‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 136 sur 167 · C. si l'on se fût contenté · texte numérisé non relu

C. si l'on se fût contenté

qui me paroit insoutenable ; parce que pour cela, il eust fallu que ces Phénomènes eussent été excitez extraordi-

20 Clairement, ou par Dieu, ou par les Démons. De dire que Dieu les excita extraordinairement, c'est lui attribuer une conduite indigne de sa sagesse ; parce que ces prétendus présages ne portent aucun caractère de ce que l'on suppose que Dieu veut signifier aux hommes. D'attribuer

25 cela aux Démons, c'est se moquer ; car ils n'ont garde d'épouvanter un Royaume très-Chrétien par des prodiges, comme ils font les Pays Idolâtres. Car qu'y gagneroient-ils ? Ils feraient faire des restitutions, ils feraient aller à confesse, et c'est ce qu'ils ne cherchent pas. Outre

30 que neconnoissant point l'avenir, ils ne savent pas en quel teins doivent arriver les grandes révolutions ; et ainsi ils ne sont pas en état d'en produiredes présages. Est-ce que Dieu nous envoyé des présages, afin de nous convaincre que l'avenir est en sa diposition ? C'est la pensée d'un

35 Historien très-judicieux, qui après avoir raporté beaucoup de prodiges arrivez avant la mort de Henri IV, ajoute cette réflexion (a) qu'il semble que tous les avis que le Ciel lui donnait, n'étaient pas tant pour le sauver du péril, que pour faire connaître aux hommes, qu'il y a

40 une souveraine Puissance qui dispose de. l'avenir, puis quelle le connoît. Mais cette pensée n'est pas moins combatuë que les autres, par les raisons que j'ay alléguées. Car qui doutoit en France, lors que Henri le Grand fut tué, qu'il y eust une souveraine Puissance dans le monde qui dispose

45 de l'avenir ? Ne sont-ce pas là les premiers élemens de toutes les Religions du monde ? Tous ceux qui font des

(a) Me\eray, Abrégé Chronoî. ad ann. 1610,

32. Est-ce que Dieu nous envoyé, jusqu'à : Je dirai encore quelque chose ailleurs, est une addition de B.

prières, ou des vœux, qui offrent des sacrifices, qui consultent les Oracles, les Devins, et les Astrologues, qui ajoutent foi aux présages et aux sottises des diseurs de

50 bonne aventure, ne temoignent-ils pas ouvertement qu'ils sont convaincus qu'il y a quelque Puissance dans le monde à qui l'avenir est assujetti ? Où en serions-nous, s'il faloit que Dieu fist encore des miracles dans le Royaume très-Chrêtien pour nous guérir d'une incredu-

55 lité que les Payens n'ont point eue ? Quand est-ce que nous serions fidèles, si pour être seulement asseurez que Dieu connoit l'avenir, nous avions besoin que Dieu entassast miracles sur miracles, et prodiges sur prodiges ? Disons donc que l'intention de la Providence n'est

60 point celle que Mr. de Mezerai lui attribue, puisque ce seroit l'intention du monde où il y auroit le plus d'inutilité. Et comme il reconnoît outre cela, que ce qu'on appelle des prodiges ne sert point à nous faire éviter le péril, il faut qu'il reconnoisse que l'intention de la Provi-

6$ dence n'est pas qu'il nous serve de présage. Je dirai encore quelque chose ailleurs pour justifier ce raisonnement, et sur tout dés que j'aurai achevé les remarques, que j'ay destinées à vous montrer l'entêtement des Chrétiens poulies prodiges.

Nouvelles preuves de l'inclination des Chrétiens à croire les prodiges et les présages.

Je trouve dans un Traitté de St. Agobard Evesque de Lion, composé l'an 833 un passage qui m'est si favorable

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