‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 114 sur 167 · C. et pris le chemin du port · texte numérisé non relu

C. et pris le chemin du port

(1) « Neantmoins tous ces grands Hommes de l'Antiquité soit qu'ils le fissent par ignorance, ce que j'ay peine à croire, encore qu'ils fussent à vray dire plus Capitaines que Philosophes ; soit que ce fut par Politique ou par Religion populaire, n'eussent pas entrepris une guerre, un Embarquement ou quelque affaire de conséquence sans consulter leurs Sacrificateurs et Devins, et avoir leur témoignage et celuy des bestes pour le succez de leurs grands desseins. Il ne se faut donc pas estonner si le Monde qui a tousjours esté trompé ou par les Fausses Religions ou par la Politique adroite ou par la mauvaise Philosophie ou par la charlatanerie des Devins et des Astrologues, l'est encore aujourd'hui sur le sujet dont nous parlons qui est celuy des Comètes. » (Petit, Dissert, uir les Coin., p. 80).

75 par les Astrologues, que cette Comète menaçoit particulièrement ce Prince-là ; que de faire dire fort sérieusement ce que Yespasien disoit(a) peut-être pour rire d'une Comète qui parut sous son règne, Que c'étoit le Roy des Parthcs avec sa longue chevelure, qui en ètoit menacé plutôt

So que lui, qui portoit les cheveux courts. C'étoit en même tems donner bonne espérance à son parti, et étonner l'autre. Il paroit par la 6. Satyre de Juvenal, que cela se pratiquoit ainsi. Car en nous donnant le caractère d'une femme Nouvelliste, il nous la représente débitant dans

85 les Compagnies, qu'il Paroissoit des Comètes qui menaçaient le Roy d'Arménie et le Roy des Parthes, et que leur Pays et leurs Villes ctoient ravagez par des inondations de fleuves, et par destrcinblemens de terre ; ce qui, comme vous savez, Mr. passoit pour un présage fâcheux (b), outre le mal

90 présent qu'il causoit.

Instantem Régi Armenio, Parthoque Cometen Prima videt : famam rumoresque illa récentes Excipit ad portas, quosdam facit isse Niphatem In populos, magnoque itlic cuncta arva teneri 05 Diluvio, nutare urbes, subsidere terras,

Quocunque in trivio, cuicunque est obvia, narrât.

Vous voyez là l'esprit d'un Nouvelliste Pensionnaire, toujours informé d'un grand nombre de malheurs qui désolent le Pays ennemi, ou celui qui le va devenir, et de

100 plusieurs présages funestes qui le menacent.

Qui doute que les amis de César n'ayent affecté de dire par tout, que la Comète qui parut après sa mort, ètoit une marque du courroux du Ciel contre ses meurtriers, et un présage de la protection que les Dieux accorderoient à

105 ceux qui en poursuivraient la vengeance ? Vous avez leu

(a) Xiphilin. Anr. Victor in epit.

(b) Foi, cy-dessus, p. 16 j.

sans doute que Mahomet gagna un Astrologue de réputation, pour annoncer par tout qu'il devoit arriver un grand changement dans le monde, et qu'un grand Prophète établirait une nouvelle Religion. Pourquoi cela ?

1 10 Afin de préparer les esprits à ne point s'opposer à des evenemens qu'ils regarderaient comme prédestinez et inévitables. Mais si les Grands ont contribué à faire croire que les Comètes sont des présages de mauvais augure, les Peuples y ont contribué aussi de leur côté, non seulement

1 1 5 parce qu'ils se portent de leur naturel à traitter de présages les moindres choses, mais aussi par une certaine malignité, qui les porte à s'imaginer facilement, que ceux qui gouvernent ne s'en acquittent pas au contentement de Dieu ; et là dessus c'est à gloser sur ce qu'on a fait cecy,

120 sur ce qu'on n'a point fait cela. De sorte qu'il est arrivé enfin, que la Politique a trouvé de mechans cotez dans la prévention des Peuples, parce qu'on s'est enfin faussement imaginé, que les Comètes menaceoient sur tout les Rois et les Princes.

Que les Panégyristes ont contribué à fomenter la superstition

des présages.

Il faut ajouter à toutes ces causes de la prévention générale, la flaterie des Poètes et des Orateurs. Quand ces Mrs. là font l'éloge de leurs Héros, ils se servent entre autres Lieux communs de celui-cy, Que toute la Nature le respecte, 5 qu'elle applique toutes ses forces pour lui, qu'elle s'afflige de ses malheurs, qu'elle le promet au monde ; que quand le monde

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s'est rendu indigne de le posséder, le Ciel qui le redemande allume de nouveaux feux, etc. Mr. de Balzac ne manqua pas de régaler de cette hyperbole le Cardinal de Riche-

io lieu, et de dire, que pour voir un Premier Ministre pareil à lui, il est besoin que toute la Nature travaille, et que Dieu le promette long-tems aux hommes, avant que de le faire naître. Il en fut critiqué, mais il se défendit (a), en faisant voir que d'autres avoient été encore plus loin que lui ; cet

15 Ancien par exemple, qui a dit de certaines âmes que tout le Ciel étoit occupé à faire leur destinée ; et cet illustre Italien du tems de nos Pères, qui a écrit, que l'Entendement Eternel étoit en une haute pensée et avoit un grand dessein, lors qu'il fit le Cardinal Hypolite d'Est. Je m'étonne qu'il

20 n'ait fait aussi venir sur les rangs ce Prêtre qui dit un jour à l'Empereur Constantin, Que la Providence Divine ne s'ctoit pas contentée de l'avoir rendu digne de l'Empire du monde, qu'elle avoit encore travaillé à lui donner des vertus qui meritoient qu'après cette vie il regnast avec le Fils de Dieu

25 dans le Ciel. C'est apparemment le mauvais succès de cette flaterie profane, qui a empêché Mr. de Balzac de se justifier par un tel exemple ; car Eusebe (b) raporte que Constantin fit taire cet impertinent Harangueur.

En gênerai on peut dire que les flateurs se sont servis

30 de tous les effets surprenans de la Nature pour relever le mérite de leur Héros, et pour plaire aux Grands du Monde. Ainsi les Poètes de la Cour d'Auguste tàchoient à l'envie de persuader, que la mort de César étoit cause de tous les prodiges qui la suivirent. Horace le dit expressément dans 3 5 l'Ode que j'ay déjà citée (c), pour faire voir que les deborde-

(a) Mr. de Bail., dise. 2, au Card. Bentivogl.

(b) L. 4, de vita Const., c. 48.

(c) Cy-dessus, p. 16$.

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