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Souvenir lointain, lointain. A la campai^ne, chez mes parents, vers 1866 ou 67. Je commençais à faire des vers... drjà mauvais, l^n voisin, M. Roussel, vieil avocat très tin et très lettré, s'intéressait à mes élucubrations, me donnait des conseils. Il avait dû. — comme bien des hommes de robe, — commettre jadis quelque traduction d'Horace...
Donc, une après-midi d'été, je lisais dans le jardin. M. Rousset arrive, s'assied près de moi, me tend une coupure de journal :
— Lisez cela, mon enfant!
Je lis, et très ému :
— Comme c'est joli !
— Joli?... Dites que c'est un petit chefd'œuvre! Le nom de celui qui a écrit ces vers est encore bien peu connu... Mais, quelque jour. ce sera celui d'un grand poète...
La pièce était intitulée : Le \'ase brisé.
Dans une salle de théâtre, superficiellement élégante et gaie, que de vices cachés, de douleurs dissimulées, de hontes ignorées, de « dessous » inconnus ! On pense à quelque belle corbeille de fleurs sous laquelle, dans un fumier immonde, se traînent des vers gluants et d'inquiétantes limaces....
Ultra moderne et absolument exact, m'affirme-t-on.
l*eu après la mort de son père, un jeune homme rencontre un ami de sa famille. Celuici, l'abordant :
— Ah! quelle perte! Un homme si bon, si aimable, si...
Et le jeune homme poli, mais net :
— Pardon!... C'est peut-être votre avis... Mais ce n'est pas le mien!
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Par je ne sais quelle tendance bizarre, nous qualifions plus facilement de bons les gens ij:ras que les gens maigres. Il y a pourtant des « gras » terriblement méchants.
Les pauvres apprécient les cadeaux utiles; mais ils n'aiment vraiment que ceux qui ne leur servent à rien.
A3'ant été bien sage, Bébé a déjeuné aujourd'hui à la grande table, avec grand-père et grand'mère, papa et maman. A la fin du repas, sa bonne l'emmène. Il va à la porte, sans souffler mot.
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— \ih bien, IU''b(''?... Tu t'en vas comme ça? Sans dire adieu?
Et iJébé, après avoir cbercbé un moment, gracieux, envoyaiil un baiser collectif :
— Au revoir, tous mes chers!
Autre mot de Bébé, très humainement égoïste, celui-là.
— Bébé, tu as mangé assez de gâteau... Veux-tu en donner?
— Oui... J'veux bien donner... c'que j 'laisse!
Un souvenir, vieux de quarante ans, d'une crànerie joliment française.
Le premier jour du bombardement du plateau d'Avron par les Allemands, pendant le siège de Paris, un obus Krupp — c'est
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alors que les terribles engins furent employés pour la première fois — tomba en plein Jans le campement de ma compagnie (8' du 8' bataillon des mobiles de la Seine). A ce mom(>ntlà, avec deux ou trois camarades, je faisais les cent pas le long d'un mur, afin de nous récliaulTer un peu, car l'ordre avait été donné d'éteindre tous les feux pour ne pas fournir de points de mire à l'ennemi, et il gelait ferme. A la seconde même où éclata l'obus, je me trouvais au bout de cette petite promenade. Nous nous retournons, nous apercevons en l'air des corps, des fragments de mur et de terre glacée. Nous nous précipitons au secours de ceux qui ont « écopé ». Quelques secondes après, un second obus arrive, à deux mètres à peine du trou fait par le premier. La pièce de siège qui, des hauteurs de Raincy. nous envoyait ces formidables pruneaux avait été certainement laissée dans la même position de tir. Un troisième obus allait arriver sans doute, et au même endroit... A cette perspective, notre petit groupe recule, épouvanté. Notez
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que nous étions de pauvres moblols de vingt ans, j)eu habitués, dans nos familles parisiennes, à de semblables... distractions. Un seul de nous — pourquoi ne pas le nommer? il s'ap[>elait IJardon — un seul ne veut pas quitter la place. Sans souci du péril imminent, il reste là, s'acharnant h retirer un blessé des décombres...
Le lendemain — deuxième jour du bombardement — le même Bardon était près de moi. Les obus continuaient à tomber comme grêle Nous étions là inaclifs, énervés, all'olés, appelant de tous nos vœux la nuit encore lointaine qui amènerait la cessation de ce tir effroyable, à 1 .800 mètres, avec des pièces portant à o.OOO. Tout à coup, sur ma gauche, j'entends comme un bref claquement de fouet... Clac!... Bardon porte la main à sa figure. L^n mince éclat d'obus lui a brisé cinq ou six dents de devant. Nous le menons à l'ambulance. On le panse .. avec quelle peine! Le sang coulait' à flots, rendait l'opération très malaisée. On y arrive cependant. Hors de combat, il doit quitter le rang,
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aller à Paris, à l'hùjùtal. (hi n'-quisilionn»^ un cacolet...
— Jamais de la vie! fait Bardon. J'irai sur mes guibolles!
Il nous serre la main, part à grandes enjambées sur le plateau labouré d'obus, sans képi, la tête bandée, mais droit, ferme, lier, se retournant parfois, avec un air de défi, vers les batteries prussiennes...
Voilà, n'est-il pas vrai? pour un apj)rentisoldat, des preuves d'intrépidité rare et de baute valeur morale. Le brave Bardon a du reste été décoré de la médaille militaire, à notre grande joie...
Je ne sais où j'ai lu cette parabole si profondément réconfortante :
Un pauvre vieil homme — très vieux, très pauvre, très déguenillé — descend une cote. Pour toute nourriture, il n'a que des radis dans sa besace. II les mange uu par un. jetant les
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petites feuilles vertes. De temps à autre, une |ilaintc s'rclinppe de ses lèvres :
— « Allah! Allali!... Sois maudit!... Personne n'est aussi malheureux que moi sur la terre! »
Voici que, par liasard, il se retourne et aperçoit derrière lui, à (juelques pas, un autre vieil homme — plus vieux, plus pauvre et plus déguenillé encore — qui ramasse les feuilles jetées et les mange avec avidité.
Et aussitôt la plainte du malheureux se change en remerciement. 11 tombe à genoux, et les bras au ciel :
« Allah! Allah!... Suis béni!... Il y a plus malheureux que moi sur la terre! »
Je viens de chez les « Untel » qui passent, à juste titre, pour très médisants. Les enseignes des anciennes auberges portaient ces mots : « Ici on loge à pied et à cheval, » Sur la porte