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énorme du paquebot s'ébranle... Une larme me vient aux yeux.
Parmi les sports, l'escrime m'apparaît comme le plus noble. Elle met en jeu le physique et le moral, exige la souplesse de l'esprit autant que celle du corps. Elle est de tradition bien française. Et puis, elle a cela de joliment crâne et un brin « mousquetaire », qu'il suffit de démoucheter les épées pour que ce qui n'était qu'un jeu devienne une bataille, avec une goutte de sang clair brillant au soleil.
Dire que c'est réellement par humanité, pour remplacer les modes d'exécution moins expéditifs et, par suite, plus cruels, que le docteur Guillotin, membre de l'Assemblée Constituante, proposa l'adoption de sa machine
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employée depuis longtemps déjà, paraît-il, en Italie ! La guillotine humanitaire! Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable...
Au théâtre des Variétés, voilà nombre d'années. On jouait la Petite Marquise. Dans le couloir, pendant l'entr'acte, un ménage de vieux petits bourgeois. Visiblement, ils se sont amusés. Le mari à la femme :
— Faut pourtant savoir de qui c'est !
Ils s'approchent de l'affiche, lisent péniblement : Meilhac et llalcvi/. Ils se regardent, comme des gens qui ne savent pas. Puis la femme, doucement, s'excusant presque :
— C'est égal... c'est pas mal tout de même\ Oh ! la gloire !
Noël a toujours inspiré les poètes et les inspirera toujours. De toutes les fêtes de la
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chrétienté, c'est, si j'ose ainsi dire, la plus « artiste ». Par une antithèse singulièrement heureuse, elle encadre, dans la mélancolie de la nature, la joie d'une naissance divine.
Noël est la fête des petits enfants. C'est pourquoi elle est taul aimée des hommes, (|ui sont des petits enfants tout le long de Imir vie. Par exemple, au lieu de recevoir des cadeaux, c'est eux qui les donnent. Au fond, c'est à peu près la seule diiïérence.
Noël me rappelle une do mes premières désillusions. J'avais cinq ou six ans. Je croyais dur comme fer que le petit Jésus apportait les cadeaux lui-même, par la cheminée. La veille du grand jour, je mets mes souliers en bonne place. On me couche. Ma mère entre tout doucement, regarde du côté de mon lit, me croit endormi, s'approche de mes souliers et, dessus, pose quelque chose de blanc. Ma surprise est si vive que je ne bouge pas, et je la laisse partir sans l'interroger. Elle sort de ma chambre... et je m'endors.
Le lendemain matin :
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— C'est donc pus petit Jésus qui apporte lui-même les cadeaux, maman?
— Si fait!
— Alors puur(|uoi que tu es venue m'apporter le mien dans ma chambre, hier au soir?
— Moi ?
— Je t'ai vue !
— Dame ! tu comprends, le petit Jésus aurait trop à faire s'il portait lui-même ses joujoux à tous les petits enfants. Il les envoie aux parents...
— Par qui ?
— Par ses animes.
— Alors c'est un ange qui... ?
— Oui.
— Comment qu'il était habillé? En facteur?
— 11 était blanc, avec de grandes ailes blanches...
— Comment qu'il avait donc fait pour ne pas les salir en entrant par la cheminée?
— Les anges sont très adroits.
— Il savait mon nom ?
— Naturellement.
— Et notre adresse?
— Aussi,
— Ah!...
Ce « ah! » était l'expression sincère et un peu attristée de ma croyance envolée. Je me consolai vite, d'ailleurs, en jouant avec le joujou donné, sans en trop approfondir la provenance. C'était, je crois bien, un polichinelle.
En Bretagne. Admirable journée de septembre. Grande promenade en auto. Solitudes douces. Clairs horizons. Ciel délicat. Mer jolie. Communion tendre avec la nature. Le soir tombe. Retour dans la « station balnéaire ».
Dès les premières maisons, trois crieurs de journaux surgissent au pas de course, haletants, suants, dépenaillés. Voix violentes, essoufflées, enrouées. « Demandez l'incendie de la rue X... La catastrophe de... L'assassinat du... Derniers détails!... »
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« Voilà les hommes! » comme a dit Kostand dans Chanteder.
Dans le vaste hall, après un déjeuner intime, deux ménages amis causent doucement. Ce sont des ménages un peu vieillissants. Les hommes naviguent autour de la soixantaine; les femmes font escale — pour quelques années — à quarante-neuf ans. On parle un peu du passé, beaucoup du présent, encore plus de l'avenir. On fait de beaux projets. On oublie les cheveux gris poussés aux tempes; on oublie les fatigues, les défaillances, les luttes de la vie; on oublie ce qu'on était tous les quatre, dans ce même hall, dans ces mêmes fauteuils, voilà vingt-cinq ans. On oublie tout...
Soudain, la causerie s'arrête. Un silence s'établit, se prolonge. Un souffle d'air, venant d'une porte entr'ouverte, traverse la pièce, iigite les feuilles d'un palmier. Une tristesse
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tombe. Et l'un des causeurs, suivant d'un geste le souffle léger :
— « Notre jeunesse qui passe! » fait-il.
Certains chefs-d'œuvre ont leurs imperfections qui blessent. A Milan, à la Brera, devant l'admirable tableau de Bellini, j'ai souffert avec le Christ, j'ai pleuré avec la Mère douloureuse; mais j'ai dû, en la voilant de ma main, épargner à mon regard la partie droite du tableau où la tète insignifiante, banale et « jolie » de saint Jean-Baptiste met une tache incompréhensible.
