‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 116 sur 167 · C. parmi les Payens · texte numérisé non relu

C. parmi les Payens

servir d'un éloge qui, n'en déplaise au galant Mr. de Voiture, et à son Sonnet sur une Dame qui s'étoit baignée à soleil couchant, eust paru froid, selon toutes les apparences, à celui pour qui se faisoit la fête ; car, au dire

70 d'un bel esprit de sa Cour, il ressembloit à ces chevaux qui ruent, quand on les caresse de mauvaise grâce (a). Mais que dirons-nous d'Ovide, qui finissant ses Métamorphoses par celle de César en Comète, nousasseure qu'entre plusieurs prodiges qui précédèrent la mort de cet Empe-

75 reur, on vit le soleil d'une pâleur extraordinaire, et la lune teinte de sang ?

Voicy, Mr. le véritable moyen de dénouer toutes ces difficultez. Ces beaux Esprits n'avoient tous qu'un même but, qui étoit de faire leur cour à force d'encens à l'Em-

80 pereur Auguste : car pour César qui n'étoit plus en état de reconnoître la flaterie, il n'eust pas fait faire beaucoup de vers, s'il n'avoit eu pour successeur une personne très affectionée à sa gloire. Ainsi on ne loùoit César qu'à cause de son successeur. Or soit qu'on dist que le soleil

85 s'étoit obscurci avant la mort de César, soit qu'on dist que ce fut après, c'étoit toute la même chose pour la gloire de ce Prince. C'est pourquoi Virgile l'a dit d'une façon, Ovide d'une autre, et tous deux ont adroitement conclu par louer Auguste d'une manière fort adroite, et

90 poussée aussi loin qu'on peut.

(a) Cui malè si palpere, recalcitrat, undiquc tutus. {Horat. Sat. I, 1. 2).

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