‹ Pensées diverses sur la comèteChapitre 2 sur 167 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

çonnérent d'abord. M. Cassini mesmedés la 2e Observation qu'il en fit en remarqua la route différente et la prédisit au Roy et à toute la Cour telle qu'elle s'est trouvée jusqu'icy.

Le 26, la queue de cette 2e Comète qui à cause des nuages n'avoit peu estre bien veùe dans toute sa grandeur, parut longue de 45 degrez et large par le bout environ de 2, passant par plusieurs Etoiles que l'on voyoit au travers.

Le 29, après que le corps de la Comète fut plus éloigné du Soleil et plus dégagé aussi des vapeurs de l'horizon, par où l'on pouvoit mieux le voir qu'auparavant, on fut étonné de la trouver si petite qu'elle n'excédoit pas la grosseur apparente des Etoiles de la troisième grandeur veùes sans lunettes, estant d'ailleurs peu lumineuse bien que sa queue fust alors longue de 50 degrés ce qui n'avoit point esté veu depuis la Comète de l'année 1618.

Le 7 de ce mois de Janvier la longueur de la queue qui a augmenté jusqu'au 3e et qui a commencé de paroistre diminuée le 8, fut remarquée de 62 degrez, qui a esté icy de plus grande longueur, quoy que quelqu'un la juge de 80 et qu'elle ayt paru à Strasbourg de 63.

Demain 14 de ce mois, elle doit estre prés de la teste d'Andromède et l'on attend avec impatience cette proximité pour déterminer sa Parallaxe pour laquelle M. Cassini a commencé de faire ses observations depuis le 3 de ce mois. »

S'il fallait en croire Des Maiseaux, le biographe de Bayle, l'apparition de cette Comète aurait causé dans la société française tout entière une sorte de panique superstitieuse. « Il parut aux mois de Novembre et de Décembre de l'année 1680, dit-il dans sa Vie de Bayle (Ed. de la Haye, 1732, I, p. 63), une des plus grandes Comètes qu'on ait vues. Le peuple, c'est-à-dire presque tout Je monde, en ètoit saisi de frayeur et d'étonnement. On n'étoit pas encore revenu de cet ancien préjugé que les Comètes sont les présages de quelque événement funeste. Mr. Bayle, comme il nous l'apprend lui-même, se trouvoit incessamment exposé aux questions de plusieurs personnes alarmées de ce prétendu mauvais présage. Il les rassuroit autant qu'il lui ètoit possible, mais il ne gagnoit que peu de chose par les raisonnemens philosophiques ; on lui répondoit toujours que Dieu montre ces grands Phénomènes, afin de donner le tems aux pécheurs de prévenir par leur pénitence les maux qui leur pendent sur la tête. »

IKTROUUCTION VII

Des Maiseaux ne fait que reprendre textuellement la version donnée par Bayle dans Y Avertissement de sa troisième édition des Pensées diverses, et c'est encore la même explication que réédite Voltaire quand il écrit dans son Siècle de Louis XIV : « Les idées superstitieuses étaient tellement enracinées chez les hommes que les comètes les effrayaient encore en 1680. On osait à peine combattre cette crainte populaire. Jacques Bernouilli, l'un des grands mathématiciens de l'Europe en répondant, à propos de eette comète, aux partisans du préjugé, dit que la chevelure de la Comète ne peut être un signe de la colère divine, parce que cette chevelure est éternelle, mais que la queue pourrait bien en être un. Cependant, ni la tête ni la queue ne sont éternelles. Il fallut que Bavle écrivit contre le préjugé vulgaire un livre fameux que les progrès de la raison ont rendu aujourd'hui moins piquant qu'il ne l'était alors. » (Ch. XXXI. Edit. Rébelliau et Marion, p. 357.)

A la vérité, il ne semble pas que l'épouvante causée par la Comète de 1680 ait été si grande et les affirmations que je viens de citer pourraient bien avoir fait naître une tradition quelque peu légendaire. Quand on lit les gazettes et les correspondances du temps, on est précisément frappé du ton de plaisanterie légère et tout à fait « moderne » avec lequel les contemporains parlent de la Comète.

Tout autre avait été l'émotion causée par la Comète de 1654 : « Toute l'Europe, dit Petit (Dissert, sur la nat. des Coin., p. 82), fut consternée de peur, je parle du peuple ignorant, jusques à croire à la fin du monde et de se préparer à la mort ou se terrasser dans des Caves pour éviter les mauvaises influences ». En 1665, l'inquiétude avait été encore assez vive, à en croire Comiers : « Nous voyons mêmes à présent le monde tellement alarmé par les trois apparitions de nos deux Comètes que les Dames mêmes nonobstant les incommodités de la grossesse, prennent plaisir d'observer le Ciel pour y remarquer la production de quelques nouveaux Astres » (La nat. et prêsag. des Comètes, p. 198) et lui-même croit nécessaire de terminer son étude sur les Comètes par un Traité de la fin du monde où il rassure ceux que l'apparition de la Comète a épouvantés, en leur prouvant « que le monde n'est point encore en sa dernière Période d'années » (p. 447). Louis XIV enfin croit nécessaire de demander à l'Intendant des fortifications Petit de publier

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