‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 131 sur 167 · C. les Protestans ne touchèrent point · texte numérisé non relu

C. les Protestans ne touchèrent point

(1) Jurieu l'accuse ici de tourner « en ridicule nos Historiens Protestants, lesquels ont rapporté des présages. »

Bayle répond : « Un homme peut être tout à la fois bon Protestant

Peucer (a), habile homme, gendre de Melanchthon, fort passionné contre l'Eglise Romaine, et Médecin qui plus est, raporte je ne sais combien de prodiges, qu'il prétend avoir signifié plusieurs grands evenemens.Wolfius, Luthérien fort

90 entêté, fait mention presque à chaque page, de quelque vision ou de quelque météore, ou de quelque monstre de mauvais augure ; et c'est beaucoup dire, puisqu'il a compilé deux gros volumes in Folio de leçons mémorables. Si vous lisez jamais un livre intitulé, Fatidica sacra, composé par

95 un Hollandois qui s'appelle Neubusius, je ne doute pas que vous ne tombiez d'accord, qu'il est difficile d'aller plus loin en matière de bons et de mauvais augures. Ne nous étonnons plus, si les Chrétiens nouvellement convertis du Paganisme, ont conservé un grand nombre de 100 superstitions.

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Combien les Historiens se jettent dans le merveilleux ; ceux de Charles V par exemple.

La passion de donner du merveilleux aux evenemens, qui a si fort possédé les Auteurs profanes, possède aussi 5 nos Auteurs chrétiens, et leur fait faire souvent des observations si puériles, que rien plus. Qu'y a-t-il, par exemple, de plus frivole, que la remarque de Sandoùal, qui écrit

(a) Voi. son traittè de prxcip. divinat. generibus ; et surtout : de teratoscopia.

et mauvais Auteur, et par conséquent un autre homme peut être tout à la fois bon Protestant, et censeur de ce mauvais Ecrivain. »

dans la vie de l'Empereur Charles V que la Reyne Marguerite, femme de Philippe III, naquit le propre jour de

10 Noël entre neuf et dix heures du matin ; pendant que la cloche d'une Eglise sonnoit l'élévation du S. Sacrement à la Messe ; ce qui, ajoûte-t-il, fut un signe de sa grande dévotion : qu'on vit quelques jours après les funérailles de cet Empereur, un grand oiseau venu du côté de l'Orient

15 sur la Chapelle du Monastère de S. Juste : qu'un Cordelier de Guatemala aux Indes Occidentales vit l'accusation intentée par les Diables contre le même Empereur, et puis son absolution fondée sur ses bonnes intentions ; après quoy Dieu conduisit Charles par la main à la place

20 qui lui étoit destinée dans le Paradis. Qu'il eût été aise de pouvoir dire, qu'une Comète, ou qu'une éclipse avoit annoncé aux hommes la mort de cet Empereur ; car s'étant rencontré qu'il y eut de tout cela quelque tems avant la mort de l'Impératrice, il n'a pas manqué de nous

25 garantir, que ce furent des prédictions de cette mort ! Il faut qu'il ait oublié, qu'il parut effectivement une Comète l'an auquel Charles V mourut, et une Comète encore fort singulière, puis qu'ayant panché du côté du Septentrion, elle s'arrêta enfin (a) sur le Monastère de St. juste, et

30 disparut à la mort de Charles ; de telle sorte qu'à même tems que l'Empereur finissoit sa vie, la Comète disparoissoit aussi ; et qu'aussi tôt qu'il fut mort on ne la vid plus du tout. Quelle perte pour Sandoùal, de ne s'être pas souvenu de ces belles choses !

(a) Jean Ant. de Vera et Figueroa, Comte de lu Roca, en la vie de Charles V.

25. Ce passage depuis : II faut qu'il ait oublié jusqu'à la fin de la section n'est pas dans A.

Que quand ou dit que les Comètes présagent la mort des Rois, on ne distingue pas comme il faudroit faire, ceux dont la mort est préjudiciable de ceux dont la mort ne fait aucun mal.

5 Peut-être penserez vous, qu'à cause que Charles-Quint étoit déjà mort au monde, quelque tems avant qu'il cessât de vivre, Sandoual ne se fust pas imaginé qu'une Comète, ou qu'une éclipse, eussent annoncé son trépas. Mais ne vous y trompez point, Mr. ce n'est pas à cela que l'on

10 regarde. On vous dit d'un côté que les Comètes présagent de grands malheurs, et de l'autre on met au rang de ces malheurs le décez des Rois et des Reynes, sans examiner si ces Têtes Illustres meurent dans un tems où leur mort ne tire point à conséquence, et n'apporte aucun

i > changement dans les affaires, ce qui se rencontre assez souvent. Par exemple, la mort de Charles Quint ne fût contée pour rien, ni par ses Amis, ni par ses Ennemis,, parce que sa retraite avoit réduit toutes ces grandes passions qui avoient remué toute l'Europe, à ne plus inquie-