On admire Hugo plus qu'on ne l'aime parce qu'il fut heureux; on aime Musset autant qu'on l'admire parce qu'il a souffert. Concluons-en que, si notre orgueil est flatté par les triom-
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pliants, notre sensibilité est acquise aux malheureux.
Cette question est posée :
— a Qu'aimeriez-vous mieux avoir été? Un grand bienfaiteur de l'humanité ou un grand poète?Pasteur ou Victor Hugo, par exemple?»
Les avis sont partagés. Et — chose étrange ! — tandis qu'un ingénieur et un médecin se prononcent pour Victor Hugo, un homme de lettres en tient pour Pasteur.
Et cela prouve, une fois de plus, le cruel illogisme des ambitions humaines.
Je me félicite de n'être jamais tombé au sort... comme juré. L'idée d'avoir à me prononcer sur la culpabilité de quelques-uns de mes semblables m'eut empêché de dormir
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pendant toute la durée des assises et la crainte de m'ètre trompé dans mon appréciation m'eût torturé longtemps encore après.
Kaléidoscope : instrument d'optique consistant en un cylindre dans lequel sont disposés un certain nombre de fragments de verres multicolores, Appli(|uez votre œil à ce cylindre, tournez-le, et vous apercevrez, aA'cc les mêmes éléments, des images différentes et jolies. On demande des kaléidoscopes pour âmes, s. v. p!
Aux bains de mer, un dimanche, sortie de la messe. Soleil. Ciel bleu. Toilettes claires. Saints. Papotages
Combien de ces gens sont venus par désœuvrement?... Combien par habitude?... Combien par respect humain?... Combien par co-
quetterie?... Combien par curiosité?... Et pour prier, réellement et uniquement, combien?...
N'importe! Ils viennent, une fois la semaine, « se voir chez le Bon Dieu ».
Et le bon Dieu — qui est excellent — leur en sait gré tout de même.
On parle toujours de la Bonne Nature.
Oublie-t-on donc les cataclysmes de tous genres, les inondations, les tremblements de terre, les épidémies... et le reste? La vérité est que la nature n'est ni bonne, ni mauvaise. Elle est indifférente. A travers les siècles, elle accomplit aveuglément sa tâche bienfaisante ou néfaste.
Oh! les premières lueurs de l'aube à travers les rideaux, après une nuit de souffrance,
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d'inquiétude et d'insomnie ! En quelle détresse morale ne se sent-on point! Et quelle terreur, quelle lâcheté devant cette nouvelle journée à traîner encore! Comment peut-on être assez solide de corps et d'âme pour ne pas sentir le besoin impérieux de prier, d'abriter sa faiblesse entre les bras d'un être supérieur et puissant?... Les athées doivent souffrir double en ces minutes-là. Et mon étonnement est que leur orgueil n'y soit pas brisé; qu'ils ne tombent pas à genoux, par soif de croire...
Chaque fois que l'on quitte Paris, en été, on s'écrie : « Décidément l'homme n'est pas fait pour vivre dans les villes! »
Chaque fois que l'on y revient en automne, on proclame : « Décidément, l'homme n'est pas fait pour se passer de la société de ses semblables ! »
Conclusion : « L'homme ne sait ce qu'il veut! »
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11 iiy a on réalité qu'une sorte d'amour, l'Amour, — avec un A majuscule et sans qualificatif. Le « conjugal », le « maternel », le «paternel», le « filial ». le « familial », etc., etc., ne sont que ses dérivés. Celui-là seul nous prend tout entiers, nous pénètre jusqu'aux moelles, nous hante, nous métamorphose; seul, il est tout-puissant. Et la preuve, la triste preuve, c'est que, — tandis que les autres amours nous conduisent sagement dans les chemins de la vertu, — il nous pous.se souvent, lui, dans ceux du vice, jusqu'au crime, jusqu'à l'infamie, jusqu'à la mort...
On éprouve toujours un peu d'émotion à quitter un endroit où Ton a vécu avec le minimum de chagrins et d'ennuis qu'apporte la
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vie. On craint, en déplaçant ce demi-bonheur, de le remuer, de le troubler — comme une bouteille de vieux vin.
Sur la plage.
Cette mer, si pure à sa surface, recouvre d'immondes putréfactions; cette barque, si fine et si jolie avec ses blanches voiles, est montée par des pêcheurs sales, brutaux ou alcooliques; cette femme, que j'admirais tout à l'heure en sa toilette élégante, passe maintenant devant moi, en costume de bain, et m'apparaît lamentablement mal faite... 0 Sincérité, où es-tu?... Là-haut, dans le ciel, encore... Et on est en train d'en faire un ciiamp de manœuvres pour aéroplanes!
Quand le malheur les touche, nous avons une tendance à marchander notre pitié aux
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forts et aux triomphants. Et cependant, tombés de plus haut, ils souffrent plus que les autres. Cette parcimonie de notre compassion en pareil cas vient d'un sentiment de basse jalousie rétrospective, d'abord; puis d'un besoin d'égalité inhérent ù l'âme humaine, et qui nous fait murmurer :
— « Ils ont eu de la chance. Ils la payent! »
A la campagne, on fait souvent cent kilomètres en automobile pour voir, pendant une heure, des gens qui, à Paris, habitent à cinq minutes de distance et dont on se passe parfaitement. De telles visites ne sont flatteuses ni pour ceux qui les font, ni pour ceux qui les reçoivent. Elles prouvent que les premiers s'ennuient chez eux — et qu'on ne s'amuse guère chez les seconds.