‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 133 sur 167 · A. c'est un Grand Commandeur d'Alcantara, qui avoit · texte numérisé non relu

A. c'est un Grand Commandeur d'Alcantara, qui avoit

était si occupé ce jour-là à ce qui se passoit sur la terre, qu'il ne prit pas garde à ce qui se faisait au Ciel.

Avertissement aux Historiens François.

Je n'ay rien à dire pour réfuter ces visions, après ce que le P. Maimbourg en a dit avec son esprit et son éloquence ordinaires (a). Mais je voudrais bien que les railleries de 5 ce Jésuite servissent de leçon à nos François, et qu'elles leur fissent bien prendre garde à ne point donner dans les enflures Espagnolles, quand ils parlent de la gloire de nôtre Roy, qui de l'aveu de toute l'Europe est un des plus grands Princes du monde. Car comme je l'ay déjà dit au

10 sujet de Charles V il n'y a rien qui fasse plus de préjudice à la véritable réputation d'un grand Monarque, que les efforts continuels que font les Historiens, pour le mettre en tout et par tout au dessus de tout ce qui a jamais été dit des autres Héros. On peut leur dire ce qui

15 fut reproché à certains Hérétiques qui attribuoient un corps à Dieu, mais un corps le plus grand qu'ils se pouvoient imaginer, fecistis >nolem, jecistis minorent ; en le faisant une grosse niasse, vous Xave\ rendu plus petit. Quand je vois cette affectation, il me semble que je vois ces anciens

20 Sophistes de la Grèce, qui gaignoient leur vie à faire des Déclamations et des Panégyriques, non pas sur les mémoires qu'on leur fournissoit, mais sur les idées qu'ils se

(a) Hist. du Luther., /. 4.

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formoient eux-mêmes de tout ce qui peut paraître le plus admirable.

25 Pourveu qu'il n'y ait que les Harangues de Mrs. de l'Académie Françoise qui soient toujours dans le sublime, toujours dans les exclamations, toujours dans les figures les plus outrées, le mal ne sera pas grand. On ne s'avise pas d'aller chercher le mérite d'un Roy, ni dans une

30 Harangue, ni dans une Epître Dedicatoire, ni dans un Panégyrique. On sait assez, avant que de lire cette sorte d'ouvrages, qu'un Roy y est toujours le plus grand Monarque de l'Univers, sans en excepter ni Alexandre, ni César : ainsi on souffre sans murmure, qu'il n'y ait là que

35 de magnifiques idées. Mais si nos Historiens éblouis de la gloire qu'ils auront à décrire, s'amusent à faire les Declamateurs, je vous asseure, Mr. que les Espagnols se moqueront de nous à leur tour, et que toute l'Europe nous tournera en ridicules, comme elle s'est moquée des Espagnols

40 qui ont porté les éloges de leur Charles V et de leur Philippe II à des excez inconcevables. Apparemment ceux qui travaillent d'office à l'Histoire de S. M. oublieront qu'il ne s'agit plus de représenter des grandes passions, et des grands sentiments sur le théâtre imaginez à plaisir, ni

45 de chercher les idées satyriques du Ridicule ; mais qu'il s'agit de raporter fidèlement des choses de fait. Ils ont d'ailleurs un charactere d'esprit à ne pas croire facilement que le Soleil interrompe sa course pour faire durer une bataille, comme les Espagnols l'ont publié ; ni que les

50 murailles d'une ville s'abbatent tout à coup par la vertu d'une petite phiole, comme firent les murailles d'Angoulême sous le règne de Clovis, à ce que disent quelques uns (a). Je ne sai même, si en débitant de tels miracles,

(a) Voici le Thresor Cbronol. de Pierre de St.-Romualdà l'an 508.

ils ne craindroient pas de faire trop mal leur cour, et qu'on

55 ne leur dist, que la valeur des François n'a que faire de tout cela ; que leur ardeur et leur promptitude n'a pas besoin que le Soleil s'arrête pour leur donner le tems d'achever ; que cela est bon pour les Espagnols et poulies Allemands, qui sont lents et pésans de leur nature.

