A. VII. Que soit qu'on considère
Considération du jugement que les Payeus faisoimt
de Dieu.
Si on regarde les Athées dans le jugement qu'ils forment de la Divinité, dont ils nient l'existence, on y voit un 5 excez horrible d'aveuglement, une ignorance prodigieuse de la nature des choses, un esprit qui renverse toutes les loix du bon sens, et qui se fait une manière de raisonner fausse et dereiglée plus qu'on ne saurait le dire. Mais voit-on, je vous prie, quelque chose de plus souffrable
10 dans le jugement que les Payens ont formé de Dieu ? Les Payens, dis-je, qui ont pensé qu'il y avoit un trèsgrand nombre de Divinitez, dont chacune avoit ses intérêts à part, ses veùes et ses passions particulières ; de sorte que les honneurs qu'on rendoit à Jupiter, par
15 exemple, ne serraient de rien pour appaiser la colère de Junon, et qu'on pouvoit être favorisé d'un Dieu, pendant qu'on avoit l'autre pour ennemi, les Payens qui ont attribué differens sexes aux Dieux, et des relations de père, de fils, de mari, de femme, toutes semblables à
20 celles qui se rencontrent parmi les hommes, les Payens, en un mot, qui ont jugé qu'un Cocher, qui pendant la marche d'une procession, prend une bride de la main gauche, par un pur hazard et sans aucune malice, ne laisse pas de gâter toute la bonne intention d'un Peuple,
25 et d'empêcher que l'indignation divine, qui alloit être