A. et si elles vont beaucoup plus loin que celles
(1) Car que me répondrez-vous si je vous objecte les peuples athées dont Strabou parle et ceux que les voyageurs modernes ont découverts en Afrique et en Amérique? (Voyez leurs noms et leurs passages dans la dissertation de M. Fabrice intitulée Apologeticus pro génère humano contra calumniam Atheismi. Notez qu'il ne parle point de ceux qui ont dit que les Druses, peuples du Liban, sont Athées)... C'est en vain que M. Fabrice, Professeur en Théologie à Heidelberg, élude la difficulté. Je veux que ses raisons soient plausibles et spécieuses, mais enfin elles ne sont point capables de fixer l'esprit. Tout ce qu'elles peuvent faire est d'inspirer quelque défiance sur l'exactitude des voyageurs, ce qui nous réduit à suspendre notre jugement jusques à ce que nous soyons mieux informez de l'état de ces prentendués nations athées. (Cont. de; Pensées div., § XIIIJ. Cf. La Mothe le Vayer,D:ai. d'Oratius Tubero. La Divinité, p. 351-2. Il énumère d'après Strabon et les auteurs modernes de voyages (Jean Léon' Ac.°sta> Champlain), les peuples qui n'ont eu aucune notion de la Divinité.
cuter à un Athée Profès, a été effectivement exécuté par les anciens Payens, adorateurs de presque autant de Divinitez, qu'il y avoit de créatures.
Que ceux qui ont été très mechans parmi les Payens, n'ont pas
été Athées.
Et qu'on ne me dise pas, que ceux qui ont exécuté ces crimes parmi les Payens, étoient Athées dans l'ame : car 5 il faut raisonner d'eux comme des Chrétiens, qui se portent à ces mêmes crimes. Il seroit absurde de prétendre qu'ils ne reconnoissent aucun Dieu. Cela peut être vrai de quelques-uns, mais il est très faux du plus grand nombre, comme je vous le prouverai invinciblement avant que
10 d'abandonner cette question. Ainsi quand il seroit vrai qu'un Tarquin le Superbe, qu'un Catilina, qu'un Néron, qu'un Caligula, qu'un Heliogabale, n'auroient reconu aucune Divinité, il seroit absurde d'asseurer la même chose de tous les Romains qui ont été meurtriers, empoi-
15 sonneurs, parjures, calomniateurs, impudiques, etc. Il ne seroit pas même raisonnable de Tasseurer du cruel Néron, puis que, selon le témoignage de Suétone (a), il n'osa
(a) Peregrinatione quidem Grxcii Eleusiniis sacris, quorum initiatione impii et sceîerati voce prxconis submoventur, intéresse non ausus est. (In ^Ter., c. 34.)
9. A. n'a pas la fin de cette phrase depuis : comme je vous le prou verai.
10. C. qu'un Tarquin, qu'un Catilina, qu'un Caligula, qu'un Néron, qu'un Heliogabale.
15. Presque toute cette section dtpuis : Il ne seroit pas même raisonnable, jusqu'à la fin est une addition de B.
point assister aux mystères de Cerés, sachant que l'on avoit de coutume de faire crier par un Héraut, qu'aucun
20 impie, ni scélérat, n'eust la hardiesse de s'en aprocher. C'est une preuve évidente qu'il reconnoissoit une justice invisible, et qu'il étoit persuadé qu'on se commettoit avec elle, lors que l'on meprisoit certaines cérémonies de Religion. Le même Suétone (a) nous dit que Néron étoit
25 persécuté par les remors de sa conscience, et que les songes et les présages de mauvais augure l'epouvantoient quelquefois ; qu'ayant été inconstant à l'égard des autres superstitions (b), il persévéra jusques à la fin dans le culte d'une petite image d'enfant, à laquelle il sacrifioit
30 trois fois par jour, et que peu avant sa mort il s'attacha à consulter les entrailles des victimes. Il n'étoit donc point Athée. Pour ce qui est de Tarquin, de Catilina, de Caligula, et d'Heliogabale, il seroit aisé de prouver qu'ils ne l'étoient point non plus ; puis que le premier envoya ses
35 propres enfants consulter l'oracle de Delphes (c), sur un prodige qu'il avoit veu dans sa maison, et qui lui donnoit beaucoup de chagrin ; Que le second consacra une petite chapelle dans son logis à une Aigle d'argent pour laquelle il avoit une grande dévotion, sur tout quand il se
40 preparoit à quelque meurtre (d) ; Que le troisième, comme je l'ay déjà dit (e), cherchoit à se vanger des injures qu'il croyoit avoir reçues de Jupiter ; Et que le
(a) Cap. 46.
(b) Cap. s6.
(c) Livius, l. I, Dec. I.
(d) Quam venerari ad cxdem proficiscens soldas, à ci'jus altaribus saepè istam dextram impiam ad necem civium transtulisti. (Cicer., Orat. I in Catil.)
(e) Voieip. 313.
