‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 126 sur 167 · A. Il semble · texte numérisé non relu

A. Il semble

(1) « Le Prophète Jeremie détruit tout à coup les funestes présages que le Peuple attribue aux Comètes. Il nous affranchit de la peur qui est le seul mal qu'elles soient capables de causer aux. Esprits trop crédules. Ne craigne^ point, dit-il, les Signes du Ciel que les Gentils appréhendent . C'est blasphémer que d'attribuer les guerres à l'apparition des Comètes, puis que l'Ecriture nous apprend que le Cœur du Roy est en la main de Dieu et qu'il l'incline et porte à tout ce qu'il veut. » (Comiers, Discours suites Comètes, Mercure Galant, Janvier i68r, p. 112.)

Pensées sur la Comète. 16

Qu'on a tort de blâmer ceux qui ne croient pas légèrement, qu'un effet soit miraculeux.

Souffrez que je remarque par occasion l'injustice de ceux qui blâment la Philosophie, en ce qu'elle cherche 5 des causes naturelles, où le Peuple veut à toute force qu'il n'y en ait point. Cela ne peut venir que d'un principe extrêmement faux, savoir, que tout ce que l'on donne à la Nature est autant de pris sur les droits de Dieu ; car en bonne Philosophie la Nature n'est autre chose que Dieu

10 lui-même agissant, ou selon certaines loix qu'il a établies très librement, ou par l'application des Créatures qu'il a faites, et qu'il conserve. De sorte que les ouvrages de la Nature ne sont pas moins l'effet de la puissance de Dieu que les miracles, et supposent une aussi grande puissance

1 5 que les miracles ; car il est tout aussi difficile de former un homme par la voye de la génération que de résusciter un mort. Toute la différence qu'il y a entre les miracles, et les ouvrages de la Nature, c'est que les miracles sont plus propres à nous faire connoitre que Dieu est l'Auteur libre

20 de tout ce que font les corps, et à nous desabuser de l'erreur où nous pourrions être là dessus ; en suite dequoy l'on juge assez naturellement que ce qui se fait par miracle, vient d'une bonté, ou d'une justice particulière. Mais il ne s'ensuit pas pour cela, qu'on doive trouver

2) mauvais que les Philosophes s'en tiennent à la Nature autant qu'ils peuvent. Car comme Plutarque (a) l'a fort

(a) In vità Pericl.

bien remarqué au sujet de Pericles et d'Anaxagoras, la connaissance de la Nature nous délivre d'une superstition pleine de terreur Panique, pour nous remplir d'une devo-

30 tion véritable, et accompagnée de l'espérance du bien. Si les Payens eux-mêmes (a) ont remarqué, qu'il importe extrêmement sur le chapitre de la Religion, et plus qu'en toute autre chose, de ne se point conduire par le principe d'une aveugle crédulité ; mais de se bien asseurer du fait,

35 parce qu'en négligeant une cérémonie bien fondée, on tombe dans l'impiété, et qu'en s'attachant à des cultes indus, on s'engage dans des superstitions puériles : si, dis-je, les Payens eux-mêmes ont peu voir cette vérité, ne devons-nous pas être bien aises que les Philosophes

40 Chrétiens nous délivrent de tous les préjugez, qui seroient capables de souiller la beauté mâle et solide de nôtre dévotion ? Dans le fond, il y a tant de péril que les cultes qui s'appuient sur des faussetez, ne s'abâtardissent, qu'on ne doit jamais faire quartier à l'erreur de quelque

45 espèce qu'elle soit. J'avoue qu'il est bien moins scandaleux de combattre les erreurs, avant qu'une longue possession les ait enracinées dans les esprits de tout un Peuple, que lors que leur antiquité semble les avoir consacrées. Mais comme il n'y a point de prescription contre

50 la vérité il ne seroit pas juste de la laisser perpétuellement ensevelie dans l'oubli, sous prétexte qu'elle n'auroit jamais été connue. Je conviens aussi qu'il faut se con-

(a) Cùm omnibus in relus temeritas in assentiendo, errorque turpis est, tum in eo loco maxime, in quo judicandum est, quantum auspiciis rebusque divinis, religionique tribuamus. Est enim pcriculum, ne aut neglectis iis impià fraude, aut susceptis, anili superstitione obligemur. (Cicero, h 1 de Divinat.~)

45. J'avoue qu'il est bien moins scandaleux... jusqu'à la fin de la section n'est pas dans A.

duire avec une grande discrétion, et de grands menagemens, lorsqu'on attaque des vieilles erreurs de Religion r

55 et c'est pour cela que quelqu'un a dit, en parlant des choses de cet ordre là, Ou il y a plusieurs verite\, que non seulement il n est pas nécessaire que le Peuple sache, mais aussi dont il est expédient que le Peuple croie le contraire (a). Il n'y a guère de Politiques, ni de gens d'Eglise qui ne

60 soient dans ce sentiment. Mais je dis néanmoins qu'en gardant toute la circonspection que la prudence Chrétienne exige de nous, il doit être permis de travailler à l'éclaircissement de la vérité en toutes choses.

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