60 Ainsi on peut s'assurer sur ces deux Messieurs (a).

J'avois bonne espérance d'un troisième Historien de S. M. (b) avant que d'avoir leu dans un petit livre fort nouveau (c), et qui mérite qu'on le réfute solidement, la lettre qu'il a écrite à un Prélat. Vous entendez bien que je

65 parle du célèbre Historien de l'Académie Françoise, et vous n'ignorez pas que la délicatesse de son esprit et de son stile, et l'exactitude avec laquelle il a composé l'Histoire de ce Corps illustre, dont il est un des principaux Ornemens, font avoir de grandes espérances du dessein

70 qu'il a de nous donner l'Histoire du Roy. J'étois de ceux qui en attendent le plus de merveilles. Mais je vous avoue que cette lettre m'a fait rabatre beaucoup de mon espérance, en m'apprenant que cet Auteur se fait une grande affaire de reigler les petites gratifications que l'on fait aux

75 Huguenots qui se convertissent. Il entre dans mille petits soins, qui ne me semblent pas convenir à un homme qui travaille à une histoire aussi considérable que celle de Louis le Grand. Croyez-vous, Mr. qu'un Historien qui s'embarrasse de l'acquit de quelques lettres de change,

(a) Racine et Boiskau.

(b) Mr. Pelisson.

(c) La Politique du Clergé de France.

61. Tout le passage relatif à Pelisson est une addition de B depuis : J'avois bonne espérance d'un troisième Historien, jusqu'à : Mais il n'en est pas de même.

80 qu'on tire sur lui pour des nouveaux Catholiques (1) ; qui examine les listes bien certifiées de ces Convertis ; qui cherche mille expediens, pour faire que le peu de fonds qu'il a en main, et qu'il compare avec l'huile et la farine de la Veuve, suffise pour toutes les Conversions qui se

85 présentent; mais qui pour en venir à bout, est obligé d'exhorter Mrs. les Evesques par des Mémoires qu'il leur envoie, à user d'une grande œconomie, et à se proposer pour modèle l'exemple de Mr. de Grenoble, qui a converti sept ou huit cens personnes, sans dépenser que deux

go mille Francs en tout : Croiez-vous, dis-je, Mr. qu'un Historien qui outre tout ce que je viens de dire, suppute diligemment le tems qu'il y a qu'un homme s'est converti, et recommande très expressément qu'on ne lui envoyé point des lettres de change pour des personnes converties de-

95 puis six ou sept mois ; et qu'encore qu'on puisse donner cent francs à un Converti, on n aille pas toujours jusques-là, étant nécessaire d'y apporter le plus d' œconomie qu'il se pourra; Encore un coup, Mr. croyez-vous qu'un Historien qui se donne tant de cette sorte de peine, soit fort propre à

îoo nous donner une bonne Histoire de sa Majesté ? Si vous le croiez, permettez-moi de vous dire, que nous ne sommes pas toujours vous et moi dans les mêmes sentimens.

(1) En 1676 fut établie la caisse des conversions que dirigea l'académicien Pellisson, huguenot converti, devenu intime serviteur du Roi. La caisse était entretenue par des fonds de l'Eglise et du Roi. Le tarif des consciences n'était pas très élevé ; en général, six livres pour une conversion. Le converti signait un acte d'abjuration et une quittance ; les Commis de la Caisse vérifiaient et classaient les pièces de cette comptabilité. Des apostasies furent ainsi obtenues parmi les misérables et les indifférents. Même il y en eut qui, après s'être convertis, retournèrent au prêche pour se convertir et toucher la prime une seconde, une troisième, une quatrième fois. Il semble que les conversions aient été assez nombreuses, mais que le chiffre ait été grossi pour les yeux du Roi. C'était à qui enverrait les plus longues listes. (Ern. Lavisse, Histoire de France, VII, 11, p. 57.)

