‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 105 sur 167 · Les divisions I... II... ,ie sont pas dans A · texte numérisé non relu

Les divisions I... II... ,ie sont pas dans A

25 un petit coin de la Palestine ; et naturellement parlant, c'étoit tout ce que Dieu s'en devoit promettre.

De l'horreur que Dieu a pour l'Idolâtrie.

Jugez un peu si cette conduite se rapporte à l'idée que nous avons de Dieu, et s'il est possible que le même Dieu qui déclare par ses Prophètes, que rien ne luy est plus abominable que le culte des Idoles ; qui témoigne 5 plus d'indignation contre son Peuple, lors qu'il sacrifie sur les montagnes et sous le feuillage des arbres, et qu'il honnore les Divinitez des Gentils, que lors qu'il tombe dans le larcin, dans le meurtre, et dans l'adultère ; qui commence sa loy par une double défense de servir aucun

10 autre Dieu que lui ; qui pour donner plus de poids à sa défense se propose sous l'idée d'un Dieu tout-puissant et jaloux, étendant la punition des rebelles jusqu'aux enfans de la quatrième génération, et sa bonté pour les Pères obeissans jusqu'aux enfans de la millième ; c'est à

15 dire que pour témoigner combien il veut être obeï dans ce point là, il prend les hommes par l'endroit le plus sensible, par la menace d'un Dieu jaloux, (dont l'idée ne peut reveiller que la frayeur d'une vengeance également prompte et severe) et par les promesses d'une miséricorde

20 incomparablement plus étendue que la rigueur de la jalousie ; qui pour faire voir combien le crime des Idolâtres surpasse tous les autres, prend le soin en le défendant d'accompagner sa défense de tout ce que je viens de dire ; au lieu qu'il se contente de défendre simplement

PENSÉES SUR LA COMÈTE l8)

25 le meurtre, le larcin, l'impudicité, la calomnie ; qui punit l'adoration du veau d'or par le plus funeste de tous les châtimens, puis que ce fut en abandonnant son Peuple à servir à l'armée des Cieux, par où il s'attira les misères d'un exil et d'une captivité lamentable, comme nous

30 l'asseure le glorieux premier Martyr de l'Evangile St. Etienne (a) ; qui enfin ne veut pas seulement souffrir que l'on mange des choses sacrifiées aux Idoles ; considérez, dis-je, Monsieur, s'il est possible que le même Dieu, qui a fait toutes ces choses, ait fait néanmoins luire dans

35 le ciel des nouveaux astres de tems en tems, pour intimider tous les Peuples de la terre, et pour les porter infailliblement par là à tous les actes d'Idolâtrie que chacun regardoit comme plus propres à expier ses crimes, et à desarmer la colère de Dieu, les Gaulois et les Cartha-

40 ginois par exemple, à sacrifier des hommes en quantité : abomination exécrable que Dieu déteste si fort par la bouche de ses Prophètes dans le Peuple Juif, qui à l'imitation de plusieurs autres, faisoit brûler des enfans à la gloire des Idoles, et pour laquelle il chastia si exemplaire-

45 ment les Roys Achas et Manassé.

(a) Actor., cb. 7, v. 41.

^4. C. ait mis néanmoins de nouveaux astres de temps en temps dans le ciel.

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Que la raison pourquoy les Comètes ne pouvoient pas être des présages, avant la venue de Jésus Christ, subsiste encore.

Si cette raison prouve que les Comètes qui ont paru avant la publication de l'Evangile, n'ont pas été formées extraordinairement, pour avertir les hommes de la part de Dieu des malheurs qu'il leur preparoit en sa colère ; 5 il est évident que celles qui ont paru depuis ce tems là, n'ont pas été non plus des productions miraculeuses destinées à présager les maux à venir.

Premièrement, parce que si les Comètes, avant la vocation des Gentils, n'ont pas été des signes envoyez de

10 Dieu, elles ont été des effects de la Nature tout purs, aussi bien que les éclipses et les tremblemens de terre. Et si cela est, il seroit très ridicule de dire, que depuis la conversion des Payens les Comètes ont changé d'espèce, et ne sont plus des ouvrages de la Nature, mais des signes

15 miraculeux; comme il seroit très ridicule de prétendre que depuis ce tems là les éclipses sont devenues des effets surnaturels. Or si les Comètes sont de purs ouvrages de la Nature, il est évident qu'elles ne sont point un signe des maux à venir, tant parce qu'elles n'ont aucune liaison

20 naturelle avec les maux à venir, comme je l'ay déjà fait voir, et comme je le montrerai plus à fond dans la suite, que parce qu'il n'y a aucune révélation qui nous apprenne que Dieu les ait établies pour signes des maux à venir, à

peu prés comme il a établi l'Arc-en-ciel pour nous être

25 un avertissement qu'il n'y aura plus de Déluge (i).

