C. aucunes mesures
plusieurs vieux exemples des Roys de Perse, qui après les
25 éclipses de Lune avoient eu les Dieux contraires lors qu'ils avoient combatu. Rien n'est si puissant, poursuivit Q. Curce (a), que la superstition pour tenir en bride la populace. Quelque effrénée et inconstante qu'elle soit, si elle a une fois l'esprit frappé d'une vainc image de Religion, elle obéira
30 mieux à des Devins, qu'à ses Chefs. La réponse donc des Egyptiens étant divulguée parmi les troupes, releva leur espérance et leur courage, etc. Le même Alexandre (b) ayant remarqué en se préparant au passage du Granique, que la circonstance du tems, qui étoit le mois de Desius, que l'on disait
35 avoir été malheureux de toute ancienneté aux entreprises des Macédoniens, decourageoit son armée, fit publier qu'on appelleroit ce mois dangereux, du nom du mois précèdent, n'ignorant pas combien un vain scrupule de Religion a de force sur les petits esprits, et sur les esprits
40 ignorans. Pour mieux asseurer les esprits épouvantez, il fit secrètement avertir Aristandre son grand Devin, qui sacrifient alors afin que le passage fust heureux, de faire en sorte par le moyen d'une certaine liqueur, qu'on pust lire sur le foye de la victime, que les Dieux donnoient la
45 victoire a Alexandre. Ce miracle divulgué remplit les esprits d'une si grande espérance, que chacun se mit à crier, qu'il ne faloit douter de rien après des témoignages si visibles de la protection des Dieux. L'Histoire de ce grand Conquérant fournit quelques autres exemples de
50 pareilles ruses, quoi qu'il affectast de ne vouloir vaincre que par sa seule valeur : et ce qui est bien plus étrange, le même Héros, qui faisoit tomber les autres dans le panneau, y tomboit quelquefois luy même, car il étoit fort
(a) Liv. 4, chap. 10.
(b) Voy. les supplemens de Freinshem. sur Q. Curce, I. 2, ch. f.
superstitieux en certaines rencontres (i). Je ne dis rien de
55 Themistocle (a), qui ne pouvant persuader aux Athéniens d'abandonner leur Mlle pour aller tenir la mer, au tems de la guerre de Xerxes, fit jouer les machines de la Religion, supposa des Oracles, et fit dire au Peuple par les Prêtres, que Minerve avoit quitté la Ville, prenant le
60 chemin du Port. Philippe Roy de Macédoine, l'homme du monde qui s'entendoit le mieux à vaincre ses Ennemis par des intelligences ménagées à force d'argent, avoit des Oracles de Delphes à sa poste autant qu'il en vouloit : et de là vint que Demosthene soupçonnant avec raison
65 que la Prêtresse se laissoit suborner par les presens de Philippe, railla vivement sur la partialité qu'elle temoignoit pour lui, comme l'a remarqué Minucius Félix, après Ciceron.
Il e~.t aisé de comprendre, que les mêmes maximes
70 d'Etat, qui ont fomenté la superstition des Peuples à l'égard des autres prodiges, l'ont aussi fomentée à l'égard des Comètes. Car il n'y avoit rien de plus aisé, quand il paraissoit une Comète, et qu'on vouloit faire la guerre à quelque Prince voisin, que de faire debiter
(a) Plutarq. en sa vie.