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J'ay grand peur que cet ouvrage ne soit rempli de plusieurs impressions de Bigoterie, et qu'on ne nous dise que 105 toutes les victoires du Roy sont la recompense des Arrêts qu'il avoit donnez, ou qu'il devoit donner pour réduire les Huguenots. Ce seroit dommage qu'un bel esprit comme celui-cy echoùast si pitoyablement, et s'il y a moyen de l'empêcher, empêchons-le. Vous êtes ami de

110 plusieurs personnes pour qui il a beaucoup de déférence, et sur tout de Mr. **** et de Mr. ****. Avertissez-le par leur moyen, qu'il court grand risque de gâter tout son ouvrage par le grand commerce qu'il a avec les Convertisseurs ; qu'on se fait un esprit tout particulier, et un goût

115 tout à fait nouveau par l'administration de ces petites affaires dont on lui a donné l'Intendance, et qu'il est à craindre, qu'étant tout rempli des affaires du Clergé, il ne donne ses principaux soins à parler des actions pieuses de son Héros. Que non seulement tous les Hérétiques, mais

120 aussi plusieurs Catholiques l'attendent là ; et que s'il s'amuse à faire trop en détail l'Histoire de l'extirpation du Calvinisme, il se ruinera de réputation, parce qu'il fera voir qu'il n'aura pas sceu faire le discernement des beaux endroits de la vie d'un grand Monarque.

125 Mais à quoi est-ce que je songe, de donner une semblable commission à un homme de vôtre Robe ? Je vous en demande trés-humblement pardon, et je suis bien fâché de vous en avoir tant dit. Non, Mr. ce n'est point vous que je prie de faire savoir à l'Historien du Roy, qu'il n'est

130 pas bon de particulariser toutes choses. Je connois une personne qui se chargera de cette commission sans répugnance ; car je lui ay ouï dire, que s'ilfaisoit l'Histoire de nôtre tems, il se contenteroit de faire une description pompeuse du mal que les Hérétiques apportent à l'Eglise

135 et à l'Etat, et du grand bien qui resuite de la réduction de

toutes les Sectes à la véritable Eglise. Qu'il diroit en peu de mots après cela, que S. M. pénétrée de ces grandes veritez, avoit procuré à son Royaume cet insigne bonheur, d'une manière qui est tout ensemble digne d'un Roy trés-

140 chrétien, et d'un Héros. Mais qu'il se garderait bien de faire la discussion de toutes les manières qui ont été suggérées à S. M. parce qu'il est évident que ce seroit faire tort à la gloire de ce Grand Prince. Il est bien nécessaire, disoit-il, qu'un Monarque né pour les plus grandes choses,

145 et qui devrait être déjà sur les bords de l'Hellespont, où l'un de ses Historiens l'attend de pied ferme depuis plus de six ans, s'amuse à interdire quelques sages-femmes, et à procurer toute la pratique des accouchemens à quelques autres, et à faire la reveûe de toutes les listes des Convertis (a),

1 50 et de la dépense que l'on a faite pour chaque Conversion, et à consulter s'il est à propos pour des coups considérables de fournir aux Convertis des secours plus grands que cent Francs. Voila l'homme dont je me servirai pour faire en sorte que l'on ne particularise point dans l'Histoire de

155 Louis XIV l'affaire des Conversions. Il a beaucoup de crédit auprès de l'Historien, et peut-être qu'il lui fera entendre raison, principalement pour l'Arrêt qui déclare les enfans de sept ans capables de discerner que l'Eglise Romaine est plus conforme à la révélation de Dieu que la

160 pretendùe-Reformée. C'est un article dont on ne parlera point du tout, si on est bien conseillé.

Pour ce qui regarde l'oeconomie que Mr. Pelisson recommande tant aux Convertisseurs, jecroi qu'il n'en diroit rien, encore que personne ne l'avertist des railleries qu'on

165 en peut faire. Il n'eust jamais écrit cela, s'il eust preveu

(a) Lettr. de Mr. Pelisson.

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