Secondement, parce que la raison qui prouve pour le tems qui a précédé la Religion Chrétienne, prouve aussi pour les siècles du Christianisme, à cause que malgré tous les admirables progrès de la Croix du Fils de Dieu,

30 la pluspart des hommes sont demeurez Idolâtres, ou se sont faits Mahometans. A présent même que le Christianisme est si répandu, et qu'il s'est fait jour dans le nouveau monde, il est certain que la pluspart des Peuples de la terre sont encore plongez dans les affreuses ténèbres

35 de l'infidélité. De sorte que si Dieu se proposoit d'annoncer les fléaux de sa colère par des Comètes, il seroit vrai de dire qu'il auroit pour but de ranimer presque par tout le monde la fausse et la sacrilège dévotion ; d'augmenter le nombre des Pèlerins de la Meque, et des

40 offrandes que l'on y consacre incessamment au plus infâme Imposteur qui fut jamais; de faire bâtir de nouvelles Mosquées ; de faire inventer de nouvelles superstitions aux Torlaquis et aux Dervisches ; en un mot de faire commettre un plus grand nombre de

45 choses abominables qu'on n'en commettroit. Car quoi qu'on ne connoisse plus ni Jupiter, ni Saturne, on ne laisse pas d'être aussi prostitué qu'anciennement dans les plus extravagantes et les plus criminelles Idolâtries.

(1) Fromondus (Meteor., 1. I, c. 3) soutient que « les Comètes sont des signes célestes dont Dieu se sert pour effrayer les hommes et en les effrayant les obliger à résipiscence ; de même qu'il employé l'Arcen-Ciel pour nous délivrer de la crainte d'un second Déluge. •

(Froidmont Libert, né à Haccour, bourg entre Liège et Maestricht, en 1587, Professeur de philosophie à Louvain, mort en 1653. Auteur d'une Dissertatio de Cometa anni 1618, de Meteorologicorum libri Y . Descartes l'estimait.)

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De l'abominable Idolâtrie des Payens d'aujourd'hui.

Sans parler de toutes les abominations qui se commettoient dans le Pérou et dans le Mexico il n'y a pas bien long tems, et de ces sacrifices d'hommes que l'on martyrisoit pour honorer les Idoles (a), et que les Espagnols 5 ont fait cesser dans les lieux où ils se sont établis ; qui ne sait que les Indiens, les Chinois, et les Japonnois, sont dans les plus effroyables egaremens qui se puissent dire sur le chapitre de la Religion ; qu'ils adorent des singes et des vaches ; qu'ils consultent le Démon dans des mon-

10 tagnes brûlantes (b) ; qu'ils honorent leurs faux Dieux jusqu'à s'enterrer tout vivans, ou à se noyer, par la dévotion qu'ils leur portent, ce qui est un degré pour monter à la Canonisation ; qu'ils bâtissent des Temples au Diable, et au Prince des Diables nommément et directe-

1 5 ment (ce que les anciens Payens ne faisoient pas) ; qu'ils se portent enfin à tous les excez qu'une aveugle et furieuse superstition peut inspirer ? Or comme vous savez, Mr. il y a une si grande liaison entre croire que le Dieu qu'on adore est irrité, et lui rendre avec plus d'atta-

(a) Voy. Vigenere, annotât, sur César, pag. 317. Essays de Montag., liv. I, ch. 29.

(b) Voy. la Relat. du Japon par la Compag. Hollandoise.

15. A. et cela sans avoir le prétexte dont se servent les Jepides, (Etat présent de la Turquie imprimé chez Couterot, 167s) Peuple de Turquie, pour se défendre de maudire le Diable, quand même on les ecorche tout-vifs sur leur refus ; qui est que peut être le Diable faira sa paix un jour avec Dieu, et se vangera de toutes les injures qu'on aura vomies contre lui.

20 chement le culte établi par la coutume, qu'il est impossible de vouloir qu'une Nation Idolâtre connoisse que le Ciel est en colère, sans vouloir qu'elle exerce avec un zèle redoublé les exercices de sa Religion. Et par conséquent si Dieu formoit les Comètes, afin d'apprendre aux

25 hommes qu'il est irrité contre eux, et que s'ils n'appaisent sa juste indignation, il les châtiera sévèrement, il voudrait que tous les Peuples infidelles recourussent avec une nouvelle ardeur, chacun à ses cultes et à ses cérémonies abominables : ce qui étant faux et impie, nous sommes

30 obligez par des principes de Religion à dire, que dans l'intention de Dieu les Comètes ne peuvent présager aucun mal. Bien entendu, que s'il y a quelque part des feux extraordinaires, visibles seulement ou à quelque ville, on à quelque Pays qui connoisse le vrai Dieu,

35 comm; il en parût autrefois sur la ville de Jérusalem, on peut les prendre pour des signes envoyez par une providence toute particulière.

Que les Comètes ont des Caractères particuliers, qui montrent qu'elles ne sont point des signes.

Mais de s'imaginer qu'un Astre qui fait le tour du monde chaque jour, et qui ne parait pas en vouloir plutôt aux Chrétiens qu'aux Infidèles, aux François qu'aux Espagnols, soit un prodige, que chaque Nation

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