A. les amis du Prince de Condé
C. les amis du prince de Condé, et les sectateurs de la nouvelle opinion.
35 parce que les Huguenots avoient parmi eux en ce tems là beaucoup de ces ardens Zélateurs, qui courent la mer et la terre pour faire des Prosélytes, comme nous en avons à présent un très-grand nombre par la grâce de Dieu et du Roy, on n'eust entendu parler d'autre chose que de Con-
40 versions. Tous les Intendans de Province eussent été des Marillacs, et je ne sai ce que nous serions à présent vous et moi, mon pauvre Mr. Il me paroit fort probable que Mr. vôtre grand Père qui avoit une belle charge et beaucoup d'enfans, se fust fait Huguenot, pour conserver cette
45 charge, et pour pousser sa famille. Si bien, Mr, que peutêtre vous seriez Ministre de Paris à l'heure qu'il est : car Mr. vôtre Père voyant la belle naissance que vous aviez pour les lettres, et vôtre naturel dévot, n'eust pas manqué de vous destiner à l'Eglise. Pour mes Ancêtres,
50 je crois franchement qu'ils eussent fait ce que je vois faire tous les jours aux Huguenots de mon voisinage, qui pour se délivrer une fois pour toutes des importunitez pieuses et dévotes des Curez et des Moines, et pour se procurer les avantages du ciel et de la terre qu'on leur promet,
$5 francs et quittes de toutes les avanies, et de toutes les injustices, qui leur sont faites souvent par un zèle fort dereiglé, (ce que je ne dirois pas devant tout le monde) font semblant de se faire Catholiques.
Or il est bien asseuré, que toutes ces conversions pre-
60 tendues de nos Anciens, n'eussent pas empêché leur dévotion secrète pour Nôtre Dame, pour les Saincts, pour les Reliques, pour les Images, pour le scapulaire, etc. ni arraché de leur cœur la pieuse crédulité qui leur avoit été inspirée des le berceau pour les miracles, pour le Purga-
65 toire, et ce qui s'ensuit. Nous en tiendrions encore quelque chose vous et moi et nos semblables, tout Calvinistes que nous serions. C'est pour vous dire, que quand on
n'entre dans une Religion que par Politique, on y entre avec tous ses préjugez : et c'est ce qu'ont fait plusieurs 70 Payens en embrassant la profession du Christianisme.