INTRODUCTION XV
Reynie, lieutenant général de police, ou bien un Privilège du Roi. De Visé garda quelque temps le manuscrit sans en connaître l'auteur : « et quand on fut lui en demander des nouvelles, il répondit qu'il savoit d'une personne à qui il l'avoit donné à lire que Mr. de la Reynie ne prendrait jamais sur lui les suites de cette affaire, et qu'il faloit recourir à l'Aprobation des Docteurs avant que de pouvoir solliciter un Privilège du Roi; détail pénible, long et ennuyeux, où il n'avoit pas le loisir de s'engager. On retira le manuscrit, et Mr. Bayle ne songea plus à faire imprimera Paris sa Lettre sur les Comètes. Cependant, comme il l'avoit composée dans cette vue, il avoit pris le style d'un Catholique Romain, et imité le langage et les éloges de M. de Visé sur les affaires d'Etat. Cette conduite étoit absolument nécessaire à quiconque se vouloit faire imprimer à Paris ; et il crut que l'imitation du Mercure Galant en certaines choses rendrait plus facile à obtenir ou la permission de Mr. de la Reynie ou le Privilège du Roi. C'est aussi ce qui l'obligea de feindre que sa Lettre avoit été écrite à un Docteur de Sorbone. »
L'Académie de Sedan fut cassée par arrêt du 9 juillet 1681. Bav'e resta encore quelques semaines à Sedan, puis il alla à Paris et enfin se fixa définitivement à Rotterdam où le fit venir M. Paets, Conseiller de la Ville, parent de M. Van Zœlen, élève de Bavle, qui l'avait pris en grande affection. La Ville de Rotterdam érigea en sa faveur et en celle de Jurieu une Ecole illustre où Bavle enseigna la Philosophie et l'Histoire avec cinq cens florins de pension annuelle.
« Peu de temps après, il donna sa Lettre sur les Comètes à Mr. Leers, Libraire de Rotterdam, homme d'esprit et de mérite, afin qu'il la fit imprimer. Et comme il prit toute sorte de précautions pour n'être pas reconnu Auteur de cet ouvrage, il ne changea rien dans le style de Catholique Romain, ni dans le langage et les éloges du Mercure Galant. Il crut que rien ne seroit plus propre qu'un tel langage à faire juger que cette Lettre n'étoit point l'écrit d'un homme sorti de France pour la Religion. Pendant le cours de l'impression il inséra plusieurs choses qui n'étoient pas dans le Manuscrit qu'il avoit envoyé à l'Auteur du Mercute Galant. Cet ouvrage fut achevé d'imprimer le 11 de mars 1682 et il parut sous le titre de: Lettre \ à \ M. L. A. D. C. | Docteur de Sorbone | Où il est prouvé par plusieurs raisons tirées \ de la Philosophie et de la Théologie, \ que les