20 ter personne, si ce n'est peut-être les Moines de St. Juste, lesquels il empêchoit de dormir, à ce qu'on dit. Nous trouvons dans l'Histoire plusieurs exemples de Têtes Couronnées, dont la mort n'a point été préjudiciable à leur Etat, parce que c'étoient des Princes qui laissoient

25 des Successeurs aussi dignes de commander, ou même plus dignes de commander, et plus aimez de leurs sujets

26. A. de leurs sujets qu'eus, ou qui pouvoient dire fort véritablement ce que le P. Strada (Hist. Belg., t. I, Decad Ij fait dire à l'Em-

qu'eux. Pour ne rien dire de tant d'autres qui ne sauraient jamais mourir assez tôt, parce que leur vie est le fléau, non seulement de leurs voisins, mais aussi de leurs sujets.

30 Nous pouvons mettre en ce rang Jean Basilides, Grand Duc de Moscovie, mort l'an 1584 deux ans après l'apparition d'une Comète. Pour Soliman Empereur des Turcs, on m'avouera que sa mort a été le bien gênerai de la Chrétienté, et même de toute l'Europe. Si bien que c'est

35 très mal raisonner, que de conclurre en gênerai, que les Comètes en veulent aux Souverains, de ce qu'elles sont le présage des Jugemens de Dieu ; puis qu'il est certain, que la longue vie de quelques Princes a été l'instrument de la justice divine la plus severe, et qu'ainsi on aurait eu

40 plus de raison de dire, que les Comètes leur presageoient une longue vie, que de dire qu'elles presageoient leur mort. C'est à peu prés en ce sens-là que Lucain (a) a parlé de la conservation de Marius, et c'est ainsi que l'entendoit l'Auteur d'une Epigramme latine (b) sur une

45 Comète qui avoit étrangement allarmé Catherine de Medicis, parce que les Astrologues avoient publié, que c'étoit le présage de la mort d'une Reyne, et d'un insigne malheur.

(a) Si libet ulcisci deletae funera gentis,

Hune, Cimbri, servate senem. Non ïlle favore Xumiiiis, ingenti Super um protectui ai ira.

(Lib. 2 de beïï. civil.).

(b) Voici le journal du règne de Henri III ad ann. IS77-

pereur Charles V, remettant son sceptre à Philippe II. Pro sene itaque membris capto ac magna mei parte prxsepulto valida m juventâ experrectique vigoris ac virtutis principem substitue Pour ne rien dire de ceux dont la vie est à charge non seulement à leurs voisins, mais aussi à leurs Peuples, comme un Jean Basilides.

40. A. presageoient leur mort, selon la pensée d'une epigramme faite sur la Comète de l'an 1577 qui fit tant de peur à Catherine de Medicis, parce que les Astrologues dirent.

Spargeret audaces cihn tristis in aethere crines, 50 Venturique daret signa Comela malt ;

Ecce suae Regina timcns malt conscia vitae,

Credidit invisum poscere fata caput.

Quid, Regina, Urnes ? Namque haec niala si qua minatur Longa timenda tua esl, non tibi vita brevis.

55 Je vous ai déjà parlé plus d'une fois de la Comète qui parut, lors qu'Alexandre le Grand monta sur le thrône de Macédoine. S'il fut mort peu de tems après, comme il pouvoit arriver fort aisément, qu'est-ce que l'on n'eust point dit? On n'eust pas manqué de mettre cela parmi les prin-

60 cipaux malheurs présagez par la Comète. L'événement a pourtant fait voir, que la mort de ce jeune Prince anticipée de dix ou douze ans, eust été le plus insigne bonheur du monde, et que le plus grand service qu'on eust peu rendre au genre humain, eust été de faire périr cet étourdi dés

65 l'enfance,

Heureux, si de son teins pour cent bonnes raisons, La Macédoine eust eu des Petites Maisons, Et qu'un sage Tuteur Yeust en cette demeure, Par avis de Païens enjermé de bonne heure (si).

70 Etrange prévention des hommes ! S'il y a des Rois, dont ils croient que la vie soit particulièrement menacée par ces affreuses Comètes, à qui on attribue la charge

(a) Mr. Des-Preaitx, Satyre 8.

55. Dans A manque tonte la fin de cette section depuis : Je vous ai déjà parle. On lit à la place de ces paragraphes : A cela se peut raporter ce que l'on dit des Valaques, que s'étant révoltez contre l'Empereur Michel l'Ange, ils prioient Dieu très instamment de lui donner une longue vie, s'imaginant que plus il vivroit, plus sa mollesse leur donneroit les moyens d'affermir leur indépendance. Voila comment ceux qui suivent la préoccupation générale touchant les Présages des Comètes, tombent dans l'illusion en tout et par tout.

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