Seigneur, qu'il s'en fait une effusion toute nouvelle. Il n'attend pas pour cela que nous allions à lui ; mais il vient lui-même à nous , mais il paroît au milieu de nous , !et nous tendant le bras, il ne cesse point de nous dire : Puisez avec joie haie, dans les sources de votre Sauveur.
3. Confondre Tincrédulité des hérétiques. Ils ont tant déclamé contre le sacrement de l'autel 5 ils se sont tant efforcés d'en affoiblir la créance y et ont tant blasphémé cet adorable mystère , que l'église 5 après avoir employé , pour les convaincre 5 les plus solides raisonnemens , a crû devoir encore opposer à leurs clameurs , le magnifique appareil de cette fête. C'est un reproche sensible de leur obstination ; c'est un témoignage qui se présente aux yeux, et qui, des yeux, se communique à l'esprit , et peut faire impression sur leurs cœur?. Car le dessein de l'église n'est pas de les confondre j précisément pour les confondre , mais de les engager à rentrer en eux-mêmes, à revenir des préjugés dont ils se sont laissés préoccuper. Il me semble qu'elle leur dit à peu près, comme uîie mère toujours affectionnée et tendre , ce que saint Paul écrivoit aux Corinthiens : Je ne cherche point à i^Cor vous insulter ; mais je vous avertis comme mes enfans bien-aimés : car vous Fêtes en vertu de votre baptême. Si ce concours, cette foule d'adorateurs, cette pompe vous cause de la confusion, je me réjouis non de votre confusion ^ mais du ^ bon effet qu^elle peut avoir ^ en contribuant à votre retour et à votre pénitence . Tels sont, dis-je, les souhaits de l'église ; et plus d'une fois ses espé-