26. C. l'épouvoient quelquefois : que les bons augures lui donnoient de la joie et qu'il en remerçioit le Ciel ; {Cap. 41).
quatrième s'entêta si fort du culte du Dieu dont il avoit été consacré Prêtre, qu'il fit porter dans le temple qu'il
45 lui avoit bâti à Rome, tout ce qu'il y avoit de plus sacré dans les autres (a). Il disoit même qu'il faloit y transporter la Religion des Juifs, et celle des Samaritains, et celle des Chrétiens, afin que le culte de ce Dieu renfermast celui de tous les autres. Il lui alloit immoler tous les
50 matins un prodigieux nombre de victimes. Il lui sacrifia les plus beaux enfans qu'il put trouver en Italie (b) ; et pendant que les Magiciens immoloient ces jeunes victimes, il faisoit ses prières à son Idole, et regardoit luimême les entrailles des hosties, pour y remarquer les
55 présages de ses prosperitez (c). Tout cela prouve si fortement, que ce détestable monstre n'était point Athée, qu'il n'est pas besoin d'alléguer la crédulité qu'il eut pour ceux qui lui avoient prédit qu'il mourrait de mort violente. Or si Néron, si Tarquin, si Catilina, si Caligula, si Helio-
60 gabale n'ont pas été Athées, quel droit auroit-on de prétendre, que tous ceux qui ont mal vécu dans le Paganisme, n'avoient aucun sentiment de Religion ? Ne se rendroit-on pas ridicule, si on nioit que les mêmes gens qui avoient une haine horrible contre les premiers Chrê-
65 tiens, étoient ceux qui s'abandonnoient à tous les dereiglemens que l'on a veus dans le Paganisme ? Et seroit-on moins ridicule, si on soùtenoit que les villes et les Provinces entières qui se dechaînoient avec tant de rage et avec tant de cruauté contre tous les Chrétiens par tout l'Empire
70 Romain, n'avoient aucune Religion ; puis qu'il est indufa) L«m/>n'rfr «s in ejus vita.
(b) Voie\ Co'êffetcau, Hist. Rom., 14.
(c) Omne deniquc Magorum genus aderat Mi, operabaturque quotidic, bottante Mo et gratins agente quod amicos coruvi invcnisset, cùm inspiceret exta puerilia, et excuteret hostias ad ritum gentilem suum. (Lampridiu; Heliogab.)
bitable, que cette fureur des Idolâtres ne venoit, I. Que de leur attachement au culte des Dieux, contre lesquels ils voyoient les Chrétiens si animez. II. Que de la fausse pensée qu'ils s'étoient mise dans l'esprit, que les Chrê- 75 tiens étoient la cause de toutes les calamitez publiques, par les injures qu'ils faisoient aux Dieux ?
Quel est l'effet de la amnoissance d'un Dieu parmi les Nations Idolâtres.
Disons donc, que quand on n'est pas véritablement converti à Dieu, et qu'on n'a pas le cœur sanctifié par la 5 giace du Saint Esprit, la connoissance d'un Dieu et d'une Providence est une trop foible barrière pour retenir les passions de l'homme, et qu'ainsi elles s'échappent aussi licentieusement qu'elles feroient sans cette connoissance-là(i). Tout ce que cette connoissance peut produire,
(i) Jurieu : « Il prouve avec scandale, que la connoissance de Dieu ne sert de rien pour retenir les hommes dans leur devoir et brider les passions. » Réponse de Bayle : « Il ne faut que jetter la vue sur la page^ des Comètes, pour voir qu'on représente ma doctrine toute mutilée de ses parties les plus nobles. Voici ce que j'ai dit : Quand on n'est pas véritablement converti à Dieu, et qu'on n'a pas le cœur sanctifié par la grâce du Saint-Esprit, la connoissance d'un Dieu et d'une providence est une trop foible barrière pour retenir les passions de l'honuiie, et ainsi elles s'échappent aussi licentieusement qu'elles feroient sans cette connoissance-là... Quelle audace, quelle injustice n'est-ce pas que de me faire dire en gênerai de la connoissance de Dieu, ce que je n'ai dit que de ces connoissances vagues et confuses que les fausses Religions communiquent ? N'ai-je pas excepté la connoissance que le Saint-Esprit communique aux régénérez ?... Et si ma doctrine est fausse, ne s'ensuit-il pas manifestement que ces deux propositions d'un Pelagianisme outré sont vrayes?
Lors même que l'on n'est pas véritablement converti à Dieu, et qu'on n'a J>as le cœur sanctifié par la grâce du Saint-Esprit, la connoissance d'un
io ne va guère que jusqu'à des exercices extérieurs, que l'on croit pouvoir reconcilier les hommes avec les Dieux, Cela peut obliger à bâtir des Temples, à sacrifier des victimes, à faire des prières, ou à quelque chose de cette nature ; mais non pas à renoncer à une amourette cri-
15 minelle, à restituer un bien mal acquis, à mortifier la concupiscence. De sorte que la concupiscence étant la source de tous les crimes, il est évident, que puis qu'elle règne dans les Idolâtres, aussi bien que dans les Athées, les Idolâtres doivent être aussi capables de se porter à
20 toute sorte de crimes, que les Athées ; et que les uns et les autres ne sauroient former des Societez, si un frein plus fort que celui de la Religion, savoir les loix humaines, ne reprimoit leur perversité. Et cela fait voir le peu de fondement qu'il y a à dire que la connoissance
25 vague et confuse d'une Providence, est fort utile pour affoiblir la corruption de l'homme. Ce n'est pas de ce côté-là que se tournent ses usages : ils sont beaucoup plus physiques que moraux, je veux dire qu'ils tendent plutôt à affectionner les sujets à demeurer en un certain
30 lieu, et à le défendre s'il est attaqué, qu'à les rendre plus hommes de bien. On n'ignore pas l'impression que fait sur les esprits la pensée, que l'on combat pour la conservation des Temples et des Autels, et des Dieux Domestiques, pro aris etfocis; combien on devient courageux et
35 hardi, quand on est préoccupé de l'espérance de vaincre par la protection de ses Dieux, et que l'on est animé par l'aversion naturelle que l'on a pour les ennemis de sa