‹ Pensées... de religion et de moraleChapitre 84 sur 88 · JÉSUS-CHRIST TRIOMPHAIT · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST TRIOMPHAIT

rances là-dessus ont été remplies. A ce triomphe de Jésus-Christ , dont ils ont été témoins j à ce spectacle si religieux , des esprits rebelles et indo-i ciles ont été touchés; le charme qui les aveugloit et qui les retenoit , est tombé. Foudroyés , non point au-dehors , ni avec éclat , comme saint Paul y mais intérieurement 5 et dans le fond de Pâme, ils ont répondu comme lui , à la voix qui les appeloit : Seigneur j, que voulez-vous que je fasse? Je suis à vous. La victoire a été aussi complète, qu'elle étoit subite. Ils se sont déclarés, ils se sont joints à la multitude et, sans différer, se sont mis eux-mêmes à la suite de ce Dieu vainqueur. Ce sont là de ces coups de grâce et de ces miracles dont nous ne pouvons présumer, mais qui sont toujours dans la main de Dieu. Son bras n'est pas raccourci. N'entreprenons point de pénétrer ce secret de prédestination; contentons-nous d'adorer et d'espérer.

4. Réveiller et affermir la foi des fidèles. Ils sont fidèles , ils croient ; mais du reste , comme la charité se refroidit avec le temps , de même la foi s'affoiblit, et devient toute languissante. Elle n'est pas tout à fait éteinte ; elle subsiste dans le fond : niais elle n'a pas ce degré de fermeté , de vivacité , qui fait agir et qui porte à la pratique. Ainsi, pour me renfermer dans mon sujet, parce que plusieurs n'ont , à l'égard du sacrement de Jésus-Christ , qu'une foi foible et vague , de là viennent tant d'irrévérences qui se commettent devant les autels , et cette tiédeur avec laquelle on assiste au sacrifice , ou l'on approche de la sainte

DANS l'eucharistie. ^2^]

table. Mais est-il rien de plus propre à l'exciter,

à la fortifier, cette foi lente et comme assoupie,

que la célébrité de ces saints jours? Qu'est-ce que

cette auguste cérémonie , où se rassemble tout le

corps des fidèles ? C'est une nouvelle profession

de foi que fait l'église ; profession authentique et

publique , profession commune , et par là même

plus efficace. Cet exemple mutuel qu'on se donne

les uns aux autres , ce consentement universel,

cette unanimité , forment une conviction qui , dans

un moment 5 lève toutes les difficultés, et résout

tous les doutes. On voit et on croit : non pas

contre la parole du Fils de Dieu, qui nous dit :

Bienheureux ceux qui n^ont point vu et qui ont Joan. c. 20.

cru ^ mais, en ce . sens, que ce qu'on voit dispose

à croire, d'une foi plus vive et plus ferme que

jamais, ce qu'on ne vait pas. Concluons et disons,

que ce n'est donc pas sans de puissans motifs, que

l'église a ordonné ce triomphe dont elle honore

Jésus-Christ ; qu'en cela ses vues ont été les plus

raisonnables; et que plus ses intentions sont droites,

^ges et saintes, plus nous devons nous y conformer

et les seconder.

Troisième point. Triomphe le plus capable d'al^ lumer le zèle des fidèles , et de renouveler les sentimens de leur piété. Trois sentimens que cette solennité doit inspirer aux âmes fidèles envers le sacrement dé Jésus-Christ: vénération, dévotion^ consolation.

' I. Vénération. Partout où est présente la sa-crée personne de Jésus-Christ , il mérite égale-' T. IL 34

îiieni: nos respects puisqu'il est partout également Dieu. A prendre donc la chose absolument et eu elle- même ^ il n'est pas moins digne de notre culte ^ dans un lieu ^ ni dans un temps ^ que dans un autre. Mais il faut d'ailleurs convenir qu'il y a toutefois certaines conjonctures où l'on est plus vivement touché 5 et qui tiennent dans une plus grande attenlion et un plus respectueux silence. Quand on est spectateur d'un appareil pompeux et magnifique ; quand on voit tout un peuple hur milié et prosterné, ou qu'on est témoin des mouvemenSj des saints empressemens d'une multitude qui ne pense qu'à témoigner son zèle et à rendre ses hommages; quand on n'entend autour de soi que des acclamations , que des éloges , que des chants de piété 5 tout cela sert à recueillir l'âme , et porte à faire un retour sur soi-même , à s'humilier , et à se prosterner soi-même.

Et en effet , c'est alors que se retracent dans l'esprit 5 plus fortement que jamais, ces hautes idées qu'on a conçues du sacrement que l'église honore j de la présence réelle d'un Homme-Dieu dans ce sacrement; de toute la majesté de Dieu renfermée dans ce sacrement ; de toute la puissance de Dieu mise en œuvre dans ce sacrement ; de tous les trésors de la grâce de Dieu réunis dans ce sacrement ; de ce sacrement incompréhensible , ineffable , l'abrégé des merveilles du Seigneur. Occupé de tout cela, rempli d'admiration à la vue de tout cela, on voudroit en quelque manière s'abîmer et s'anéantir. Que toute la terre vous adore ^ Seigneur , s'écriet-Qu, €t que tout le ciel ne vient-il ici se joindre

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